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 Une Lune en plein Jour

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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Une Lune en plein Jour   Sam 22 Jan 2011, 01:24

    Le calme de Shahbaz était annonciateur de mauvaises nouvelles. Il n'avait pas digéré les paroles de la demoiselle, d'autant plus qu'il n'y avait pas répondu de suite. Il prenait soin de remettre de l'ordre, mais il n'émettait aucun son. Ce silence achevait progressivement Nastran, jusqu'à ce qu'enfin il daigne lui répondre. Déjà que son attitude n'était pas encline à accepter l'agressivité de la jeune femme, elle ne l'était pas non plus à répondre positivement suite à sa dernière requête. Bien sûr, il fallait s'y attendre, et elle avait été anxieuse durant le silence précédent la réplique finale de la soirée. Elle avait regretté rapidement ses paroles pour finalement être dans état inverse la seconde suivant la réplique du voleur. Rapidement, elle s'était sentie méprisée et indignée, et c'est énervée qu'elle s'en alla dormir, après avoir refait du rangement dans sa chambre.

    Chassez le naturel, il revient au galop. Bien qu'elle sache pas explicitement où en était sa relation avec Shahbaz ni même ce que signifiait le mot relation, son attachement envers lui la faisait s'inquiéter un peu. Elle lui en voulait encore, et pas qu'un peu puisqu'il était parti en poignardant sa fierté, du moins l'interprétait-elle ainsi. Au fond, elle espérait qu'il ne soit pas parti, pour sa sécurité. Le connaissant orgueilleux elle le savait capable de s'en aller immédiatement, sans prendre de repos au préalable. Pourtant ce n'était pas l'heure idéale pour rentrer chez soit, d'autant plus que Shahbaz avait une partie du désert à traverser, qu'il faisait froid et qu'en somme ce n'était pas bien du tout !

    Cette nuit, elle n'avait dormit que très peu, trop songeuse pour trouver le sommeil, et quand elle y parvenait ses cauchemars n'arrangeaient rien. Cette fois, Shahbaz n'y était pour rien. Le problème venait de Nastran qui se torturait à se convaincre de points négatifs plus ou moins imaginaires, sinon fortement exagérés. A ses yeux, vision amplifiée suite à cette dispute, elle était détestable, impossible à vivre, incapable de quoique ce soit. Elle remettait en question son droit de vivre, se faisant un peu plus mal. Elle regrettait aussi cette proximité qui avait diminuée entre elle et les autres, cette distance confortable qui la tenait éloignée de toutes ces difficultés. Son erreur, comme elle le pensait, était là. Elle n'aurait pas du atténuer ces barrières qu'elle avait si bien aménagées. C'était trop douloureux à présent, elle était devenue une chose facile à atteindre. Cette situation était insupportable pour la magicienne, alors elle n'attendit pas plus tôt que l'aube pour remettre les choses à leur place.

    Sa toilette finie, elle ne perdit pas de temps à manger et en laissa à peine assez aux quelques serviteurs chargés du nettoyage de son ancienne chambre de même que son réaménagement. Une tâche colossale lorsque l'on voit la taille et les travaux à effectuer. Elle donna aussi de nouvelles instructions, interdisant formellement l'accès à la partie privée du palais. Seul une poignée de gens pouvaient y accéder et uniquement à des heures fixes. Bien qu'elle demeurait calme, son humeur se laissait deviner dans ces changements, et personne n'osa poser de questions. Les rumeurs allaient bon train en tout cas ; quelques uns avait aperçu Shahbaz passer par la porte - oui, la porte ! - l'air fâché, et déjà on supposait dans le palais des raisons plus ou moins plausibles, s'approchant ou pas de la vérité. Le cuisinier, qui ne se préoccupait pas des on-dits, ne fit pas de rapport entre ça et les assiettes pleines qui lui revenait. Au moins ce n'était pas sa faute puisqu'il était encore aux fourneaux.

    Tandis que les changements s'opéraient au palais, Nastran trouva pour loisir celui de mêler la science et la magie, tout d'abord dans la théorie. Équipée d'un tableau et d'une craie, elle prenait des notes, dessinait de vagues ébauches, répertoriait une partie de ses connaissance et émettait quelques hypothèses. L'idée était précise dans sa tête, mais le résultat à l'écrit faisait très brouillon. Elle était la seule à pouvoir se relire sans fautes. Cette activité occupa suffisamment son esprit pour qu'elle puisse s'évader, car oui travailler la divertissait énormément. Cela lui prit toute la journée, le temps que sa nouvelle ancienne chambre fut disponible, mais elle veilla tard dans la salle d'étude, grignotant à peine. Elle repoussait chaque fois les limites de la fatigue, de peur de se trouver face à ses problèmes. Elle se fuyait, si mal et si bien à la fois, inutilement puisque son retour à elle-même serait encore plus fatal. Elle usa de somnifère pour soutenir son sommeil.

    Le lendemain, elle n'avait déjà plus de motivation pour ce qui l'avait passionnée la veille. Comme la magicienne l'avait prévu, personne ne fut en mesure de croiser son chemin et vice-versa. Cela ne bouleversait pas trop ses habitudes, mais elle était plus tranquille quelque part. Elle avait encore quelques remords envers Shahbaz, seulement elle finissait par conclure que c'était peut-être mieux ainsi. Lui était aimable, gentil, il n'avait pas besoin de s'enticher d'une malpolie capricieuse comme elle était. Elle reconnaissait parfaitement qu'il lui manquait et que la solitude lui pesait aujourd'hui. Elle y était accoutumée et ne prenait pas gare aux larmes qui coulaient presque constamment, comme si sont corps cherchait à rejeter tout ce qui la tracassait sans y parvenir. Elle fut prise de migraine du matin au soir et ressemblait plus à une loque qu'au petit oiseau stricte et intransigeant de l'habitude. Elle ne sortit que pour récupérer des ouvrages à la bibliothèque qu'elle feuilleta à peine. Inutile de fournir plus de détails, elle ne savait pas ce qu'elle lisait et n'avait pas prêté attention à la course du soleil.

    C'était le troisième jour, et depuis sa dernière rencontre avec le voleur elle n'avait touché à ses médicaments ni à la nourriture. Au moins ce matin-là elle se força, bien qu'elle ne prit pas grand chose elle faisait des efforts. Nastran était de bonne humeur lorsqu'on vint lui rapporter qu'un groupe de pigeons bleus couronnés s'était installé dans ses jardins. Il n'y avait pas une foule énorme, seulement quelques spécimen, mais cela était suffisant pour qu'elle veuille faire un tour, pas dehors mais jusqu'à la volière. Elle ne les y vit pas, seulement elle resta un moment à observer les centaines d'oiseaux qui allaient et venaient à leur guise dans cette cage géantes. Leurs couleurs chatoyantes et leurs plumages extraordinaires impressionnaient toujours autant la petite demoiselle. Remplir ses yeux de ce spectacle lui faisait un bien immense, c'est donc un peu plus gaie qu'elle rejoignait sa chambre.

    Très éloignée de la volière, cette dernière était en fait aménagée dans les sous-sols, d'où l'importance de la tenue irréprochable des lieux. Il fallait descendre deux étages à partir du rez-de-chaussé avant d'y parvenir, comme pour dire que personne n'y est le bienvenu. Seuls des domestiques y avaient accès et uniquement une fois par jour pour y faire le ménage, inévitablement nécessaire dans un si grand espace, soit 500m². C'était aussi une salle de détente à la fantaisie bien à l'image de la créatrice. Des colonnades imitant les arbre des forêts se laissaient enlacés par du lierre en plâtre parfaitement semblable au vrai. Par ailleurs, tout ici s'approchait de la réalité mais était faux. La salle était pareille à un véritable jardin, avec de la fausse herbe et de fausses fleurs, un faux cour d'eau également. Il y avait aussi de fausses fenêtres avec de faux jours et de fausses nuits agrémentés de faux paysages, desquelles émanaient une lueur douce. La salle était éclairée de lanternes en boules qui diffusaient une lumière suffisante pour qu'on la confonde avec celle du jour. Ce qu'il y avait de vrai ? Le gigantesque aquarium situé au plafond, habité par des poissons phosphorescents, rendant la chambre encore plus improbable qu'elle ne l'était déjà. Pour ce qui était du mobilier, il y avait des armoires et des commodes camouflées par la forêt contrefaite, ainsi qu'un bureau dans le même concept. On pouvait s'installer sur des fauteuils et des poufs qui encerclaient une table, sûrement trop comparés au nombre d'invités que recevait Nastran. Et la pièce maîtresse de la chambre était sans aucun doute le lit, au milieu contre le mur face à la porte. Il ressortait par le velours et la moustiquaire jaune qui le recouvrait. Pour finir ( il le faut bien ! ) des rideaux de gaze nacrée s'étiraient entre les colonnes, scintillant légèrement à la lumière et une balançoire entrelacée de liane pendait sagement non loin du lit.

    Cette endroit avait été conçut avant la mort de la grande-mère de Nastran et elle y avait demeuré assez longtemps, peu de temps avant de rentrer Shahbaz. Elle ne projetait pas, à l'époque, que l'on s'introduise dans sa chambre, et finalement elle s'y était habituée. Aujourd'hui, elle préférait être ici, à l'écart de tout ce qui pouvait lui nuire, dans ce cocon qui démontrait une partie bien pauvre de sa personnalité, son inexpérience sentimentale et sociale. Malheureusement, ce n'était pas forcément bon, mais elle s'en fichait bien et ne s'interrogeait même pas à ce sujet.

    La magicienne s'en fut sur un divan, récupérant au passage un livre traitant sur les oiseaux. Allongée sur le ventre, la tête entre les paumes, elle était attentive à sa lecture qu'elle faisait à voix haute pour Ghilia, sa panthère, contente de voir sa maîtresse. Elle restait sagement au pied du divan, sans comprendre un mot, seulement bercée par la douce voix de la jeune femme. Elle grogna lorsqu'on frappa - un poids aidant à amplifier le son - et que Nastran s'interrompit. Elle s'était levée pour voir qui la dérangerait de si bon matin, rajustant ses voiles couleur crèmes et lissant sa robe. Elle devait soulever quelques rideaux pour arriver à la porte et cela prenait quelques secondes de trop par rapport une salle de taille normale. Enfin, elle ouvrit, étonnée de voir une de ses servantes suivies de Shahbaz. Avant que celle-ci ne prononce un mot - sûrement " désolée je lui ai dit que vous ne vouliez voir personne - Nastran la congédia silencieusement, levant seulement la main. Elle ne voulait pas le dire, mais elle était contente et soulagée, bien que son premier mot fut un simple " bonjour " timide et inaudible. Elle nota que les baigneuses n'avaient pas raté le voleur, inévitables de toutes façons puisque pour la trouver il avait probablement du passer par quelqu'un. La demoiselle ouvrit un peu plus la porte pour le laisser entrer et le laissa s'installer. Pour sa part, elle s'assit à la même place que précédemment, près de Ghilia, toujours aussi sage. L'animal jeta un bref regard en direction de Shahbaz avant de fermer les yeux paresseusement. Puis, comme Nastran ne savait pas s'excuser et qu'elle craignait de voir à nouveau sa dignité piétiner, elle dit simplement :


    « L'autre soir, Nastran n'aurait pas du te traiter de la sorte. »

    Elle caressait le félin tout en s'exprimant, lequel ne rechignait pas face aux caresses de la demoiselle.

    « Viens-tu ici pour une raison particulière ? ajouta-t-elle, changeant en même temps de sujet. »

    Certes, elle était ravie de la présence du voleur, mais en même temps elle ignorait si c'était réciproque. Il avait bien fait une petite marche dans le désert pour venir jusqu'ici, toutefois elle n'étais pas convaincue, et avait encore en mémoire son attitude méprisante.
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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Une Lune en plein Jour   Sam 22 Jan 2011, 18:00

    La petite plaisanterie durait maintenant depuis trois jours et le soleil n'allait pas tarder à se lever. Voilà trois jours maintenant que ma dispute avec Nastran s'était produite mais peut-être était-ce une bonne chose. En débit du gouffre béant qui semblait prendre une place démesurée dans mon torse, j'avais le temps de songer à des choses diverses. Me remémorer l'objet de la dispute et son aboutissant par exemple, ou encore mon retour à Ashgabad qui, pour une fois, fut des plus discrets. J'avais investi les toits de quelque bâtiment ces derniers jours et je m'y plaisais. Je restais là des heures durant à contempler le ciel et les nuages venant parfois troubler son bleu naturel. J'observais ses teintes changer à la tombée du crépuscule... Et mes pensées couraient toujours. Il m'avait fallu me reposer et j'avais pris soin de fermer l'œil quelques heures la première nuit. Me réveillant aux premières lueurs du jour, mon nouveau quotidien reprit et c'est ce jour-ci, le second donc, que le cadeau de Nastran fut essayé. En effet, ce petit objet qu'elle m'avait offert permettait bel et bien de voir les étoiles en plein jour et c'était agréable. Magique. Et là encore cette banale observation se rapportait à elle. Comment allait-elle ? M'en voulait-elle pour l'avoir abandonnée ? Je n'en savais rien. J'essayais de ne pas trop y penser.

    Une multitude de questions me traversèrent l'esprit et quelques réponses furent apportées. Pendant ces jours silencieux et tranquilles, à profiter simplement de choses simples en écoutant, par exemple, les cris provenant du bazar tout proche, j'avais laissé libre cours à mon imagination. Aussi, celle-ci s'était plu à repenser à l'histoire que Nastran avait bien voulu me conter. Je m'étais alors souvenu de ce roi et de sa belle. Je m'étais également rappelé des visages dépeints sur le parchemin de Nastran. Et sans que je ne sache trop pourquoi là encore, l'énigme que la magicienne m'avait donné plus tôt me revint en mémoire. Quelque chose qui pouvait rendre heureux ou faire pleurer. Qui pouvait aider ou faire sombrer. Quelque chose qui pouvait s'avérer être source de méfiance ou bien de confiance. Une chose que personne ne pouvait expliquer ou même contrôler. La belle avait rendu le roi heureux un temps et pourtant sa disparition soudaine l'avait plongé dans le deuil parmi d'autre. Le deuil d'un Amour perdu. Je me souviens encore de la stupide réaction que j'ai eu en me faisant cette propre réflexion. Soudainement, la réponse à l'énigme devenait fluide, et je ne sais pourquoi je n'y avais pas pensé plus tôt. Toutefois, enthousiaste à l'excès, je m'étais redressé trop rapidement du bord du toit et avait failli en tomber. A croire que j'étais anormalement distrait ces temps-ci.

    Ni une ni deux, mon esprit se voyait déjà dans la chambre de Nastran à lui annoncer la nouvelle. Et puis le brutal retour à la réalité se produisit. Pourquoi étais-je au beau milieu d'Ashgabad à attendre patiemment que les heures défilent ? Ah oui c'est vrai. La dispute. Un long soupir s'était alors échappé de mes lèvres et mon corps avait repris place sur le rebord du toit, mes yeux fixant le ciel. Je ne sais plus vraiment si j'ai pris le temps de manger, j'étais trop occupé à penser. A me questionner. Combien de temps encore devrais-je rester dans cette ville sans retourner la voir ? Étais-je réellement interdit de séjour à l'académie ou n'était-ce qu'une idée ? Faute de trouver la réponse à ces interrogations, j'avais encore patienté, me ruinant le moral et le peu d'énergie restant. Je n'étais pas fait pour rester immobile à contempler les merveilles de la nature. Je devais voler, mais actuellement je n'avais rien à dérober. J'aurais pu me rendre au bazar et voler quelque aliment mais l'envie n'y était pas non plus. Pourquoi diable fallait-il qu'elle ait autant de fierté ?.. Et une question de plus, qui demeurait sans réponse.

    En voyant les premiers rayons de soleil du troisième jour, pointer à l'horizon, mon corps se redressa de lui-même. C'en était trop, j'en avais assez d'attendre sans réponse. D'autant plus que Nastran ne viendrait jamais me retrouver pour mettre clairement au point la situation. Autant que j'aille de l'avant, comme chaque fois. Autant que je sois insolent et impétueux et que j'ose me présenter à nouveau devant elle après l'avoir laissée. Elle n'était pas sans savoir que mon caractère était fougueux. Un peu plus que le sien encore, lorsqu'elle traitait avec ses domestiques. Par automatisme, ma détermination revint, plus grande que jamais et en un rien de temps, voilà que je me trouvais à nouveau dans le désert, à faire, plus rapidement, la marche que j'avais réalisé dans le sens inverse trois jours plus tôt. J'ignore pourquoi je souriais en m'imaginant la distance jusqu'à l'académie diminuer de plus en plus. Je ne sais pas si, inconsciemment, j'avais envie de la revoir. Je ne savais même pas comment elle allait m'accueillir. Si elle allait simplement m'accueillir, d'ailleurs. Et pourtant le sourire demeurait... L'inconscience peut-être. La folie. L'idiotie, mais ça, ce serait lui donner raison.

      ...

    Je n'ai pas pris la peine de chercher à passer ailleurs que par les portes. Je devais aller au plus rapide, peut-être avais-je peur d'oublier la réponse à l'énigme qu'elle m'avait cité. Quoiqu'il en soit, le plus rapide après le passage des portes était l'escalade. Comme cette nuit où nous nous étions disputés, j'avais grimpé la paroi rapidement, et pourtant, contrairement à cette nuit-là, elle ne m'attendait pas dans cette pièce. La chambre de la magicienne avait été entièrement vidée et nettoyée, comme si Nastran avait disparu, comme si elle n'avait jamais existé. Une pointe de frustration me traversa alors que mes sourcils se fronçaient. Peu importe. Où qu'elle soit désormais, je la trouverai. Elle n'allait certainement pas échapper à ce devoir de se départir de son masque. Pas maintenant. Redescendant de mon haut perchoir un peu plus lentement que la prouesse réalisée plus tôt, lors de l'ascension, le hasard voulut me jouer un tour. Puisque Nastran avait disparu, il me fallait me renseigner. L'une des personnes apte à me renseigner venait de me tomber dessus et, malheureusement, il s'agissait là d'une baigneuse... Évidemment, elle n'accepta de parler qu'après un bain "salvateur" d'après ses propres termes. Un profond soupir s'était extirpé de mes entrailles mais pour une fois, docilement, j'avais obéi.

    Où est-elle ? Tels étaient les mots que je n'avais de cesse de répéter, mais les baigneuses se refusaient à répondre clairement. Bien évidemment, là encore, j'étais contraint d'endosser le rôle de méchant et le ton haussa sensiblement. Assez, toutefois, pour que ces dames se décident enfin à m'avouer que la magicienne avait gagné les sous-sols et refusait catégoriquement de voir quiconque. Seulement je n'étais pas n'importe qui, et je n'avais pas fait tout ce chemin pour rien. D'un autre côté, si elle acceptait de bien vouloir me recevoir, au vue de l'annonce que j'avais à lui dire, l'humeur de Nastran allait sans doute se détériorer. Malgré tout, je devais tenter ma chance. Ne dit-on pas de cette dernière qu'elle sourit aux audacieux ? S'il y avait bien une chose que je possédais, c'était l'audace, au grand dam de certains ou certaines. Après de longues négociations et de longs discours, une servante accepta enfin de m'accompagner jusqu'à la nouvelle chambre de la magicienne. Deux étages au-dessous du rez-de-chaussée : l'atmosphère ne me plaisait guère. Être dans un bâtiment était quelque chose que j'étais encore apte à supporter, difficilement, mais je le pouvais. Par contre, être sous un bâtiment, là où la lumière du jour ne pénètre pas, là où la vie n'existe pas... Nastran elle-même vint ouvrir la porte et en peu de temps, la servante rebroussait chemin, quant à moi, j'étais autorisé à entrer.

    Un sentiment positif me mit en confiance alors que je fermais la porte derrière moi. Certes, Nastran s'était contentée d'un timide, banal et cuisant "Bonjour" mais au moins, j'étais accepté dans sa chambre. La magicienne ne voulait y voir personne, mais moi je pouvais y entrer, c'était plutôt bon signe, tout du moins, en mon sens... Ma main droite réajusta machinalement le veston que les baigneuses m'avaient ordonné de porter après avoir pris soin de moi, mais cette fois, aucunes nattes ne paraient mon crâne. Mes cheveux allaient et venaient librement, quelques mèches s'attardaient d'ailleurs sur mon front. Au moins, j'étais rasé de plus ou moins près. Quoiqu'il en soit, j'étais impressionné par la nouvelle chambre de Nastran. Et en dépit de l'absence totale de véritable jour, l'ambiance qui y régnait était pour le moins agréable. Tout n'était qu'imitation mais tout était merveilleusement bien fait, au point de s'imaginer dans un autre monde. Un jardin souterrain. Voilà qu'elle me faisait découvrir un nouveau petit coin de paradis dans son académie. La magicienne avait pris place sur un divan, et non loin d'elle se trouvait une belle panthère au pelage aussi noir que le jais. Enfin, Nastran parla un peu plus clairement que le tout premier mot qu'elle m'adressa à mon arrivée. Le peu de mots qu'elle prononça me fit sourire, mais contrairement à ce que j'avais pensé, elle avait au moins abordé le sujet. J'hésitais quant à sa réaction en me voyant. Je ne savais pas si elle allait m'ignorer, attendre que je prenne la parole de moi-même, si elle allait me parler de la pluie et du beau temps ou si, justement, elle allait malgré tout aborder cette fâcheuse dispute. En dépit de tout cela, je n'étais pas pleinement satisfait - et oui, exigeant en plus d'être audacieux. Mais c'était déjà un grand pas. Cela dit, elle ne s'attarda pas trop et changea bien rapidement de sujet, me faisant un peu rire, cette fois.

    - Sont-ce de rapides excuses que tu m'as fait là ? Parce que, si c'est le cas, je les accepte volontiers.

    Rares étaient les fois où je me disputais avec elle, pourtant ces disputes existaient malgré tout. Mais sans que je ne sache trop pourquoi, je ne pouvais me résoudre à lui en vouloir longtemps. J'étais d'un naturel rancunier, mais là encore, Nastran bénéficiait d'une dérogation. Si je restais loin d'elle pendant plusieurs jours, ce n'était plus pour la colère, mais pour la réflexion. D'ordinaire, et en voyant large, disons que je pouvais être déçu ou en colère contre elle environ une journée. Mais au-delà, tout disparaissait et l'histoire reprenait son cours. Pour elle, c'était peut-être plus complexe. Je n'arrivais pas vraiment à cerner ses expressions ou ses envies. Encore moins ses émotions. J'arrivais à comprendre son enthousiasme lorsqu'elle se laissait parfois aller, comme lors de l'escapade au milieu des jardins par exemple. J'arrivais à voir quelques unes de ses peurs mais uniquement parce qu'elle me les confiait, de temps à autre. Mais au-delà de cela, elle restait un mystère pour moi. Son masque était un véritable rempart. Finalement, la forteresse n'était peut-être pas l'académie en elle-même. Loin de là. Quoiqu'il en soit, présentement, je ne savais pas si elle était contente de me revoir où si je lui faisais simplement perdre son temps. Il me fallait donc être rapide. Par habitude, ma main droite vint frotter ma nuque et mes yeux se perdirent sur un plafond inhabituel mais envoutant. Il me faudrait peut-être expliquer les raisons de ma réaction quant à la dispute d'il y a trois jours, mais pour le moment j'allais imiter Nastran et changer subtilement - ou peut-être pas - de sujet.

    - Je venais voir si tu avais une mission pour moi, je m'ennuie un peu. J'ai aussi une réponse à t'apporter, mais je ne sais pas si elle va t'enthousiasmer.

    Le silence qui suivit m'était nécessaire afin de formuler une phrase correcte. Je devais m'expliquer brièvement, mais convenablement. D'autant que j'étais intimement persuadé que cette réponse, Nastran ne l'apprécierait pas.

    - J'ai trouvé la clé de l'énigme que tu m'as posé il y a quelques temps. Celle qui est au cœur de la promesse que tu as faite à ta grand-mère. L'énigme qui t'obligera à te dévoiler si quelqu'un d'autre trouve la réponse.

    Un nouveau silence. Peut-être pour le suspense, à moins qu'il ne s'agisse là de laisser à Nastran le temps de prendre conscience de l'ampleur de la chose.

    - Si je ne me suis pas trompé, la réponse, c'est l'Amour.

    N'importe qui aurait pu trouver cette réponse, sans doute ai-je eu de la chance d'être l'un des seuls à en avoir pris connaissance. Peut-être étais-je même le seul, en dehors de Nastran et de sa grand-mère. Un soupir m'échappa et ma main relâcha enfin ma nuque alors que mes yeux sombres se braquaient sur Nastran.

    - En fait, je suis sûr de la réponse que je t'apporte. Je suis sûr d'une chose aussi : cette promesse ne t'a jamais enchanté. Je sais que te dévoiler est une épreuve, parce que tu n'as aucune confiance en toi. Parce qu'on te met, ou parce qu'on t'a mis, de fausses idées dans le crâne. Donc je ne t'oblige pas à retirer ton masque. Pas maintenant en tout cas. J'attendrai le bon moment ; j'ai attendu plus de deux ans, alors je pense être capable d'attendre encore un peu.

    Être aussi prévenant ne me ressemblait pas. Mais c'était Nastran qu'il y avait en face, alors plus rien ne m'étonnait. A nouveau, mes yeux parcoururent la pièce brièvement avant de s'arrêter sur une colonne toute proche de moi.

    - J'ai parfois l'impression que si tu te refuses à dévoiler ton visage, outre ces rumeurs qui te concernent, c'est parce que tu penses que sans lui, tu n'es plus rien... Mais c'est faux... Avec lui tu es peut-être plus forte, mais ce n'est pas parce que tu ne portes plus cette entrave, que tu n'es plus Nastran ; nouveau soupir, et nouvelle pause, de ce fait ; Enfin, je me fais peut-être des idées.
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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Re: Une Lune en plein Jour   Mar 25 Jan 2011, 23:01

    Shahbaz n'avait pas besoin de trop réfléchir pour comprendre que la jeune femme s'excusait, à sa façon. Habituellement, elle reconnaissait avec une extrême difficulté ses tords, se retenant de les refuser, alors qu'il lui fasse remarquer qu'elle s'excusait ne l'amusait pas. Au moins, ni l'un ni l'autre ne reprendrait ce sujet pour discuter, elle le clôt d'un simple haussement d'épaules. Contrairement au voleur, elle n'était pas rancunière et pardonnait assez vite, ses changements d'humeur pouvaient même troubler. Ce qu'elle vivait, c'était l'instant présent, qui périmait rapidement dès l'arrivée de l'instant futur, et tout allait trop vite pour que l'on puisse élaborer le détail du déroulement de Nastran. En revanche, si elle était très touchée, elle pouvait mettre plus de temps que la moyenne à s'en remettre. Fort heureusement elle ne s'arrêtait pas sur les mauvaises expériences et se relevait toujours sur ses petites jambes.

    Le voleur lui fit part de son ennui, voulant le remplacer par une mission. Elle venait à peine de lui en donner une qu'il en voulait une autre ! Ou était-ce un prétexte pour venir ici ? Ou bien aborder une réponse fâcheuse, comme il le disait à l'instant ? Cette phrase lui tira une moue sous son masque. La magicienne était déjà contrariée et ne voulait pas en savoir davantage, ce n'était pas le moment. En même temps ils ne vivaient pas d'un monde fait de sucre et de fleurs, alors autant se débarrasser de cette mauvaise nouvelle tout de suite. Alors elle se tut, attendant la suite. Sentant la légère nervosité de sa maîtresse, Ghilia se releva, s'étira langoureusement, et resta debout, la tête levée vers le visage de marbre. Aux mots " énigme " , " promesse " et " dévoiler " , Nastran avait d'abord cru que son coeur s'arrêta deux fois, et que la vie cessait d'affluer en elle. Quelque chose en son être s'était figé, bien qu'elle ne puisse y apposer une définition. Le félin posa ses pattes avant sur les cuisses de la jeune femme, espérant une réaction, il la bouscula avec sa lourde tête, mais rien n'y fit, elle demeurait immobile et silencieuse, laissant Shahbaz terminer. La main qui caressait l'animal s'était aussi arrêtée, demeurant sur son crâne.

    L'Amour. Alors la réponse était cet inconnu, celui qui ne la visitait plus depuis longtemps. Après la mort d'Akram, il n'avait laissé que de la poussière à la place d'un coeur, et il n'apparaissait plus, ou vaguement, sous la forme d'Amitié. Ou bien était-il passé, mais elle ne l'avait pas reconnu ? Elle avait été bien sotte de ne pas y avoir songé. Complètement. Il n'y avait rien à redire sur sa stupidité, pensait-elle. Comment, avec une bibliothèque qui rivalisait avec celles de grandes écoles, comment avec toute son instruction, comment n'avait-elle pu trouver une réponse aussi simple ? Une partie des mots de Shahbaz s'envolèrent dans le brouhaha cacophonique de son esprit,dans un état si ébranlé qu'il pouvait se confondre avec celui d'un malade mental. Et durant ce temps, elle avait machinalement retiré le gant de sa main gauche. Un serpent mordant sa queue y était dessiné d'un noir d'encre. C'était la fin. Intérieurement, elle rit de cette plaisanterie, ne comprenant que maintenant où sa grand-mère avait voulut en venir. Parallèlement, elle n'avait plus d'énergie, plus de volonté.

    Sur le moment, elle détestait et admirait Shahbaz tout à la fois. Il détruisait cette chrysalide qu'elle avait construite, à elle qui n'était qu'une vilaine chenille, jamais prête à être un papillon. Une larve sans importance. Elle le détestait de l'avoir battue, de la mettre à nue sans pour autant la défier. Mais elle l'admirait pour toutes ces raisons à la fois. Autrefois, il était imbécile celui qui se mesurait à Nastran Shams-Sabah, puisqu'il perdait. Aujourd'hui, c'était la fin, et un commencement. Une fin très dure mais adoucie par la bienveillance de Shahbaz. Ghilia lâcha un gémissement de compassion et d'incompréhension, puis descendit ses paluches des cuisses de sa maitresse - d'ailleurs le poids s'était fait sentir. Cette dernière se leva, écoutant les dernières paroles de Shahbaz, auxquelles elle ne croyait pas vraiment. De toutes façons elle était trop embrouillée pour émettre un avis. Dès qu'il eût finit, elle s'approcha un peu et se contenta de lui dire, à mi-voix :


    « L'Amour, dis-tu. . . »

    Une chaleur sembla s'extirper de sa main, qu'elle montrait paume en dehors au voleur. Lentement, le tatouage disparut, et son bras retomba mollement. Puis se fut ses jambes qui se dérobèrent, tandis que son corps se glaçait. La panthère la rejoint, cherchant de plus belle à la réconforter, frottant affectueusement ses flans contre Nastran qui la prit par la cou. Un malaise de passage, rien de plus. Cette baisse de température soudaine avait tendance à survenir lorsqu'elle allait mal mentalement. Sa respiration ne faisait que s'accélérer alors que son corps était parcourut de frissons. La bête cessa de bouger pour rester docilement contre la jeune femme, dont les lèvres demeuraient scellées. Elle était dans un état de semi-conscience ; elle savait ce qu'elle faisait mais ne pouvait l'arrêter d'elle-même, comme si elle se voyait faire de l'extérieur et que rien ne pouvait l'en empêcher, surtout pas elle. C'est donc sans en avoir envie qu'elle retirait le voile qui couvrait ses cheveux, et sans plus d'entrain le faciès insensible fut enlevé. Quelques fibules défaits roulèrent dans sa chevelure, décoiffés par le retrait du voile. Quand à son visage, ce si horrible visage qui la rebutait, il avait les marques de quelques cernes, mais la pâleur de l'hypothermie ne pouvait être trahie par une peau si blanche, et il n'était possible de voir grand chose puisque la tête de la demoiselle ne voulait se tourner vers le voleur, de même que ses paupières étaient baissées. Elle se réfugia dans le pelage de Ghilia, dernièrement assaillit par les puces si on se fiait à l'odeur du henné. Tandis que sa respiration ralentissait, son pouls faisait de même, et ses joues se coloraient de rouges. Ses yeux larmoyant étaient ainsi à cause de ses émotions mais également à cause de ce nouvel état, si soudain. La tête reposée sur celle de Ghilia, mais le visage toujours hors du champs de vision de Shahbaz - elle le faisait exprès - elle dit, d'une voix faible bien que non inaudible :

    « Tu es beau, et tu es fort. Nastran n'est ni l'un ni l'autre, elle n'est même rien. Elle veut seulement être tranquille, ne pas voir le regard des autres sur elle. On se moquerait bien d'elle, qui sait si on ne chercherait pas à l'écraser ou pire, à avoir pitié d'elle. »

    Nastran était consciente qu'elle utilisait ce masque pour bien des prétextes qu'elle jugeait bons, peut-être en abusait-elle trop, mais il fallait bien admettre que ses ennemis au sein du palais ne l'embêtait pas longtemps. Toutefois, elle était convaincue de sa laideur et avait une honte inexprimable face au jeune homme chez qui elle ne trouvait jamais de défauts. Ces confessions n'arrangeaient rien car elle se sentait encore plus diminuée, mais il devait au moins comprendre, ne serait-ce qu'un peu.

    « Que crois-tu Shahbaz ? Nastran aimerait bien aller sans s'inquiéter des autres - elle marqua une pause, enchaînant plus ou moins sans rapport : Et sauter ! Ou même danser, courir aussi, sans se demander si cette fois elle s'en sortira sans gravité. »

    Si là elle se montrait quasiment incapable de quoique ce soit, elle ajouta d'un ton plein et affirmé, malgré un rythme un peu lent du au ralentissement de sa tension :

    « Nastran ne devra jamais rien à ceux qu'elle aime, c'est pourquoi elle retire ce masque. Mais ne lui demande rien de plus. D'ailleurs, qu'as-tu gagné ? »


    Par ne lui demande rien de plus était inclut le " tourne toi pour voir " et ce qui est dans le genre. Et elle ne comptait pas le faire maintenant par bonne volonté. Elle restait blottie derrière le fauve, la mine défaite, cherchant à se protéger ainsi qu'à se réchauffer.
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MessageSujet: Re: Une Lune en plein Jour   Sam 29 Jan 2011, 00:50

    Retirant presque mécaniquement le gant de sa main gauche alors que je parlais tout en l'observant, Nastran semblait absente malgré ce masque m'empêchant d'en être certain. Elle paraissait être ailleurs mais devais-je m'en étonner ? Ce que je lui annonçais là ne l'enchantait pas, comme je l'avais prévu, c'était, pour elle, une situation difficile à vivre à n'en pas douter. C'est peut-être pour toutes ces raisons que j'ai voulu ne pas en profiter... Et pourtant. Toujours aussi mécaniquement, Nastran s'était levée après une vaine tentative de réconfort de la part de sa panthère. En silence, elle s'était approchée de moi et sa voix, très faible, s'était à peine faite entendre. L'Amour, oui. D'abord pointée vers moi, la main pâle de la magicienne perdit toute détermination et son bras entier retomba dans le vide, contre ses flancs. Si cette soudaine perte d'énergie ne m'avait pas plus affolé que cela, la chose fut différente lorsque les jambes de Nastran l'abandonnèrent à leur tour. Heureusement, cette petite chute ne fut pas bien grave et pour cause, la magicienne ne sembla pas même s'en être rendue compte, pensive qu'elle était. De mon côté, je n'avais pu empêcher un vif mouvement de la part de mes mains, souhaitant la rattraper malgré la distance et le léger retard. Un simple réflexe sans importance maintenant. Le plus important était que Nastran aille bien. Au moins un peu.

    Elle fut rejoint par sa panthère qui, paresseusement, avait parcouru la faible distance la séparant de sa maîtresse pour aller se coller à elle, la soutenant du mieux qu'elle le pouvait. Si la panthère elle-même se rendait compte du malaise de Nastran, c'est que celle-ci devait être plus perturbée encore que ce que je m'étais imaginé. Et pourtant, lors de la traversée du désert, j'avais eu le loisir de me représenter nombre de scénarios tous plus amples les uns que les autres. Jusqu'à maintenant, je pensais que Nastran ne se rendait plus compte de rien mais la présence du fauve à ses côtés ne passa pas inaperçu et elle l'enserra doucement. Elle ne le fit qu'un court instant cependant. En dépit de mes paroles, en dépit de la limite que je m'étais moi-même imposé, les mains de Nastran semblaient agir d'elles-mêmes et retiraient tour à tour le voile masquant des cheveux aussi noir que l'ébène, et son masque. Cachant son minois derrière la panthère, il m'était impossible de la voir. Tout du moins, le peu que je voyais me semblait tout à fait normal et cacher de si belles mèches brunes était bien dommage en mon sens. Nastran avait les cheveux bien plus longs que ce que je m'étais imaginé. Quoique, au fil des ans, je me l'étais représenté tellement de fois que, finalement, j'avais bien dû l'imaginer avec une telle chevelure une ou deux fois. A nouveau, sa voix, encore faible, se fit entendre.

    Voyait-elle tout cela en moi ? De la beauté et de la force ? Et en quoi ne voyait-elle rien de cela chez elle ? Si le discours de Nastran me flattait en partie, il me mettait également en colère. Comment pouvait-on en arriver à un tel point ? Comment pouvait-on se haïr à ce point sans jamais être capable de se trouver une qualité, même minime ? La magicienne était touchante, mais ses propos me faisaient également souffrir. J'avais mal pour elle. D'autant qu'elle était loin d'avoir fini ses confessions. Tout ce qu'elle souhaitait, tout ce qu'elle avait voulu en portant ce masque, était un peu de tranquillité. Au fond, elle avait peur, comme tout le monde un jour. Après une légère pause, la magicienne reprit de plus belle et elle me fit prendre conscience d'une chose. Un peu comme moi, Nastran n'était qu'une enfant. Elle ignorait de nombreuses choses, avait leur naïveté et leurs craintes. Elle avait peur de souffrir face à la brutalité de certaines personnes, elle avait peur d'être la source de moqueries, d'attaques, de dénigrements un peu plus importants encore que les rumeurs actuelles allant bon train à son sujet. Ce masque l'aidait grandement. Car les rumeurs ne pouvaient être vérifiées : on disait d'elle qu'elle avait une apparence monstrueuse mais au fond, personne ne pouvait l'affirmer. Nouvelle pause. D'autres propos, et cette fois-ci, plus de peurs. Des rêves. Des rêves d'enfants. A nouveau, une pause et une ultime fois, sa voix se fit entendre, prenant un ton plus affirmé, bien qu'encore un peu lent.

    Elle n'avait pas la force de faire autre chose pour moi, mais elle en avait déjà fait bien trop. Peut-être était-ce un peu tard pour regretter tout ou presque, mais je pense ne m'être jamais rendu compte à quel point elle était attentionnée vis-à-vis de moi. Je ne m'en étais en tout cas pas rendu compte avant ce moment. J'avais cherché à voler ses biens, au tout début, mais j'avais échoué et elle m'avait gardé à ses côtés, mieux, elle m'avait employé. Nous nous étions liés d'amitié et à chaque fois que je venais la voir, j'étais reçu comme un Prince. Elle s'efforçait de prendre soin de moi, de me nourrir comme il fallait et d'être certaine de mon bon accueil. Je pouvais rester à l'académie comme je le voulais, accéder à sa chambre plus facilement que d'autres. Et tout ce temps, je n'ai fait que profiter. Sans m'en rendre compte, je lui ai toujours demandé plus que ce que j'avais déjà, d'où ses sautes d'humeur au sujet du masque, ou d'autres points. Finalement, je vais me mettre à la croire : peut-être suis-je idiot, parfois. Immobile, blottie et presque prostrée derrière la panthère, Nastran attendait patiemment. Patiemment ? Non, elle devait être pleine d'appréhensions et c'était compréhensible. En dépit de l'ampleur de la situation, mes lèvres s'étirèrent en douceur en un sourire des plus naturels. Et lentement, mes jambes s'actionnèrent pour s'approcher d'elle.

    La voir ainsi me faisait un drôle d'effet. Voir ses seuls cheveux était étonnant et inhabituel, mais j'allais vite m'y accoutumer, je ne me faisais pas beaucoup de soucis là-dessus. Arrivé tout près de la panthère et de Nastran, à leur tour, mes jambes se dérobèrent sous moi et je finis ma course à genoux, mains recroquevillées entre elles et posées sur mes cuisses. Là encore, je ne voyais pas encore entièrement le visage de la magicienne. Je le voyais en partie, mais c'était suffisant pour distinguer une peau clair et des joues légèrement rosées. Peut-être pour la rassurer, elle aussi, ma main droite alla se poser sur le crâne de la panthère, frottant un moment son pelage alors que mon autre main se chargeait de Nastran. Je pense n'avoir jamais été aussi prudent de toute ma vie. Mes gestes étaient lents, doux et mesurés, attentionnés d'une certaine façon. Peu à peu, quelques uns de mes doigts se posèrent sous le menton de Nastran, la forçant plus ou moins à pivoter la tête vers moi sans pour autant l'inciter à me regarder dans les yeux. A nouveau, un sourire étira mes lèvres. Les paupières de la magicienne étaient presque closes, peut-être l'étaient-elles d'ailleurs. La peau pâle mais aussi froide de Nastran laissait transparaître quelques traces grisâtres autour de ses yeux, preuve qu'elle ne dormait que fort peu, ou très mal - un peu comme moi. Sans insister davantage, mes doigt se reculèrent pour la laisser cacher à nouveau son visage si c'était ce qu'elle désirait. A la place, ils se permirent de se saisir d'une mèche brune, la caressant simplement et appréciant leur douceur. Non, véritablement, elle n'avait rien d'un monstre. Aussi, pour une fois, ma franchise allait être utilisée à bon escient.

    - Tu es belle, Nastran, que tu le veuilles ou non.

    Ajustant ma position pour être un peu plus libre de mes mouvements, mais aussi plus à l'aise, mes mains délaissèrent la panthère et les cheveux de Nastran pour se poser au sol et m'aider à me redresser sensiblement. Mes genoux se décollèrent du sol et je me contentai alors de rester accroupi. Une fois stabilisé, mes bras enserrèrent mes genoux, et mes yeux continuaient de découvrir Nastran sans que mon sourire ne se résolve à fuir. C'eut été alors, bien trop lui demander d'ailleurs. J'avais tellement de choses à lui dire que je ne savais trop par quoi commencer. Je lui avais déjà fait part du plus important en mon sens, même si je savais qu'elle n'allait pas me croire aussi facilement. Peu importe au fond, je ne comptais pas m'arrêter en si bon chemin et j'avais la ferme intention de le lui répéter de nombreuses fois ; elle serait bien forcée de le reconnaître ne serait-ce que pour retrouver un semblant de tranquillité, un jour. Mais outre sa beauté véritable, j'avais d'autres choses à dire, beaucoup de choses. Avant tout, cela dit... Me redressant encore un peu, j'entrepris de retirer le veston qu'on m'avait assigné, puis, avec délicatesse, je le posais sur les épaules de Nastran. Le souvenir de sa peau anormalement froide me revenait en mémoire, et quand bien même le veston n'était pas grand chose, c'était toujours ça en plus. A la suite de ce simple geste, par ailleurs, mon regard glissa jusqu'au masque que la magicienne avait retiré quelques instants plus tôt. Tout aussi délicatement, mes mains s'emparèrent de ce faciès constant et inexpressif. C'est en le regardant - peut-être pour la ménager un peu - que je repris la parole.

    - Puis-je savoir tes critères de beauté ? Comment peux-tu juger de ta beauté ou non, Nastran ? J'ai eu l'occasion de t'observer, depuis le temps, et tu fuis ton reflet, même quand tu as ton masque. L'eau, une vaisselle trop éclatante, et je ne te parle même pas des simples miroirs qui sont, je le crois bien, proscrits au sein de l'académie. Tu es belle, et à ta façon, tu es forte. Ma présence en ses lieux en est la preuve même ! Je suis parti il y a plusieurs jours parce que j'étais en colère, mais me revoilà ; petite pause le temps de se souvenir des paroles de Nastran et le temps aussi, pour moi, de reprendre ma respiration ; Et s'il n'y avait pas lieu de se moquer ? Tu as grandi dans un mensonge, Nastran.

    Tenter de lui faire comprendre en quelques mots et quelques minutes que tout ce qu'elle croit depuis plusieurs années n'est qu'absurdité, mensonge ; que tout ceci est faux, s'avère être complexe. Je ne me fais pas de faux espoirs, je sais qu'elle ne changera pas sa façon de penser du jour au lendemain ; mais j'ai bon espoir. Peut-être devrais-je affronter une cruelle désillusion, mais j'aime à m'imaginer Nastran confiante et sûre d'elle-même. Un court instant, mes yeux quittèrent le masque pour se reporter sur la magicienne. Un instant suffisant pour la détailler encore et encore avant de m'imposer une limite, une de plus ; avant de m'interdire de la regarder plus encore pour ne pas la déranger ou la gêner. Mes yeux ne trouvèrent rien de mieux que de dévier sur la panthère, toujours à côté, et finalement mes paupières recouvrirent mes iris. Un instant, le silence est retombé. Un instant qui m'a paru long, mais peut-être n'était-ce pas le cas. Sans que je n'ouvre les yeux, mes mains firent pivoter entre elles le masque avant de l'amener peu à peu sur mon visage. Ma main gauche se laissa retomber mollement au sol alors que la droite maintenait le masque sur mon visage. Ce n'est qu'alors que mes yeux se rouvrirent. Comment pouvait-elle vivre ainsi depuis si longtemps ? En dépit des pensées désagréables qui m'assaillaient derrière ce masque, mon sourire restait, bien que se faisant un peu plus triste peut-être.

    - Ce que j'ai gagné ?.. Peut-être le sauras-tu un jour. Peut-être le comprendras-tu un jour.

    Il ne restait plus grand chose à répondre, mais je crois avoir gardé le plus important pour la fin. Quoique, dans cette discussion, tout était important. Il était question de Nastran, après tout. Cela dit, j'allais faire l'effort d'être plus clair dans les prochaines réponses que ce que je venais de faire. J'avais gagné beaucoup à découvrir son vrai visage. Beaucoup de choses et des choses très diverses qui plus est, c'était tellement vaste que c'était difficile de tout énumérer sans rien oublier. En la voyant, j'avais l'impression de trouver un sens à ses deux années à ses côtés. Bien sûr, j'ai toujours tenu à elle, et je tiens d'ailleurs à elle un peu plus encore au fil des années. Mais quel ami peut se considérer comme tel vis-à-vis de quelqu'un dont il ignore le visage ? J'étais ami avec quelqu'un. Quelqu'un, et son nom était Nastran. Nastran Shams-Sabah... Voir son visage me confortait également dans ce que j'avais toujours pensé. Les autres avaient tort, ils n'étaient que des abrutis et avaient raison de croire à ces foutues rumeurs. Qu'ils aient peur de Nastran et qu'il la laisse tranquille comme elle le désire, mais qu'ils ne m'empêchent pas de la voir. Voir son visage éveillait encore bien d'autres choses, des sentiments et des sensations douces et agréables. Si la peau de Nastran était glacée, la mienne irradiait. J'y avais beaucoup gagné mais maintenant, j'avais peur qu'elle m'en veuille. Que notre relation d'antan disparaisse parce qu'elle se fait des idées ou pense que je lui mens.

    Oubliant - ou essayant au moins -, toutes ces pensées, j'essayais désormais de trouver une formulation à ce que je souhaitais lui dire pour la suite de ses propos. Pour ses rêves. De toute façon, je ne partirais pas de cette chambre avant de l'avoir vu sourire. Encore une chose que je voulais voir, même si quelque part, je l'appréhendais également. Malgré le masque, j'avais toujours appréciait le rire de Nastran. Pour moi, c'était réconfortant, c'était la preuve qu'elle était bien en ma compagnie et qu'elle pouvait, comme les autres, s'autoriser quelques moments de détente. Là, si je voulais la voir sourire, c'était pour être certain que malgré toutes ces révélations, elle arriverait à se redresser encore et encore. Mais peut-être étais-je un peu trop optimiste, peut-être ne serait-elle pas capable de sourire aujourd'hui, ni même demain. Qu'importe, j'avais tout mon temps, et je ne bougerais pas d'ici avant de l'avoir vu heureuse une fois, une seule et unique fois et ne serait-ce qu'une fraction de seconde. Ce qui m'effrayait un peu plus encore, était ma réaction face à ce sourire. Du temps où elle portait son masque, Nastran m'intriguait. Elle m'intriguait tant que j'avais appris à m'intéresser à elle et finalement, à l'apprécier : c'est à partir de là qu'est née notre amitié. Quelque part, j'avais été ensorcelé par elle. Bien évidemment et tout naturellement, maintenant que j'avais vu son minois, le charme ne s'en trouvait que plus amplifié alors si jamais j'étais amené à voir son sourire, j'ignore où j'allais arriver.

    - Vis, Nastran. Ne te préoccupe pas des autres. Saute. Danse. Cours, sans te poser de questions. Autorise-toi ces privilèges, toi aussi tu y as droit.

    N'ayant pas eu le temps de réfléchir davantage, mes paroles avaient outrepassé mes pensées mais je n'étais pas mécontent. Peut-être aurais-je pu formuler un peu mieux toutes ces pensées mais j'étais assez satisfait de ce résultat, faute de mieux. Ma main droite s'abaissa à son tour et reposa délicatement le masque au sol alors que mon regard le détaillait toujours ; ce masque que j'avais si souvent vu, déjà. Ce masque que j'étais en mesure de reproduire, de reconstruire peut-être même. Un masque outrageusement simple mais qu'importe la simplicité dont il était constitué : il remplissait son rôle à merveille et avait été capable de cacher les expressions de Nastran jusqu'à maintenant. Mes yeux dévièrent sur l'une des mains de la magicienne et y restèrent un moment, détaillant leur finesse entre autre chose. Mes paupières se fermèrent à nouveau et ma main droite en profita pour se poser sur celle de Nastran avec douceur. La différence de température entre nos deux peaux était flagrante, mais quelque part, ça ne me faisait pas de mal non plus. Mes paupières se soulevèrent et mes yeux sombres se dévoilèrent, posés sur le visage de la magicienne alors qu'un sourire tendre étirait mes lèvres.

    - Et ne m'oublie pas. Je suis là si tu as peur. Je t'aiderai, si tu trébuches...
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MessageSujet: Re: Une Lune en plein Jour   Sam 19 Fév 2011, 01:30

    Jamais de sa vie Nastran n'avait envisagée une telle scène. L'évidence lui avait si souvent souffler de belles paroles à ce sujet ! Écartant jusqu'à la possibilité des innombrables imprévus qui peuvent se placer en travers de son chemin. Maintes fois, sur d'autres voies, la magicienne avait croisés ces vilains obstacles contre lesquels elle avait su contre-attaquer. Mais aujourd'hui, que pouvait-elle ? Elle, qui habituellement partait du principe que chaque problème a une solution, se prenait à penser qu'elle ne voulait plus vivre. Ce fut une envie soudaine, trop subite pour qu'elle puisse évaluer la gravité de la chose. Bien que Nastran soit faible, c'est pour la Vie qu'elle a su trouver la force de se battre. Elle était persuadée qu'elle valait la peine d'être vécue. Hors, actuellement, ce principe s'effondrait et tout ses espoirs avec, et ce au point qu'elle ne trouvait pas l'énergie de laisser s'évacuer quelques larmes.

    Un silence s'imposa, mettant comme une pierre sur les volontés de la jeune femme. Ses volontés ? Se relever, se regarder en face, être prête à vivre encore. Parce qu'il le faut. Seulement chacun de ses membres étaient immobilisés par un poids imaginaire qui tirait jusqu'à son morale vers le sol. Après tout, elle se l'était toujours dit : elle n'est pas courageuse, elle n'est qu'une bonne à rien. Et elle réagissait en conséquence comme une bonne à rien. Une froussarde qui se confinait dans l'observation du temps qui passe. Les brumes de son esprit se dissipèrent lorsque Shahbaz encourra le risque de la saisir - très - délicatement par le menton. Par ailleurs, il était si prévenant que cela en arrivait aux limites de l'inconcevable. Pour Nastran, ce fut comme si tout s'arrêtait. Depuis des années elle n'avait pas sentit autre chose que les vêtements, l'eau ou la crème contre sa peau. Voilà que maintenant, il y avait un contact physique entre elle, un monstre, et un être humain. De sa main, le voleur dirigeait le visage de la jeune femme face au siens. Cela n'allait pas mieux, elle se sentait encore plus mal à l'aise que jamais, et si elle ne résistait pas c'est qu'elle n'avait pas réalisée la situation. Néanmoins, son réflexe fut de fuir comme elle le pouvait, évitant le regard de Shahbaz. Elle ne voulait pas voir de la frayeur, du dégoût, elle souhait même qu'elle devienne aveugle à jamais pour ne pas avoir à faire à tout ce qu'on pouvait penser d'elle. D'une autre façon, continuer à s'éviter au travers des autres. Elle ne répondit rien au compliment qui venait de lui être fait, elle n'en avait pas d'avis ni de réponse.

    Quand finalement Shahbaz se défit du menton, sa tête retomba contre la robe de la panthère, qui se sentait mieux depuis que le jeune homme l'avait rassurée. Nastran faisait à peine attention à ce qui l'entourait. Habituellement, protégée de son masque, elle aurait été ravie de voir le sourire de son compagnon. Pourtant, elle ne fut pas insensible au geste de ce dernier qui fut de la couvrir. Elle fut touchée d'ailleurs ; ainsi, il était capable de faire attention à elle ? Elle sut être attentive au bon moment, alors que le voleur s'exprimait. Il lui avouait que depuis tout ce temps, elle avait progressé dans le mensonge. Et cela n'en était-il pas un ? Elle ne poursuivit pas son raisonnement, car même pour penser, la force lui manquait encore. Le silence reprit sa place, laissant une impression de suspension. Nastran attendait encore une réponse, et voyant que celle-ci tardait à se prononcer, la magicienne releva la tête et vit Shahbaz qui jouait avec le masque. A lui, c'était sûr, il ne lui sied pas.

    Enfin, il se décida à répondre, mais ses paroles ne convinrent pas à la demoiselle. Elle détestait tout ce qui était évasif, bien qu'exceptionnellement elle savait leur trouver un charme, en art par exemple. En ce cas, insatisfaite, elle entrouvrit légèrement ses lèvres, les referma, et resserra le veston sur elle. Elle ignorait si elle avait encore l'usage de la voix puisque cette fois-ci, elle avait eu la volonté de parler, mais hélas pas la capacité. Shahbaz fut ensuite de bon conseil, bien que ceux-ci ne soient pas tout à fait appropriés au cas de Nastran qui évoquait un autre problème, mais ses mots étaient faciles à confondre en un sens autre que celui d'origine. Elle ne chercha pas pour autant à le contredire ou rectifier ses propres propos. Elle avait l'air assez minable comme cela pour en plus défendre davantage cette vulnérabilité qu'elle considérait comme une ennemie. Le masque, lui au moins, ne s'était jamais permit de la trahir. Il avait été bien plus fidèle qu'elle ne put l'espérer, jusqu'à la défendre du regard d'autrui, dépassant les fonctions du rôle qui lui avait été prévu au départ. Désormais, le marbre avait quitté la porcelaine, et ils ne se cotoyeraient plus. Dans un mouvement de réconfort, le jeune homme prit la main glacée de Nastran, puis lui fit part d'une promesse. La tiendrait-il ? Avait-elle confiance en lui ? De quoi être sûr, de quoi douter, Nastran ne savait plus, et cette fois-ci tout contact l'incommodait. Elle retira sa main rapidement, se détacha de Ghilia qui avait observé silencieusement, enfin elle se leva, les jambes tremblantes d'émotions mais aussi de fatigue. Malheureusement, elle avait réalisée cette action avec trop de brusquerie pour son état actuel. Cette fois-ci, un vertige la prit, et durant un moment - une pincée de secondes ou quelques heures ? - elle fut inconsciente. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, ce fut sur le regard inquiet de Shahbaz qui l'avait rattrapée supposément. N'importe qu'elle demoiselle aurait pu avoir cette chance et en être grisée. Seulement c'est une Nastran à moitié dans les vapes qui fut désignée par le hasard.

    Entre temps était venu Maleek, chargé d'un plateau qui supportait le déjeuner. Il était arrivé ( par pure coïncidence ) à l'instant où le voleur avait rattrapée la jeune femme. Il s'était alors empressé de déposer le repas pour vérifier la santé de Nastran, un regard noir adressé à Shahbaz au passage. En contrepartie, il avait les yeux clairs, l'un noisette et l'autre bleu ciel, et sa peau était presque aussi matte que celle de Shahbaz. Ses boucles brunes étaient coupées court, recouvertes d'un turban. Ses vêtements avaient été taillés dans des étoffes précieuses, de couleur bleu marine et blanche. Quelques touches d'or ornementaient ça et là sa tenue qui dissimulait une musculature convenable pour un homme de son âge, 2 ans de plus que le voleur. Le dénommé Maleek ne dit rien au sujet de son étonnement sur le visage démasqué de Nastran, préoccupé à la ranimer. Il n'eût qu'à la toucher pour saisir la cause du problème, faisant apparaître son remède ( un bocal en verre contenant des pilules oranges ) après avoir murmuré une formule dans un dialecte mystérieux. Jusque là, il n'avait pas abordé Shahbaz, mais il finit par demander, d'un ton qui se voulait neutre :


    « Que s'est-il passé ? Pourquoi est-elle découverte ? »

    Il avait deviné plus ou moins les réponses à ses questions, connaissant les causes qui pouvaient amenées la magicienne à perdre connaissance. Ce fut à ce moment que celle-ci reprit ses esprits. Toutefois elle demeurait incompréhensive quand à la situation qui se présentait. Elle sentait qu'on la déposait, seulement la tête lui tournait trop, elle était incapable de savoir où et avait oublié les évènements précédents. Maleek avait déjà extrait du bocal une pastille et la lui fit prendre avec de l'eau. Désormais, c'était comme si le malaise n'avait pas eu lieu. Elle s'écria même :

    « Shahbaz ! Maleek ! »

    Les joues rouges, le sang qui affluait rapidement, elle ne put qu'ajouter par simple réflexe :

    « Sortez ! »

    Elle le répéta sans même leur laisser le temps d'hésiter à cet exigence, de plus elle partit avant eux. Ghilia tenta de la suivre seulement elle fut renvoyée elle aussi, donc elle revint auprès de Shahbaz, qu'elle appréciait davantage que l'intendant ( Maleek ). Ce dernier jaugea rapidement son nouveau " compagnon " avant de s'en aller, soulevant les voiles qui gênaient le passage. Il avait bien fait de remplacer la servante, du moins le croyait-il. Il n'appréciait guère la relation qu'entretenait les jeunes gens, d'autant plus qu'il n'en savait pas grand chose. La croire aussi avancée le fâchait mais aussi il était content d'être au courant. Une fois à l'extérieur de la chambre, Ghilia fila retrouver de vrais jardins, alors que le jeune homme s'était arrêté.

    « Que lui as-tu fait ? demanda-t-il calmement. »

    Une accusation trop hâtive, moyennement, bien qu'elle avait le mérite de réfléchir les suppositions de l'interrogateur.
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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Une Lune en plein Jour   Mar 22 Fév 2011, 11:49

    Même si j'étais plutôt content d'avoir enfin vu le visage de Nastran, la réaction qu'elle avait en retour me rendait presque triste. J'étais mal à l'aise à l'idée de la savoir aussi mal du fait de la simple absence de son masque. Qu'importe ce que j'avais bien pu faire, elle avait toujours fui mon regard excepté lorsque j'avais porté le masque à mon visage. Lorsqu'elle le pouvait même, c'était son visage en son entier qui se détournait de moi ; mais comment lui en vouloir ? J'étais sans doute plein d'espoirs de croire qu'elle pourrait sourire aujourd'hui, et maintenant, tout particulièrement. Même mon visage voilé par le masque ne suréleva nullement la commissure de ses lèvres. Qu'importe mes actes, la situation restait à l'identique, et qu'importe mes propos : elle n'était jamais satisfaite de ce que je pouvais bien lui dire, ou sans aller jusqu'à dire "satisfaite", prétendons simplement "convaincue". A un moment, Nastran sembla vouloir s'exprimer, mais si ses lèvres s'entrouvrirent, aucun son ne s'en extirpa. Abandonnant bien rapidement l'idée de communiquer, la belle referma simplement mon veston sur elle et retourna à ses songes. Alors que ma main s'était posée sur la sienne, la magicienne avait bien rapidement retiré la sienne, et dans un élan de courage plus poussé, elle prit même le risque de se défaire du pelage de sa panthère avant de se redresser. L'ennui étant que tout ceci avait été fait avec, peut-être, un peu trop de rapidité étant donné son état. L'espace de quelques secondes, son corps avait paru immobile, mais bien vite il tangua et il me fallut me redresser brusquement pour la retenir et ne pas qu'elle se blesse en se heurtant au sol, alors qu'elle était désormais inconsciente. Certes, je lui avais fait la promesse de la retenir, de l'aider si jamais elle trébuchait ; je ne m'attendais toutefois pas à en faire l'application aussi tôt.

    Alors que je la reposais lentement au sol, un membre de son personnel était entré dans la chambre avec, semble-t-il, un plateau plein de mets divers qu'il délaissa bien vite pour s'approcher de Nastran, affolé par son état. Je pense ne pas avoir fait attention au regard qu'il m'a lancé, bien trop inquiet pour la magicienne que pour les pensées qu'on avait à mon égard, mais mon regard se posa sur lui lorsqu'il murmura une formule dans un dialecte que je ne connaissais pas. Il avait tiré de ses manches une sorte de remède qui, je l'espérais, serait capable de rétablir Nastran. Mais si l'intendant m'avait plus ou moins ignoré jusqu'à maintenant, les questions lui brûlant les lèvres finirent par être formulées, m'arrachant un froncement de sourcils tandis que mon regard se reportait sur Nastran. Ce qu'il s'était passé ? Je n'en savais trop rien, mais la raison de l'absence de son masque, ça, oui, je pouvais le lui expliquer. Je n'en eus pas le temps cependant, car les paupières de la magicienne s'animèrent brièvement, ôtant dès lors, toute trace d'animosité ou de méfiance à mes traits. L'inquiétude, mêlée peut-être trop hâtivement au soulagement, revenait de plus belle et la belle finit par ouvrir les yeux. Je serais bien incapable de décrire ce que j'ai ressenti en l'instant, tout ce que je suis en mesure d'affirmer, c'est que j'étais heureux de pouvoir croiser à nouveau son regard, même s'il paraissait encore un peu vague. L'homme aux vêtements fastueux n'attendit pas plus longtemps pour donner son remède miracle à Nastran, et l'effet fut immédiat et flagrant. Si jusqu'alors, elle demeurait dans une espèce d'état de somnolence, bien vite ses idées devinrent plus claires et mon nom, tout aussi bien que celui de l'homme a mes coté, furent prononcés brutalement. Les joues sensiblement rouges, peut-être, la magicienne prit tout juste le temps de respirer avant de nous ordonner de sortir. Je n'eus personnellement, pas même le temps de réaliser l'intonation du premier "Sortez !" qu'un second le suivait de près. Finalement, abasourdi par les paroles de Nastran et ses réactions fulgurantes, elle eut plus vite fait de quitter la pièce d'elle-même, me laissant seul avec ledit Maleek.

    L'étonnement se lisait sans conteste sur mes traits. Il me fallut plusieurs secondes afin de réaliser tout ce qui venait de se réaliser. La panthère de Nastran avait tenté de suivre sa maîtresse mais elle aussi fut renvoyée, si bien que l'animal fit demi-tour pour me rejoindre. Je pense qu'en cet instant, j'étais partagé quant aux sentiments qui me traversaient. D'un côté, j'étais heureux de voir que la magicienne allait mieux au point de s'exclamer à plusieurs reprises, puis de partir rapidement en laissant sur le carreaux deux hommes de constitution normale. Et d'un autre côté, j'étais triste, je pense. Triste de ne pas avoir eu le temps de comprendre ce qui se passait. Triste de n'avoir pu voir d'elle qu'un pan de vêtement disparaissant dans un couloir. Un soupir bref et relativement faible m'échappa alors que ma main droite venait se frotter à ma nuque. Et pendant ce temps, ce Maleek m'observait sans que je ne m'en rende compte, sans que je ne lui prête une quelconque attention. C'est plus par automatisme que par véritable volonté que mon corps se redressa de lui-même pour enfin, daigner obéir à Nastran en quittant les lieux. La panthère semblait me suivre et moi, je suivais Maleek, trop absorbé par mes pensées pour avoir véritablement conscience de ce qui m'entourait. Dès que nous fûmes à l'extérieur de la chambre, la panthère ne tarda pas à nous fausser compagnie pour rejoindre d'autres jardins, des jardins qui, sans doute, n'avaient pas l'aspect artificiel de ceux qu'elle venait de côtoyer. Après Nastran, voilà que la panthère m'abandonnait à mon triste sort, ne me laissant qu'en compagnie de cet homme m'exaspérant déjà alors même qu'il n'avait presque rien dit. Peut-être était-ce un pressentiment, puisque le dénommé Maleek s'arrêta et me toisa. Une question alors, simple, me fut à nouveau posée.

    Était-ce une accusation ? Son air ne laissait guère de doute là-dessus, en effet, mais au moins son accusation me permit de revenir à moi-même ; au moins dans un premier temps. J'étais agacé par sa simple présence, alors le fait qu'il mette sur mon dos l'état de santé de Nastran me poussait un peu plus à bout. Mon nez s'était sensiblement plissé et mes sourcils eux, s'étaient exagérément froncés. L'intendant appréciait tout particulièrement les questions mais n'avait que faire des réponses, visiblement. Il avait déjà son idée sur celles-ci, aussi, qu'importe ce que l'on pouvait bien prétendre : il n'écouterait guère. Et pourtant, j'avais nourri le vain espoir qu'il m'écoute au moins une fraction de seconde : bras croisés sur le torse, j'avais été désireux de m'expliquer avec lui. Déjà, les critiques foisonnaient et je me voyais le remettre à sa place. De quoi se mêlait-il ? Quel intérêt avais-je à faire du mal à Nastran ? Certes, c'était ma faute si elle n'avait plus son masque et si elle était "découverte", comme il le faisait si bien remarquer ; pourtant je n'avais pas entraîné la suite des évènements. Je n'avais pas souhaité et pas même compris pourquoi sa peau était si froide. Je savais plus ou moins pourquoi son regard était fuyant et pourquoi son visage se détournait mais je n'avais pas voulu le reste ; le fait qu'elle se relève trop brusquement, qu'elle perde connaissance et ce, pendant plusieurs minutes. Et sans que je n'en sois conscient, mes traits s'étaient détendus et la colère, évaporée. Le calme de Maleek m'avait d'abord agacé, mais maintenant que je m'y attardais davantage, il me faisait prendre conscience d'une chose. Son air accusateur et le ton s'y mêlant m'avait déplu ouvertement, mais...

    Et s'il avait raison ? Il y a quelques jours déjà, j'avais eu vent de la santé décadente de la magicienne. Par ma faute, alors qu'elle avait souhaité une expédition dans les jardins, elle avait failli s'évanouir également prétendant ne pas avoir pris ses médicaments. Le soir-même, nous nous disputions et je la laissais seule alors que le moment ne s'y prêtait pas. Pourquoi m'étais-je enfui alors qu'elle s'était finalement rétractée à sa façon ? Nastran était aussi bornée que moi mais pourquoi ne pouvais-je pas m'abaisser de temps à autre à ravaler ma fierté et obéir simplement ? Plusieurs jours s'étaient écoulés et voilà que je revenais à elle. Elle avait changé de chambre pour ne pas avoir à se faire surprendre par l'éventuel retour d'un voleur de sa connaissance ; elle s'était terrée dans les sous-sols de l'académie dont je venais de découvrir l'existence. Elle refusait toute visite mais m'avait tout de même accepté. Et si elle avait refusé de me voir ? Peut-être n'aurait-elle pas fait ce malaise... Il aurait mieux valu qu'elle ne m'accepte pas dans cette nouvelle chambre ; à n'en pas douter elle regrettait d'avoir pris une telle décision, d'abord parce que je ne lui avais apporté que du mal à revenir, ensuite parce qu'elle avait été contrainte de se dévoiler. Ce qu'elle redoutait le plus s'était finalement réalisé. L'avais-je trahi ? Et pourtant, je connaissais Nastran. Je savais plus ou moins ce qu'elle voulait et ce qu'elle craignait. Je la savais rêveuse et même joyeuse... Pourquoi ne pas m'être rendu compte de l'ampleur de ce que j'avais engendré à observer simplement ses yeux fuyants ? Le calme et la patience de Maleek avaient été mis à rude épreuve et pour cause : j'avais gardé le silence pendant de longues minutes. Pourtant le doute avait envahi mes traits et n'importe qui aurait pu se rendre compte des nombreuses questions affluant dans mon crâne. Était-il fier de ce qu'il avait entrainé chez moi ? Peu importe.

    - Désolé...

    Kyrielle de doutes et de questions. Un mot que je ne connaissais guère m'avait échappé sans que je n'en ai conscience et déjà, je fuyais. J'avais l'habitude de partir sans jamais me retourner, mais pas face à des accusations ou un homme contre lequel j'étais en mesure de me défendre. Mais pour une fois, par simple facilité, je fuyais. Les escaliers que j'avais descendu calmement, plus tôt dans la matinée, étaient remontés bien plus rapidement. Aucune servante ne me guidait mais je n'en avais pas besoin : j'avais parcouru le chemin une première fois et il n'était pas complexe à retenir. Par ailleurs, pour sortir d'ici au plus vite, qu'importe les dédales se présentant à moi, je n'aurais aucun mal... Et en effet, bien vite le rez-de-chaussée fut atteint alors que j'étais tout juste essoufflé. Et maintenant ? Maintenant, on prolongeait le fil de ses réflexions dans le calme le plus complet. Mon regard se voulait fuyant à son tour et ma tête était anormalement basse, je ne sais même pas si j'ai croisé gardes ou servants sur le chemin, trop adsorbé que j'étais par mes interrogations primaires. Le changement était sans conteste radical : moi qui me pavanais toujours fièrement dans l'académie, qui riais de croiser les gardes qui n'avaient pas été en mesure de me voir entrer, voilà que je marchais lentement sans leur prêter la moindre attention. Peut-être que ce comportement les agaçait également car d'une certaine façon, je les ignorais délibérément cette fois, alors même que ce n'était nullement volontaire. Un nouveau soupir m'échappa et mon épaule se heurta à une large porte alors que ma main en actionnait la poignée pour l'ouvrir sur des jardins. Ces derniers avaient été les seuls capables de m'extirper au moins un temps à mes réflexions et ils étaient également le lieu calme que je cherchais. Un coin reposant et presque silencieux. La porte claqua derrière moi et mes pieds foulèrent négligemment l'herbe alors que mes yeux s'aventuraient enfin à se détacher du sol pour regarder un peu plus haut. Finalement, mon corps s'arrêta à hauteur d'un arbre fruitier, celui-là même qui avait tant émerveillé Nastran lors de sa promenade en ma compagnie. Cependant, je ne pense pas avoir eu conscience de l'identité de l'arbre : tout ce que je voulais, c'était un simple support et en effet, face à la fontaine, mon corps s'était collé au tronc et s'était laissé choir au sol sans retenu, à la suite de quoi, mes jambes s'étaient pliées et, collées à mon torse, mes bras les avaient simplement enserré. Inutile de rester le regard dans le vague, perdu sur un point précis et inexistant des jardins : pour me reposer et m'effacer peut-être aussi, mon visage vint se perdre au creux de mes bras alors que mes pensées vagabondaient librement. Peut-être valait-il mieux partir pour de bon, désormais.
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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Re: Une Lune en plein Jour   Mer 23 Fév 2011, 12:59

    Tout d'abord, présentons le ( il faut bien le faire, non ? ). Maleek Ben Armin, jeune homme ambitieux au parcours idéal. Pas d'erreur, il réussit tout et tout lui réussit. Ses liens avec la famille Shams-Sabah ne sont pas directs, ils sont presque inexistants. Tout simplement né d'un enfant adopté et marié à une femme qui n'est pas de la famille Shams-Sabah. De simples rapports de principes, comme nous pouvons le constater. Il n'a jamais souffert de rejet, tout comme ses parents, ils étaient considérés comme membre à part entière de la famille et tout autant respectés. Enfant, Maleek se démarquait par une confiance en lui incomparable, le plus agaçant étant qu'il avait rarement tord. Pas spécialement orgueilleux ni prétentieux, toujours calme, mais cachant une impatience presque déraisonnée, tel était-il, et tel est-il actuellement. C'est sans doute sa forte personnalité qui impressionna Nastran - une chose qu'elle apprécie soit dit en passant chez Shahbaz, bien que ces deux personnages soient différents - ainsi que son charisme démesuré - ah tient, un certain voleur en a pas mal aussi. Du temps de l'enfance, Maleek était très ami avec la magicienne et l'aidait souvent pour ses devoirs, il la défendait des moqueries ou bien la rassurait quand elle allait mal, mais passée la pré-adolescence un gouffre s'était creusé entre eux. Ou plutôt Nastran l'avait creusé, et une barrière insurmontable s'était dressée entre elle et tout ce qui pouvait exister. Il avait beau faire, il ne la retrouvait plus, et cette immense protection n'arrangeait rien. Il continua pourtant, sans reconnaissance, à s'occuper comme il le pouvait de la jeune femme.

    Même si ce n'était pas réciproque, il éprouvait de l'affection pour Nastran, et il admettait qu'il était jaloux ainsi qu'envieux de Shahbaz. Il ne comprenait pas en quoi ce voleur, par déduction de basse classe, incapable d'assurer un avenir stable à Nastran ( il voit loin, le Maleek ) pouvait bénéficier d'une attention particulière. Il ne lui trouvait aucune utilité, malgré son métier qui avait énormément d'importance aux yeux de la magicienne. Il trouvait cette dernière stupide bien qu'elle soit d'une intelligence qui savait le dépasser. Par exemple, elle était capable de résoudre des problèmes avec cette évidence qui lui était propre, comme si elle avait toujours eue la solution en tête, en revanche elle s'entichait d'idées qu'il jugeait débiles, mais qui n'étaient pas sans l'attendrir. En dehors de la lampe magique réservée exclusivement à Shahbaz, il savait que le soir elle allumait trois bougies qui se confondaient avec celles déjà allumées - il l'avait vu faire - si ce n'est que leur couleur est différente. Lorsqu'une fois il lui demanda la raison, elle lui répondit que chacune d'elles étaient assignées à quelqu'un qu'elle appréciait : Shahbaz, lui, et la troisième elle tut le nom. Apparemment, cela éloignait les cauchemars. Une superstition ridicule qui ne marchait pas, mais il ne réussit pas à le lui dire.

    Aujourd'hui se présentait une occasion d'avoir à faire au fameux voleur. Il semblait impulsif, la question à peine achevée ses premiers ressentiments se faisaient voir. Un affront était-il en cours ? Maleek le pensait bien. Shahbaz semblait être de ceux qui réagissent vite, avec une vivacité étonnante. Il ne devait pas tenir en place très longtemps, cela était sûr, mais pas jusqu'à la nervosité. Pour l'instant, il n'avait que quelques échantillons de la personnalité du jeune homme, à savoir qu'il aimait narguer les gardes, détestait être sous l'emprise des baigneuse et qu'il était réactif. Mais ce peu suffisait à Maleek pour se faire une idée de son interlocuteur. Peu importe, de toutes façons il lui en voulait et ne lui trouverait pas d'excuses. Il patienta alors, d'abord quelques secondes, puis une minute, ensuite un instant. . . Il en avait marre d'attendre, bien qu'il pouvait le faire un très long moment. En revanche une partie de lui tenait mal en place et il la contenait au mieux. Bras croisés lui aussi, le regard dur, seulement cela était une caractéristique tout à fait normale chez lui. Il se préparait déjà à une confrontation verbale. Mais pas aux excuses du voleur, encore moins à sa fuite.

    De toutes façons il n'allait pas s'en plaindre. Il ne faisait qu'en déduire que Shahbaz se sentait fautif, ou bien qu'il ne se sentait pas à sa place, bref, qu'il était mal et n'était pas prêt de revenir. Toutefois, il restait encore quelque chose qui le turlupinait. Pourquoi Nastran n'avait-elle pas son masque ? Était-ce toujours ainsi lorsqu'ils se voyaient ? Et pourquoi avait-il, une fois encore, plus de privilèges que lui ? La mémoire de Nastran en colère le troublait. Ou même lorsqu'elle était inconsciente. Il ne croyait pas à ces histoires de monstre, mais il ne s'attendait pas à ce qu'elle soit belle, seulement banale. Le simple fait de poser un dessin sous ce masque l'étonnait encore. Quand au voleur, qu'avait-il de plus que lui ? Peut-être rien. Il se souvenait aussi que la jeune femme avait fait un malaise, et le plus souvent ses émotions étaient directement liées, particulièrement lorsqu'elle était contrariée ou trop stressée. C'était peut-être un accident, donc elle n'avait pas voulut se dévoiler. Si cela se trouvait, à l'instant, elle était en larmes. Il pouvait donc en profiter pour rester avec elle. Oui, il y avait plus de chances qu'elle le rejette, mais il avait bien le droit d'essayer. Lui prouver qu'il ferait tout pour qu'elle aille bien, contrairement à Shahbaz. Il resta là un moment, devant la porte, à hésiter sur ce qu'il allait faire.

    De l'autre côté, Nastran n'allait pas mieux. Quelle idée d'avoir fait cette promesse ! Et trop de respect pour sa grand-mère. Comme les princesses Disney Elle se réfugia sur son lit, quelques larmes faisant leur course sur ses joue. La tête enfouie dans les coussins, elle se remit à penser aux derniers évènements. Peu importe le physique qu'elle pouvait avoir, elle est horrible, elle se savait grosse - en fait, elle l'était petite, mais elle croit qu'elle l'est toujours - quand à Shahbaz qui la disait belle, ou il n'avait pas de goût ou il était méchant de mentir ainsi. Quand au masque. . . C'était ou maintenant, ou jamais, et elle n'avait pas fait ce geste uniquement pour honorer sa parole, mais aussi pour se libérer d'elle-même. Ce qu'elle n'avait pas sut, c'est qu'elle se sentirait détruite. Shahbaz pouvait bien prétendre l'aider, de toutes façons elle tomberait trop souvent pour qu'il en ait le temps. Éventuellement, il aurait pu avoir prononcées ces paroles seulement pour déculpabiliser. Non, là, elle se trompait, elle le savait, mais tout était flou ! C'est à ce moment, celui où elle allait littéralement exploser de pleurs, qu'elle sentit une main sur son épaule. Shahbaz ? Non, Maleek, qu'elle rembarra simplement d'un revers de mains. Elle se redressa et prit plus de distances, toujours aussi pudique qu'il y a peu.


    « Nastran t'as dit de sortir, que fais-tu ici ? »

    Voilà qu'elle était si bouleversée qu'elle ne savait plus s'énerver. Normalement, elle l'aurait dégagé, si vraiment sa présence avait été indésirable.

    « Je venais voir si tu allais bien, si tu n'avais besoin de rien, répondit-il d'un ton prévenant.
    - Ce n'était pas nécessaire, rétorqua-t-elle. Où est Shahbaz ? »


    Voilà le nom qu'il ne fallait pas dire, mais qui fut dit mes amis, qui fut dit. La magicienne se levait déjà, plaçant des voiles sur sa chevelure et son visage. Elle n'était toujours pas prête, et elle savait qu'en se forçant cela n'irait pas mieux. Par ailleurs, elle craignait de plus en plus l'idée que l'on pouvait se faire d'elle, qu'elle puisse être exclue à cause de son physique, ou seulement qu'on pouvait la remarquer. Autrement, l'intendant avait répliqué :

    « Il est partit, et il ne compte pas revenir je pense. »

    Elle voulut se retourner pour demander des détails mais il s'en allait déjà. Elle ne le croyait pas, ou pas tout à fait, et avait bien raison puisqu'elle disposait d'une preuve : la lampe à huile, qu'elle s'empressa d'allumer. En visualisant la flamme, elle put conclure que le voleur n'avait pas encore mis un pieds dans le désert.

    Maintenant que j'y pense, nous avons oublier de répondre à une question : pourquoi Nastran voulait-elle revoir Shahbaz ?


    A/ Elle est amoureuse de lui, de ses beaux muscles, son sourire magnifique, etc. . .
    B/ Il lui doit de l'argent.
    C/ Les médocs lui donnent des aiiilles !

    La réponse est évidement la C ! La A étant à réfléchir. Reprenons sérieusement. . . La jeune femme vient de réaliser qu'elle peut perdre un être qui lui est cher ( donc la réponse A peut s'y avoisiner ) et le médicament qu'elle a reçut il y a peut a des tendances à réveiller la nervosité ( donc la C ). Par conséquent, elle se laisse emporter par le vent des sentiments ( p'tite note poétique pour conclure ).

    A présent, il fallait trouver un moyen de retrouver le voleur, et malheureusement il n'y en avait pas trente-six. Elle quitta sa chambre, terrifiée de ce qu'elle pouvait rencontrer maintenant qu'elle n'avait plus son masque. Avec beaucoup de courage, elle interpela un garde qui ne l'avait pas reconnue. Il la regardait curieusement, devinant de qui il pouvait bien s'agir. Seule la voix, discrète, voir même effacée, l'aida à cerner l'inconnue. Par son comportement, il était aisé de comprendre qu'elle ne voulait pas se faire voir. Il lui désigna les jardins. Intérieurement, elle se rétractait ( alors ce n'est pas la C ? ) tandis qu'elle se retirait. Personne ici ne la remarquait puisqu'ils étaient assez occupés, qui plus est il n'y avait pas beaucoup de monde. Néanmoins, elle parvint jusqu'à la lourde porte qu'elle poussa avec peine. . . et la laissa se refermer sur elle-même, sans la passer. Elle venait d'imaginer un groupe d'étudiants, ou même un groupe court. Une seconde fois, ce fut le même schéma. Le garde qui avait finit par la voir pensa que la porte était trop lourde pour une si faible créature, donc il se décida à lui ouvrir la porte, faisant sursauter la demoiselle au passage. Trop confuse, elle bredouilla un remerciement et finit par sortir. C'était ça, la grande, la terrifiante, la stricte, Nastran Shams-Sabah ? Sur le coup, il en douta fortement. Il se dit que ce n'était qu'une femme voilée. Ça, c'est réaliste !

    La fraîcheur de la verdure se battait contre la chaleur étouffante, et les fleurs ne pouvaient qu'envoyer un meilleur parfum. Sa robe laissait sur l'herbe une caresse feutrée, et à part cela elle ne percevait que les chants des oiseaux. Du regard, elle cherchait la raison de sa venue, sans l'apercevoir. Elle n'osait pas crier, de peur qu'on l'entende ( ce qui est le but, en même temps ). Suivant simplement le chemin qu'elle avait fait autrefois, elle espérait le trouver au moins vers là. Et si il l'évitait ? Il valait peut-être mieux rentrer. Malgré qu'elle ait fait tout ces efforts, c'était peut-être préférable. Sauf qu'il fallait toujours terminer ce que l'on a commencé. Elle soupira, se demanda comment trouver un homme dans son palais, lorsque sous les ombres d'un arbre elle put distinguer une silhouette. Elle dut contourner la fontaine pour en avoir le coeur net. Et encore ! La personne était dans une position qui ne rendait pas facile la reconnaissance de son identité. Mais arrivée près de lui, elle en fut certaine. Il s'agissait bel et bien de Shahbaz, le beau gosse au corps de rêve, recroquevillé sur lui-même. C'était surprenant, inconcevable. Il fallait le voir pour le croire !

    Doucement, elle s'approcha de lui, jusqu'à ne plus qu'être à quelques centimètres. Elle s'agenouilla, mains jointes sur les cuisses. Il ne l'avait peut-être pas vue, et elle ne voulait pas le déranger. Et là, parce que la magicienne est une fille et qu'une fille c'est chiant, sur un ton mi-boudeur :


    « Nastran a trébuché au moins quatre fois avant d'arriver ici, tu n'es pas facile à trouver. »

    Pas de réaction, du moins elle n'en attendit pas pour le toucher du bout du doigt et voir si il réagirait, mais surtout pour capter son attention. Elle enchaîna aussitôt, à mi-voix :

    « Shahbaz ? Nastran aussi peut t'écouter. »

    Comme il ne paressait pas enclin à répondre, elle se releva et commença à partir. Ou alors elle aurait pu émettre l'hypothèse qu'elle était un peu impatiente, aussi. . . Elle était un peu vexée, bien que plus attristée. Il lui semblait que tout ce qu'elle touche s'abîme ou se casse, et qu'il en serait toujours ainsi.
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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Une Lune en plein Jour   Sam 26 Fév 2011, 10:34

    Plongé dans des pensées dont je ne soupçonnais pas même l'existence, je pense n'avoir guère été conscient de ce qui m'entourait pendant un certain laps de temps. Peut-être ai-je été absent, psychologiquement parlant, quelques minutes ou plusieurs heures, mais peu m'importait : je réfléchissais en paix. L'air paisible des jardins m'y aidait sans doute mais en y réfléchissant à deux fois, j'aurais pu sans conteste me mettre n'importe où, puisque l'atmosphère régnant dans cet espace de verdure, cette oasis improvisée, ne me touchait nullement. En entrant, j'avais, je crois, eu conscience de la fraîcheur des arbres et des fontaines s'opposant à la chaleur habituelle du désert, mais maintenant je ne sentais plus cet effet sur ma peau. Je croyais avoir senti un instant au moins la délicatesse des plantes et, entre autre, des fleurs, mais actuellement : plus rien ne me parvenait. Seuls quelques bruits se faisaient entendre dans les jardins pourtant, tels que le bruit apaisant de l'eau filant au travers de tranchées creusées à cet usage, ou encore celui, plus calme encore, des oiseaux chantant les louanges de la journée. Mais non, rien, rien ne me parvenait et l'espace d'un long moment, je n'étais même plus conscient de l'endroit dans lequel je m'étais arrêté. Étais-je dans l'académie aux côté de Nastran, ou à Ashgabad elle-même ? Est-ce que je vivais simplement ? Peut-être n'était-ce qu'un rêve... Si seulement : j'aimerais tant me réveiller.

    Alors que je m'évertuais à trouver une solution à chacun de mes nombreux questionnements, il m'avait semblé percevoir le bruit lointain d'une porte venant troubler mes raisonnements avant que je ne m'y replonge aussitôt. Un frottement fluide sembla s'approcher mais là encore, aucune conséquence ne m'extirpa à mes pensées... Je ne savais pas que Nastran s'était déplacée juste pour moi, qu'elle m'avait cherché dans son académie et désormais trouvé. Je ne savais pas non plus qu'elle était désormais toute proche et attendait patiemment que je redresse la tête pour la voir. Comment l'aurais-je pu ? Je ne l'avais pas entendu. Sa voix me tira doucement à mes songes mais son ton était trop faible pour qu'il sonne comme la réalité. Rêve ou non, je me rendais déjà compte que j'avais failli quant à la promesse que je lui avais faite : pour l'encourager, je lui avais dis qu'elle pouvais compter sur moi, que quoiqu'elle fasse si jamais, un jour, elle trébuchait, alors je la relèverais. Or elle m'annonçait déjà qu'elle avait failli tomber à quatre reprises sans que j'en ai simplement conscience. Bien évidemment, réelle ou non, cette voix ne facilita pas mes interrogations et bien au contraire : les paroles prononcées me confortaient dans mon idée. Je n'avais rien apporté de bon à Nastran, ou plutôt, il y avait plus de mauvaises choses que de bonnes. J'étais à nouveau bien loin des jardins de l'académie lorsqu'elle s'aventura à me toucher du bout de l'un de ses doigts ; ces sensations semblaient trop parfaites pour qu'il ne s'agisse que d'un rêve... Mais alors elle s'était déplacée dans le seul but de me voir ? Non, pourquoi s'était-elle déplacée ?

    Revint sa voix, douce et faible, m'interpellant et m'invitant à me confier si j'en avais besoin. Lentement mes yeux s'ouvrirent et les sensations des jardins revinrent peu à peu. Je me rendais compte que j'avais chaud en effet, que la chaleur harassante du désert faisait son office et que je n'y échappais pas. Quelques perles de sueurs semblaient maculer mon front mais heureusement, la constante fraicheur des jardins m'aidait à ne pas trop souffrir de cette chaleur. Outre les jardins en eux-mêmes, l'ombre que me faisait l'arbre fruitier contre lequel j'étais appuyé y était sans doute pour beaucoup également, puisqu'il atténuait la puissance des rayons du soleil qui ne demandaient qu'à s'abattre sur moi. Lentement, les chants des oiseaux me revenaient et j'étais capable de déceler plusieurs espèces aux chants exotiques et agréables. Le son de l'eau slalomant au sein des jardins et la fontaine, tout proche, s'imposait à leur tour. Je fus également capable de percevoir le frottement de vêtement signifiant que Nastran se levait, et quittait déjà les lieux. Était-elle déjà lasse, ou avais-je mal compris la dernière de ses phrases ? Peut-être ne pouvais-je pas me confier à elle aussi librement que ce qu'elle avait prétendu. A moins qu'elle sache délibérément que quoiqu'elle fasse, ou quoiqu'elle dise : jamais je ne me confierai. J'ignore pourquoi, peut-être était-ce de la fierté, mais quoiqu'il en soit, j'avais toujours eu beaucoup de mal à extérioriser mes pensées ou mes sentiments. Disons que je n'étais pas enclin naturellement à ce genre de prouesses et par conséquent, il me fallait un certain temps de préparation. Celui-ci pouvant aller de quelques jours à plusieurs mois ou, pourquoi pas, plusieurs années. Et pourtant, c'est spontanément cette fois que ma position avait changé pour se défaire en partie et se tourner vers elle ; de même, c'est spontanément que ma voix se fit entendre, aussi claire que d'ordinaire, au moins dans ses débuts.

    - Nastran ! Attends...

    Tout lui dévoiler maintenant serait trop long et les raisons de mes décisions ne l'intéressaient pas réellement. Ce qui comptait, c'était l'idée qui avait été malicieusement immiscée dans mon esprit par Maleek alors même que j'en avais conscience ; mais qui avait pris plus d'ampleur que je ne l'aurais cru et ce, en très peu de temps. Désormais, main et jambe gauches touchaient le sol alors que la partie droite de mon corps n'avait pas nécessairement bougée : jambe droite redressée et avant-bras posé sagement sur mon genou. Mon corps avait légèrement tourné sur lui-même en dépit du tronc d'arbre bloquant mon dos, afin que je puisse distinguer Nastran. Elle portait des voiles sur sa chevelure et il semblait en être de même pour son visage ; c'était une bonne chose. Elle n'avait pas reprit son masque mais l'avait troqué contre des tissus fort peu épais : j'y voyais beaucoup de progrès de la part de la belle magicienne. Quoiqu'il en soit je l'avais interpelé, mais n'avait pas pour autant poursuivi le fil de mes pensées or, connaissant le peu de patience de la demoiselle - et pour cause : elle me l'avait encore rappelé il y a quelques minutes à peine -, il me fallait faire vite si je ne voulais pas lui expliquer mes intentions tout en la suivant et rejoignant sa chambre. Pourtant je n'avais pas eu le temps de me préparer. Je ne pensais pas qu'elle viendrait me voir d'elle-même pour savoir où j'étais passé, pour m'entendre, peut-être, clamer mes problèmes et mes interrogations. Afin de gagner encore un peu de temps, assez en tout cas, pour formuler une phrase complète et convenable, mon corps bougea à nouveau. La main qui était posée au sol me servit de support pour me relever lentement ; je réajustai quelque peu mes vêtements et j'étais fin prêt.

    - Je songe à partir pour de bon, cette fois ; marquer une courte pause m'était nécessaire, mais elle ne serait pas aussi poussée que la précédente. Il me fallait formuler précisément le fond de mes pensées pour ne pas la blesser ou la vexer, chose qui était pour le moins aisé à réaliser ; Mais je suis à ton service après tout, alors il me faut au moins ton avis sur ce point. Je ne te poserai donc qu'une seule question...

    Il me fallait décidément beaucoup de temps pour parvenir à m'exprimer convenablement et pour cause, voilà que j'allais encore marquer une assez longue pause. Ces pauses répétées et ce suspense agaçant n'avaient pourtant rien de volontaires, au contraire. J'aurais voulu tout lui exposer à la suite sans même prendre le temps de respirer, mais force est de constater que j'en suis simplement incapable. Après tout, lui annoncer mon départ imminent n'était pas une chose plaisante, loin de là. Je préfèrerais rester à n'en pas douter, poursuivre mes missions pour elle, aller voler ça et là puis revenir glorieusement et la voir simplement heureuse d'avoir l'objet de ses convoitises. N'avoir plus rien à voler pour le compte de Nastran me manquerait certainement, mais au-delà : savoir l'usage qu'elle allait faire de cet objet, écouter ce qu'elle avait fait de ses journées pendant mon absence et me rendre compte sans cesse des connaissances dont elle pouvait faire preuve, faisaient désormais partie intégrante de ma vie. Qu'allais-je faire une fois parti ? A quoi ressemblerait mon quotidien si je n'avais plus tout cela ? Maleek ne m'appréciait pas et c'était indéniable. Même si je n'étais pas forcément désagréable aux premiers abords, surtout lorsque je ne connaissais pas la personne en face, je ne pouvais pour autant m'empêcher de le haïr au moins autant qu'il me haïssait. Sa façon d'agir avec moi, son regard hautain et sévère, ses accusations... Tout m'exaspérait, mais je reconnaissais non sans mal - ce qui pouvait paraître étrange, venant de ma part -, qu'il avait raison sur le point touchant à Nastran. Même si je ne sais trop comment tout ceci a pu se produire, j'étais responsable de son malaise : tout allait bien jusqu'à ce que j'arrive après tout. Alors même si, au fond, je voulais rester à son service pour tout le bien et la fraîcheur que Nastran m'apportait simplement, je ne pouvais m'y résoudre en voyant l'état de santé déplorable dans lequel elle se trouvait... Et je me surprenais alors à ne plus penser qu'à moi.

    - Si ce n'est les bijoux, les pierres magiques ou les objets divers que je t'ai rapporté... ; nouvelle pause incontrôlable : ma voix s'était coupée d'elle-même alors même que j'aurais voulu poursuivre. Mes lèvres s'étaient refermées sur elles-mêmes également et mes yeux demeuraient plissés : pourquoi était-il si difficile de poser une simple question ? Pourquoi il m'était si difficile de poser cette question précisément ? ... Par peur de ne pas avoir de réponse, peut-être ; Qu'as-tu gagné à me rencontrer ?

    Reprendre le cours de ma phrase avait été cette fois spontané. D'une traite, j'avais repris la parole mais il m'avait fallu déployer maintes efforts... Parfois on dit que se confier peut arranger les choses : ce n'était pas mon cas. Je ne cherchais pas à me confier, et si jamais j'y étais contraint, je devenais tout de suite désagréable et impétueux pour me protéger moi-même, peut-être. Mais me protéger de quoi ? A la suite de mes paroles, un long soupir s'échappa de mes lèvres et comme d'habitude, ma main droite vint se coller à ma nuque, la frottant du bout des doigts. Quand bien même cette fameuse question avait été formulée, je n'allais pas mieux pour autant et je n'étais d'ailleurs nullement rassuré. Je donnerais le temps de répondre à la magicienne, tout le temps qu'elle désirait mais dans l'enceinte des jardins. Si jamais elle s'aventurait à quitter les lieux sans me répondre, alors je n'aurais plus aucun doute, quand bien même elle ne comptait s'accorder qu'un moment de réflexion, comme je l'avais fait plus tôt. Par ailleurs, même si elle me répondait, je n'étais pas certain de rester. Il me faudrait alors réfléchir sur ce qui la poussait éventuellement à vouloir me voir rester... Quoiqu'il en soit, ma réflexion était loin d'avoir abouti, mais si je posais la question à Nastran malgré tout, c'était pour continuer d'espérer que Maleek avait tort. Je ne pouvais en effet m'empêcher d'espérer toujours que l'idée qui avait pris tant d'ampleur dans mon crâne n'était nullement justifiée, que j'avais ma place dans l'académie et que je pouvais la garder encore maintenant.
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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Re: Une Lune en plein Jour   Ven 04 Mar 2011, 16:22

    La petite magicienne commençait déjà à en vouloir à Shahbaz. Il l'avait fait sortir de son palais toute seule, car c'était bien pour lui qu'elle avait fait cela, alors qu'elle n'avait aucune certitude à propos de la cachette qu'il pouvait bien avoir. Si il avait voulut être original, il aurait put aller ailleurs, ce n'était pas les endroits qui manquaient dans cette vaste académie ! Et pour toute récompense de ses efforts fournis, le silence. Néanmoins, si Nastran mettait ses sentiments de côté, elle pensait à ce que le voleur pouvait bien ressentir. Habituellement, il était plus vif, alors que là il était amorphe. A quel point se sentait-il mal ? Et pour quelles raisons ? Parce qu'elle leur avait - sèchement - demandé de sortir ? Non, il aurait été différent dans ce cas. Pas forcément aimable, mais ç'aurait été une réaction bien différente de celle qu'on pouvait observer à l'instant. Quelques mètres plus tard, la voix du voleur s'éleva, couvrant les chants lointains des volatiles. La jeune femme se retourna soudainement en sa direction, comme si elle avait espéré quelque chose. C'est avec une joie cachée qu'elle accueillit cette requête, attendant impatiemment.

    D'abord triste de cette mauvais nouvelle, inattendue, elle resta silencieuse également. Partir pour de bon ? Soit, si c'était là ses vœux, elle n'irait pas contre. Mais pourquoi ? Puisque personne ne l'avait dégagé, du moins explicitement, voulait-il s'en aller ? Était-ce à cause d'elle ? Ces questions seront pour le moment sans réponse, et Shahbaz avait l'attention d'en poser une. Injustice, c'était elle qui devait les poser en première puisqu'elle. . . Sans aucune raison particulière, elle devait être la première, point. Seulement elle ne voulait pas le contredire. Elle ne voulait même pas parler. Et en même temps si, elle voulait lui dire plein de choses ! Lui faire comprendre qu'elle était fâchée, triste, et qu'il lui manquerait, mais elle ignorait comment on élaborait ces projets insensés. Une carapace toute simple constituait la défense minable de la magicienne : sa colère. Elle n'avait jamais réussit à s'exprimer autrement lorsqu'elle était touchée trop profondément, alors elle s'énervait. Son impulsion pouvait être très mal prise, mais une fois le mal fait il ne peut être effacée. Toutefois, Shahbaz avait plusieurs fois fait preuve de patience envers elle, ou peut-être de compréhension ? Les deux, supposément, autrement il n'aurait jamais pu la supporter.

    Question : que lui avait-il apporté ? Réponse : rien de précis. Un pincement serra le ventre de la jeune femme, puis trop de mots affluèrent en même temps. Ne pouvant les maîtriser, elle se tourna vers la simplicité. Elle croisa les bras et se retourna, toujours boudeuse :


    « Peut-être le sauras-tu un jour. »

    Elle n'avait rien trouver de mieux que de lui retourner sa propre réplique, signifiant en même temps qu'elle lui en voulait pour ce qu'il avait bien pu lui répondre plus tôt. Seulement, si elle le laissait avec ces seules paroles, il s'en irait encore plus vite, donc elle s'efforça de rectifier le tir. Elle laissa d'abord ses pensées se clarifier avant de reprendre calmement, en se remettant face à lui :

    « Tu as apporté beaucoup à Nastran. Tu l'as fait sourire plusieurs fois, tu la rendais heureuse par ta présence. D'un ton énervé, elle continua : Mais tu es complètement aveugle pour te rendre compte de quoique ce soit. »

    Au moins c'est dit, et elle n'avait pu contenir cette dernière phrase. Elle le pensait trop fort pour que cela reste aux confins de ses pensées. Ce qui l'agaçait le plus venait d'être extérioriser, bien qu'elle n'espérait pas pour autant que Shahbaz soit plus attentif à elle. Tout aussi subitement qu'elle avait élevée la voix, elle la rabaissa pour se confier doucement. La tête baissée, elle regardait ses doigts qu'elle croisait et décroisait.

    « Nastran a l'habitude de voir les gens partir, alors elle ne s'attache à personne. En revanche, avec toi elle a fait une exception. . . elle s'interrompit, ne voulant en dire davantage. Pourquoi veux-tu partir ? »

    Elle releva la tête sans cesser de jouer avec ses mains. Elle se demandait aussi ce qui pouvait bien lui prendre d'être aussi généreuse sur les précisions de ses états d'âme, malgré que ce soit encore très vague.
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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Une Lune en plein Jour   Ven 11 Mar 2011, 14:32

    Nastran s'était au moins arrêtée en m'écoutant : une bonne chose qui me permettrait peut-être de retarder un peu plus le départ que j'envisageais. Outre ce même retard, Nastran faisait l'effort d'attendre que je poursuivre ma phrase, chose qui s'avérait être une grande prouesse pour la belle qui n'a qu'une patience fortement limitée. Longtemps, elle resta silencieuse et finalement, elle se décida à me répondre après avoir croisé ses bras et s'être retournée. Il me semblait déceler dans sa voix un air boudeur qui fut confirmé par ses propos. " Peut-être le sauras-tu un jour. " La réponse que je lui avais moi-même formulé alors qu'elle m'avait posé la même question... Bien sûr, de par cette réponse, je comprenais qu'elle m'en voulait quelque peu pour ce que je lui avais répondu plus tôt ; de ce fait je comprenais que ma réponse ne lui avais nullement convenu. Peut-être devrais-je lui expliquer un beau jour, ce qu'elle m'avait réellement apporté. Cependant, c'était loin d'être une question simple : les réponses étaient multiples et diffuses ; même en me donnant le temps de formuler quelque chose de convenable, je n'étais pas certain d'aboutir à un résultat quelconque.

    Après cette réponse que je trouvais totalement injuste, Nastran s'était à nouveau tournée pour me faire face, et étonnamment, elle m'apporta une réponse plus complète. D'après ses dires, je lui avais apporté "beaucoup", mais c'est justement ce "beaucoup" que j'aurais voulu avoir en détail. Je savais la chose complexe et je n'avais moi-même pas pris la peine de le faire, mais j'aurais aimé qu'elle-même en fasse un détail. Exigent et égoïste que j'étais, je m'aventurais à demander beaucoup à Nastran alors même qu'elle n'avait rien eu de ma part, pas le moindre effort. Je l'avais fais sourire et l'avais rendu heureuse. Ce qu'elle n'avouait pas, c'est que je l'avais sans doute attristée plus d'une fois et l'avais aussi fait souffrir. Son ton changea brutalement et elle me surprit même à se mettre presque soudainement en colère. Au moins, elle avait le mérite d'être claire et d'après elle j'étais simplement aveugle pour ne pas me rendre compte de cela. Elle n'avait pas entièrement raison : j'étais conscient de ses rires et de ses sourires car ils m'étaient bien trop agréables pour que je les ignore. Seulement, je ne leur attribuais peut-être pas l'importance qu'ils méritaient. Quelque part, elle avait tort mais d'un autre côté elle avait pleinement raison : je n'étais peut-être pas assez attentif. Je ne l'écoutais que lorsqu'elle me confiait une mission ou lorsqu'elle me contait une histoire. Mais au fond, j'agissais bien trop spontanément pour réfléchir aux ressentis de la magicienne. Peut-être avions-nous un semblant de point commun là encore car elle-même agissait avec trop de brusquerie parfois. Cela dit, j'étais moins fragile qu'elle. Je suppose que je me devais de la ménager plus qu'elle se devait de faire attention.

    Se mettant à jouer avec ses doigts tout en les regardant, Nastran reprit la parole plus calmement cette fois. Le ton qu'elle arborait était soudainement bien plus touchant et en cet instant, je ne pouvais que l'écouter avec attention en prêtant une importance suffisante à ses paroles. Elle disait voir partir beaucoup de monde et ainsi ne s'attachait à personne. Sans grand étonnement, un vent de satisfaction me parcourut lorsqu'elle avoua avoir fait une exception avec moi. Il était rare d'entendre Nastran se confier sur ses sentiment et ses états d'âme, et le fait que ces propos soient particulièrement rares expliquait sans nul doute le fait qu'ils soient également agréables. Comme à son habitude, le sujet changea brutalement et après tant de confidences, elle s'autorisa le privilège de poser une question alors que je souriais à nouveau. Je souriais certes, et réfléchissais aussi à la réponse que j'allais lui apporter mais en contre-partie je n'étais pas plus avancé, au contraire. Je voulais partir pour son bien, pour sa santé. Mais à côté de cela, je ne voulais plus partir après avoir écouté tout ça, après avoir pris conscience du peu de bien que je semblais lui apporter, de l'attachement qu'elle avait pour moi. Peu à peu, la magicienne redressa la tête sans pour autant cesser de mêler et d'entremêler ses doigts entre eux. Comme bien souvent, l'une de mes mains se souleva et ma paume alla se poser à hauteur de ma nuque, la frottant avec peine.

    - Pourquoi je veux partir ? C'est compliqué... Je ne le veux pas vraiment en fait, et ce pour toutes les raisons que tu as formulé. Je ne veux pas partir parce que j'apprécie ta présence et nos discussions. Tu as peut-être raison : je suis aveugle parfois, mais c'est peut-être parce que je n'ai tout simplement pas conscience de la chance que j'ai. Et puis d'un autre côté...

    Tout avouer ou le faire au moins en partie était une chose complexe. Comme Nastran précédemment, c'était à mon tour de lui expliquer mes raisons et peut-être de lui faire part aussi de ce qu'elle m'avait apporté, au moins partiellement. L'exercice était complexe : j'avais tout et à la fois rien à lui dire, beaucoup de choses et si peu en même temps. Il fallait que je formule tout ceci clairement, que je lui fasse part de ce que j'avais vu et compris tout en résumant le contexte. Plusieurs soupirs m'échappèrent en une minute à peine : une seule et unique minute qui s'approcha de l'éternité à mes yeux. Ma main abandonna finalement sa place et mon corps se plia sur lui-même afin de ramasser un fruit jonchant le sol. La récolte avait déjà commencé : plusieurs arbres n'avaient plus aucun fruit sur leurs branches et il ne restait sous leurs feuillages que l'herbe verte s'agitant sous le coup d'une brise légère. Je me redressai rapidement tout en observant le fruit entre mes mains et c'est en jouant avec que je repris la parole, imitant un peu Nastran jouant avec ses doigts.

    - J'ai passé plusieurs jours à l'Académie ces derniers temps et c'est peut-être ce qui m'a permis de réaliser une chose dont je n'avais pas conscience jusque là. Soyons clairs Nastran : le dernier malaise que tu as fait est directement lié à mon comportement... Depuis quelques temps, la maladie dont j'ignorais l'existence jusqu'alors prend une place de plus en plus importante et elle se déclenche toujours quand je suis non loin de toi. D'abord pendant notre promenade, ensuite alors que tu retirais ton masque... Même si j'y passe peu de temps, j'aime l'Académie pour les mystères qu'elle cache ; même si je cherche tout le temps à leur échapper, la présence des baigneuses ne me déplait pas plus que cela, au fond. J'aime jouer avec tes gardes et même si je passe mon temps à les agacer, je pense les occuper au moins quelques instants. Une fois encore et même si on se contente de regarder les jardins : j'aime passer du temps avec toi. Mais j'accepte de sacrifier tout cela si je n'en bénéficie qu'au prix de ta santé.

    Réussir à tout lui dire semblait impossible et pourtant j'avais touché du bout des doigts l'objectif que je m'étais fixé. J'avais, je crois, expliqué à Nastran comme il le fallait les raisons qui me poussaient à partir et celles, aussi, qui m'incitaient à revenir quoi qu'il advienne. Qu'importe les disputes qui parfois naissaient de nos rencontres : Nastran elle-même ou l'environnement dans lequel elle évoluait me poussaient toujours à revenir... A croire que l'Académie et ceux qui y vivaient avaient une place importante pour me pousser à parcourir le désert pendant plusieurs heures en partant d'Ashgabad. Au-delà de cette première prouesse, Nastran parvenait sans difficulté à me convaincre d'aller voler ça et là sans prendre nécessairement en compte le danger qui m'attendait. Elle avait parfaitement raison : j'étais aveugle, et pas seulement pour les choses qui la concernaient directement. Après avoir lancé le fruit en l'air, ma main droite le rattrapa au vol et c'est en souriant que je reprenais la parole sur un ton peut-être un peu plus calme et moins pressé.

    - En somme, je veux partir parce que je ne suis pas aveugle au point de ne pas remarquer la détérioration de ta santé, Nastran. Mais je ne sais toujours pas quoi choisir : il n'est pas si simple de partir.

    Après ces paroles, mes yeux se perdirent un instant dans le vague mais mon sourire resta. Je pense ne jamais en avoir eu autant conscience mais en effet, il n'était pas simple de partir tout en se disant que plus jamais on ne reviendra. Plus jamais je ne verrais ces jardins et l'académie elle-même. Plus jamais je ne parcourrai ses fastueux couloirs et visiterai ses nombreuses pièces. Plus jamais je n'aurais à partir en mission pour le compte de Nastran et plus jamais je ne pourrais l'entendre me conter ce qu'elle a fait pendant mon absence. Elle ne pourrait plus m'expliquer la nature de l'objet que je lui ai volé, ce qu'elle compte en faire. Je ne pourrais plus l'entendre me confier ses rêves d'enfants et plus m'amuser de ses envies soudaines. Mes yeux se reportèrent sur le fruit que je tenais encore en main alors qu'une moue entachait mes traits. Je ne savais plus vraiment quoi penser : pour une fois, je ne voulais pas paraître égoïste, au moins pendant un instant. Pourtant, le prix à payer pour ça paraissait un peu trop lourd pour un début. Machinalement, mes doigts se desserrèrent et le fruit retomba au sol pour rebondir dans un premier temps, puis rouler sur lui-même avant de se stopper. Ma main se glissa alors dans la pochette suspendue constamment à ma ceinture et en retira l'objet que Nastran m'avait offert plusieurs jours auparavant : celui qui permettait de voir les étoiles en plein jour. Alors sans même m'en rendre compte, la manie de Nastran me prenait et je me mettais à changer de sujet subitement.

    - Ah ! Je l'ai essayé l'autre jour ! Ça marche, Nastran !

    Ne pas songer davantage à toutes ses questions pouvaient être une solution comme une autre : un temps, je cesserais toute réflexion et peut-être que j'aurais une réponse dans quelques jours... Quoiqu'il en soit je n'avais pas volontairement pris l'initiative de changer de sujet. Comme la magicienne, parfois, une idée traversait soudainement mon esprit et j'éprouvais le besoin d'en faire part... Mais en l'occurrence, me souvenir du spectacle que m'avait offert ce petit objet m'avait à nouveau fait sourire. Nastran m'avait offert un cadeau précieux et je tâchais d'en prendre soin. D'ailleurs, sans plus attendre, l'objet était vissé à mon œil droit et alors que le gauche était clos, j'avais désormais le nez en l'air en quête d'une étoile à observer parmi l'étendue céleste. Au-delà du brusque changement de sujet, je n'avais pas non plus pris conscience de mon attitude qui redevenait peu à peu naturelle. Les paroles de Nastran m'avaient mis un peu de baume au cœur et m'avaient flatté. Bien évidemment, même dans un état critique je n'étais pas totalement insensible à la flatterie. Inconsciemment peut-être, elle m'avait permis de retrouver un peu de joie de vivre. Sans doute devrais-je la remercier un jour. Pour ça. Pour tout.
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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Re: Une Lune en plein Jour   Jeu 24 Mar 2011, 01:39

    Shahbaz comprenait-il la jeune femme ? Elle avait la sensation de ne pas être assez précise, ni pour elle ni pour son interlocuteur. Un peu de clairvoyance à propos des états d'âme est un luxe pour certaines personnes, malgré les efforts qu'elles désirent fournir. En situation nous avons un voleur et une magicienne, qui tout deux ont grandit de façons différentes, ont une personnalité qui leur est propre et évoluent dans des milieux dissemblables, néanmoins ces obstacles ne les empêchent pas de se chercher si l'on peut dire. Il est des fois où ils s'entendent, d'autres non. Pour l'heure, Nastran avait peur de ne pas s'être exprimer correctement. C'est que cses sentiments étaient si nombreux, si nuancés, qu'à la fin elle ne pouvait les expliquer comme cela se devait.

    Comme souvent lorsqu'il réfléchissait et qu'il était un peu gêné, Shahbaz avait pour habitude de ramener sa main à sa nuque, la frictionnant. Lorsqu'elle ne le boudait pas, ce tic l'amusait. Ou lorsque la situation n'était pas sérieuse. En bref, cela ne l'amusait pas fréquement. Nous voilà aux explications du voleur, pas assez argumentées d'après Nastran. Elle s'en fichait que des fois il pouvait être distrait, même si il lui arrivait – presque à chaque fois – de lui faire la tête quand il ne voyait vraiment rien. Enfin, il n'avait pas finit et la suite serait peut-être plus convaincante.

    Savez-vous ce qu'est un enfant capricieux pourri-gâté ? La magicienne en était une. On avait tendance à l'oublier puisque, oh mystère de la coïncidence, on ne lui refusait jamais rien. Toutefois, ses exigences étaient dans la limite du possible. Les conséquences peuvent-être plus ou moins grave selon les cas. Nastran avait l'habitude d'obtenir tout ce qu'elle désirait, peu importait la mesure de son envie elle lui était TOUJOURS servie. Aussi, la peine qu'elle ressentait s'atténuait progressivement, se faisant remplacée par la conviction que ce qu'elle voulait était déjà là. C'était inconscient, seulement il y avait bien quelque chose de rassurant qui lui faisait croire que c'était déjà acquis. Elle terrait au fond d'elle une naïveté assez sotte, qu'elle entretenait sans même le vouloir et ni même le savoir. Une minute et quelques soupirs plus tard, le voleur s'empara d'un fruit tombé plus tôt de son arbre afin de se divertir.

    Il évoqua ensuite ses quelques malaises, qu'il estima arrivés par sa faute. Elle avait voulut l'interrompre pour lui prouver le contraire, mais il n'avait pas finit et il valait mieux le laisser poursuivre. A son tour, il parla de ce qui lui plaisait, ce qu'il avait reçut lors de ses courtes visites. Elle sourit quand il aborda les gardes et les baigneuses, concluant que même ça il l'appréciait. Le pauvre jeune homme était dans le doute, un doute qu'il ne fallait confier à Nastran ; son égoïsme la ferait trancher en sa faveur. Dans un premier temps, sans grande réflexion, elle lui suggérerait ce qui pourrait l'arranger, et reviendrait pus tard avec difficulté sur sa décison. Elle n'intervint pas, le laissant terminer.

    Ainsi, c'est à cause d'elle qu'il voulait partir. Ou plutôt de sa maladie. Elle soupira à son tour, sans pouvoir expulser tout ce qui l'agaçait. Si il savait que rien n'était de sa faute ! Mais il faudrait d'abord lui expliquer et il s'entichait d'une nouvelle distraction. Encore une fois elle ne voulait pas l'interrompre. Elle préférait le regarder sourire et s'extasier, c'était bien plus agréable. Il avait un beau sourire d'où un charme se dégageait. Cela lui manquerait. . . Soudainement, elle sentit un ébranlement en elle. La voix qui lui assurait qu'elle avait tout ce qu'elle voulait quand elle le bon lui semblait s'était tue. A la place, il n'y avait plus qu'une hésitation, la peur du vide. Imaginez une falaise qui perd des morceaux de sa roche ; le cœur de Nastran s'était effrité de la même manière. Au sens figuré, bien sûr, seulement cela ne l'empêcha pas de porter sa main à sa poitrine. Si plus tôt elle n'avait pas pris le comprimé orange, elle n'aurait pas pu tenir debout bien longtemps. Avec lenteur, elle s'en alla près du jeune homme, trop occupé à s'amuser, et surtout le nez trop en l'air pour remarquer qu'elle était près de lui. Pour attirer son attention, elle tira doucement sur sa manche, celle levée par la bras qui maintenait le morceau de verre. Oui, elle était contente que son cadeau lui plaise, mais pour l'instant cela ne l'intéressait pas.


    “ Shahbaz, murmura-t-elle.”

    Qui ? Donc ? Que ? Quoi ? Mais oui, la petite magicienne avait réussit à toucher un vêtement. Ces cas là sont très rares, presque impossibles, et les événements concluants à un tel résultat ne sont pourtant pas extraordinaires. Cette fois-ci, Nastran préférait réduire leur espace d'intimité, par crainte d'être surprise. Ou par crainte tout court. Elle avait beau estimer qu'ils étaient seuls, un doute persistait avec vivacité. La distance réduite, elle se trouvait à lever la tête vers Shahbaz.

    “ N'importe qui peut faire échouer Nastran. C'est à la portée de tous. Sa voix était très basse, c'est à peine si on pouvait la croire réelle. C'est juste son cœur qui est trop faible, il l'empêche d'être plus forte. Ce n'est pas toi qui provoque ses malaises. ”

    Elle lâcha le vêtement du voleur, suite à une courte hésitation.

    “ C'est une maladie de famille, du côté maternel, rien de plus. Ils meurent très jeunes de ce côté là, et les femmes meurent en couche. Que tu sois là ou non, cela ne changera en rien le mal dont Nastran est atteinte. Elle n'est plus sensée vivre longtemps, sauf si elle est dotée de chance, un faible rire, sarcastique, termina cette réplique.

    Il fallait bien le lui dire un jour. Mais comme il est coutume de s'attacher avant de confier ses grands secrets ( prince d'un pays étranger en exile, maudite par un méchant sorcier, etc. . . ) la jeune femme n'y dérogea pas. Elle regrettait cela, elle aurait préféré lui apporté une heureuse nouvelle. Hélas, il y a un temps pour tout, aujourd'hui il n'était pas prévu aux bonnes augures.

    “ Si on a conscience des problèmes qui nous entoure, on se freine. C'est difficile de ne pas s'arrêter parfois.

    Connais-tu l'histoire de cet ancien roi d'Irak qui ne pouvait se marier ? Elle est assez commune, mais la fin résout quelques questions. Ce roi avait toutes les qualités pour régner, il ne lui manquait plus qu'une épouse et un héritier. Malgré les femmes de grande beauté qu'il pouvait côtoyer, quelles fussent princesses, nobles ou servantes, aucune ne put le séduire. Certains détails l'amenèrent à changer souvent d'esclaves et de domestiques mais il serait trop long d'en parler. A force de renouveler son personnel, il finit par rencontrer une femme parfaite, aussi belle qu'instruite. Comme lui, elle refusait de se marier. Cela n'empêcha pas l'amour de s'installer entre eux.

    Un soir, ils restèrent à discuter plus tard que d'habitude et en vinrent à se confier les raisons de leur refus à propos de l'union. Le roi avait lu dans les astres que les femmes causeraient son trépas, tandis qu'elle avait hérité d'une tare qui causait la mort chez les femmes de sa famille, le plus souvent lorsqu'elles enfantaient. Bien d'autres tourments furent en scène, et là encore il n'est pas nécessaire de les énoncer. Ce qui compte, c'est que malgré les mauvais présages, ils se marièrent. La toute fin de l'histoire, on l'ignore. Mourra-t-il par la faute de son épouse ? Fut-elle décédée en enfantant ? Qu'importe, ce que l'on retient, ce sont ces amants qui défient la fatalité.

    Les risques ont toujours été là, tu le savais. Tu savais qu'en démasquant Nastran, tu pouvais la perdre, sans être au courant de sa santé. Nastran aussi prenait des risques, elle n'avait jamais envisagé pardonner cela à quelqu'un. ”


    Ce conte abrégé et ces rapides arguments le convaincrait-il de rester ? Au moins revenir ? Elle était en droit de l'espérer. Elle ne fit pas à haute voix le rapprochement entre ce conte et sa propre histoire, bien qu'il lui était déjà arriver de s'en faire la remarque. Maladroitement, sa main effleura celle du voleur, et la petitesse de son membre feignait la délicatesse, ce qui n'était pas vraiment le cas. Elle ne la saisit pas toute entière, seulement quelques doigts, déjà qu'elle tremblait un peu elle ne pouvait en faire davantage. Depuis tout à l'heure, sa voix n'était pas plus forte, elle sembla se baisser encore quand elle demanda :

    “ Shahbaz. . . Reste s'il te plaît. ”

    Pour montrer à quel point elle était bouleversée, il ne s'agissait pas là d'un ordre, ni d'une mission, ni quoique ce fut qui ne fut pas une simple demande, c'était bien plus personnel. Si le voile cachait encore son visage, rien de tout le reste ( mais non, petits pervers, les sentiments ! ! ) ne se dérobait. Nastran démontrait bien son attachement, que ce soit ses paroles ou son attitude.
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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Une Lune en plein Jour   Mar 03 Mai 2011, 22:08

    Rester à observer le ciel au travers de cet objet m'était agréable ; soudainement mes soucis disparaissaient les uns après les autres et je me voyais isolé d'un monde que je haïssais parfois. En effet il m'arrivait de ne plus supporter ce que je vivais quotidiennement, pourtant des choses ou des êtres d'une valeur inestimable m'incitaient à oublier ma rancœur et à demeurer à leurs côtés ; d'ailleurs, l'un d'entre eux s'était subtilement approché de moi sans même que je ne perçoive le bruit étouffé de ses pas dans l'herbe verte des jardins. Une pression légère se fit sentir sur le bras qui me servait d'appui pour supporter l'objet me servant à contempler le ciel azuré, chose qui attira nécessairement mon attention pour la reporter sur Nastran, toute proche. Mon prénom s'échappa en un murmure alors que je restais maintenant figé sur son minois, ou tout du moins, sur ce que j'en voyais. Visiblement, non content d'avoir réussi à la maintenir dans les parages, j'avais réussi à la faire s'intéresser à mes paroles ainsi qu'à mes interrogations. Étrange. Je ne savais déjà plus pourquoi j'avais été amené à lui faire part de mes questions. Ou plutôt, je me souvenais des circonstances, mais pourquoi avais-je cédé ? Peut-être étais-je désireux de ne pas la vexer, à moins que je ne réclame implicitement son aide. Elle qui passait la majeure partie de son temps à étudier, peut-être serait-elle capable de m'apporter des réponses grâce à ces écrits qui demeurent incompréhensibles pour moi. La magicienne avait redressé la tête et je n'avais toujours pas bougé ; attendant qu'elle daigne parler et simplement attentif au plus obscur détail. Finalement, d'une voix plus que faible, Nastran semblait m'avouer là l'inavouable. D'après ses dires, n'importe qui pouvait la faire échouer et ce, sous prétexte que son cœur était trop faible. Ce, parce que son cœur l'empêchait d'être forte. Ainsi la belle était prisonnière de sa propre nature et semblait incapable de lutter, alors par voie de conséquence, je n'étais apparemment pas la cause première de ses malaises.

    Elle délaissa mon vêtement et en profita pour marquer une pause... A moins qu'il ne s'agisse là d'une hésitation ; quoiqu'il en soit, elle reprit la parole et m'expliqua l'origine de ces malaises. Ainsi si elle était soumise à de telles évanouissements ; si, parfois, elle s’essoufflait alors que les circonstances ne se prêtaient guère à cet effet, c'est parce qu'elle tenait ce mal de sa mère. Cette maladie avait pour effet d'emporter relativement tôt les êtres qui la développaient, et pour ce qui était des femmes, le prix me paraissait bien cher : une vie pour une vie. Dès lors qu'elles donnaient naissance à un petit être, elles perdaient la vie. Nastran en concluait alors plus ou moins logiquement que je n'avais rien à voir dans cette affaire, aussi, que je sois là ou non, le problème restait le même. Si jusque là j'étais attentif à ses propos, la suite me chamboula et troubla ma concentration. Ainsi, il ne lui restait plus que guère de temps en ce monde, à moins qu'elle soit dotée de chance. Si ce constat la faisait rire, je restais neutre face à cette révélation - ou au moins le plus neutre possible. Quoiqu'il en soit, je songeais déjà à tout ce que j'avais entendu dans ma courte existence, tout ce qui serait susceptible de m'être utile en l'espèce. Cela dit, j'eus beau faire l'inventaire de toutes les reliques que j'avais bien pu voler par le passé, aucune ne correspondait à mes attentes. Tandis que j'avais dédié le silence qui avait suivi à une rapide mais néanmoins profonde réflexion, Nastran avait préféré marquer une courte pause après quoi elle reprit une nouvelle fois la parole, sans que je ne m'aventure à la couper, quand bien même l'envie y était. Elle avait raison : lorsque l'on sait les problèmes qui nous attendent, il est humain, sans doute, de ralentir la cadence voire même de chercher une autre route à emprunter. N'est-il d'ailleurs pas idiot de préférer l'inconnu aux problèmes établis qui nous attendent, au risque de voir se former des ennuis un peu plus insurmontables encore ? A nouveau la petite magicienne parvint à capter toute mon attention alors qu'elle commençait à conter une nouvelle histoire de sa connaissance.

    Sans m'aventurer à la couper alors qu'elle s'adonnait à un passe-temps que j'affectionnais tout particulièrement, je me contentai d'un bref mouvement de tête, en signe de dénégation, en guise de réponse à sa question. Non je ne connaissais pas encore l'histoire qu'elle s'apprêtait à me résumer brièvement ; mais je me faisais déjà un plaisir de l'entendre. Inconsciemment sans doute, Nastran m'offrait ainsi l'occasion d'atténuer la douleur lancinante qui commençait à naître au creux de mon torse. Quoiqu'il en soit, le conte ainsi délivré, alors même qu'il avait été abrégé par les soins de la magicienne, était passionnant, comme toujours. A mon tour, inconsciemment, je retombais en enfance et écoutais les paroles de Nastran et l'histoire qu'elle contait ; celle de ce roi et de cette femme de petite condition. Toutefois la conclusion de l'histoire, aussi belle et mystérieuse soit-elle me déplaisait fortement. Ma curiosité était insatisfaite et j'étais partagé. Au fond, on pouvait ne pas se soucier de la fin de l'histoire en partant du principe qu'ils avaient trouvé l'amour et s'étaient contentés de défier la destinée en vivant heureux l'un aux côtés de l'autre... Comme Nastran le disait, on ne retenait de cette histoire que ce défi lancé à la fatalité. Toutefois j'aurais voulu savoir la fin. Ou tout du moins, la bonne fin, celle où ils vivent ensemble, heureux, et ce jusqu'à leur bonne mort, sans avoir à se sacrifier d'une quelconque façon que ce soit.

    Tout en poursuivant sa prise de parole, Nastran sortait du contexte de l'histoire pour en revenir au problème initial ; et à sa réflexion finale je ne pus que soupirer. Je savais évidemment que la démasquer était chose risquée ; toutefois je n'avais pas imaginé une seule seconde qu'une telle révélation pouvait mettre sa vie en jeu. En effet, le déroulement de cette histoire-ci aurait été tout autre si jamais une telle condition avait été de mise. Cela dit, je comprenais où elle voulait en venir. Pour une fois cependant, les torts semblaient être partagés entre elle et moi ; mieux encore : Nastran elle-même reconnaissait avoir sa part de responsabilité en l'affaire. Si les révélations précédentes n'avaient pas été telles, peut-être aurais-je pu profiter d'une bouffée de satisfaction m'envahissant. En l'occurrence : rien ne me vint. A nouveau mes pensées surpassèrent les sensations alentours ; j'oubliais, l'espace d'un instant, les jardins dans lesquels je me trouvais. J'en venais même à oublier la présence de Nastran au moins jusqu'à ce qu'elle se saisisse de l'une de mes mains, chose qui me surprit et me ramena pour le moins brutalement à la réalité. A nouveau, un constat étrange me venait : il était bien rare que Nastran s'aventure à un quelconque contact, aussi, sentir quelques uns de ses doigts sur les miens était impensable. Par pur automatisme, mes yeux vinrent se poser sur la main fragile de la magicienne. Si jusqu'alors, la voix de cette dernière n'avait pas été particulièrement forte, voilà que son ton se faisait encore plus bas et pour cause : elle me demanda un service, pour une fois, et non un ordre comme en témoignait le "s'il te plaît". En effet il était bien rare que Nastran s'aventure à prononcer ces paroles, aussi loin que je m'en souvienne, elle ne l'avait fait qu'une seule et unique fois par le passé et tel un idiot, je ne lui avais rien accordé. En effet, la fois précédente, Nastran avait usé d'un "s'il te plaît" pour me demander de rester encore, alors qu'elle m'avait ordonné de partir peu avant. Si un semblant de remord s'était profilé par le passé, aujourd'hui c'était la peur qui semblait poindre. Sans que je ne sois capable de le maîtriser d'une quelconque façon que ce soit, un sourire étira lentement mes lèvres.

    - D'accord, Nastran. Merci de m'avoir aidé à trouver une réponse...

    Elle avait parlé d'un ton faible jusqu'à maintenant alors, comme pour ne pas briser l'instant, ma voix l'avait imité et c'est en un murmure que je lui avais répondu. Comme bien souvent je me contenterais de lui obéir et pourtant, en ce cas, les circonstances étaient bien différentes. A sa façon, elle avait réussi à me convaincre de rester même si je n'étais pas entièrement certain de ce qu'elle avançait, particulièrement en ce qui concernait ses malaises. Il me faudrait encore réfléchir à mon avis sur toutes ces interrogations mais quoi qu'il advienne par la suite, une chose était désormais certaine : je ne partirai pas et resterai. En tout cas, si je devais partir, je reviendrais nécessairement. Mon sourire étira mes lèvres un peu plus encore et un léger rire m'échappa tandis que ma main se refermait partiellement sur celle de Nastran. Sans un mot, mais non sans réfléchir, ma main libre rangea le précieux cadeau de la magicienne dans l'une de mes poches et, paresseuse, elle préféra y rester. Il me semblait alors ne plus sourire et avoir plutôt une mine songeuse, mais je n'en avais pas réellement conscience en l'instant, si bien qu'il m'est impossible de garantir l'expression que j'avais. Mes pensées commençaient à prendre une drôle d'allure et je n'étais plus concentré sur le sujet précédent ; à plus forte raison maintenant que le débat était clos à mes yeux. Outre ce premier point, il me faudrait encore méditer, plus tard, sur tout ce qui avait été dit lors de cette petite discussion. En décortiquant attentivement les propos de Nastran, peut-être serais-je amené à faire de nouvelles découvertes ; peut-être, alors, pourrais-je la taquiner un peu sur ces points. Pour l'heure, toutefois...

    - Nastran... ; aussitôt, ma voix se coupa d'elle-même et je cherchais à nouveau mes mots. J'espérais qu'elle ne poserait pas de questions à la suite de mes propos, et si jamais elle comprenait les raisons de ce qui allait suivre, j'espérais au moins qu'elle ne se mette pas en colère et accepte simplement de répondre innocemment ; Connaitrais-tu, par hasard, un objet porte-bonheur.. ?

    Rares étaient les fois où je n'étais pas sûr de moi ou de ce que j'avançais, encore que depuis quelques temps, ces états se répétaient un peu trop souvent à mon goût... Inutile de préciser que cela me déplaisait tout particulièrement et, bien sûr, inutile de préciser également que j'avais hâte de redevenir le voleur impétueux, insolent, puéril et sûr de lui que j'étais auparavant. Par chance, alors que l'une de mes mains était encore partiellement refermée sur celle de Nastran, l'autre était paresseusement immobile dans une poche, ce qui m'évitait de frotter l'arrière de mon crâne en signe de gène ; chose qui ne ferait que garantir ce que je venais d'avancer. Toutefois, fort peu habitué à cela, je ne pus empêcher ma main de se retirer de la faible emprise exercée par Nastran ; alors, imitant sa jumelle, elle alla se réfugier dans l'autre poche tandis que je tournais les talons, continuant mes réflexions. Quand bien même j'avais posé la question à la belle, je ne cessais de songer à un objet de ce genre. Il me semblait avoir croisé dans des contes, ou avoir entendu lors de bazars de tels objets être mentionnés, et pourtant je ne réussissais pas à leur rendre une identité concrète. Peu à peu mon reflet apparut dans l'eau de la fontaine que j'avais rejoint, et un soupir m'échappa. Peut-être pour me laver de tout soupçon ; à moins que ce ne soit qu'un constat que je m'adressais à moi-même, ma voix rompit à nouveau le silence qui venait tout juste de se rétablir entre elle et moi.

    - Je n'arrive pas à en trouver...
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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Re: Une Lune en plein Jour   Sam 07 Mai 2011, 13:21

    L'attention de Shahbaz se voyait doublée à partir du moment où elle l'avait implicitement demandée. Si il ne paressait pas surprit, il était au moins d'une écoute particulière, presque intimidante pour la petite magicienne qui n'avait pas l'habitude d'être aussi “ voyante ”. Cela aurait pu l'empêcher de poursuivre, seulement il était trop tard d'une certaine façon. N'étant pas du genre à laisser un ouvrage inachevé, elle avait tendance à oublier inconsciemment certaines appréhensions, et elle se trouvait donc à avancer sans même s'en rendre compte. C'était souvent le cas avec le voleur, malgré qu'il soit le premier à lui faire des blagues ou à la taquiner, il n'était pas en sa propre personne un obstacle pour Nastran, puis elle le lui rendait bien avec son caractère fort en dépits de son physique ou bien de ce qu'elle pensait être.

    L'espace d'un instant, le turbulent voleur fut d'un calme exemplaire, si improbable que cela demeure une exception. Difficile de parvenir à un résultat pareil sans une histoire intéressante à raconter. Shahbaz était en effet la personne la plus compliquée qui soit à son service, surtout la plus instable. Au début, se faire entendre tant que Monsieur n'avait pas ce qu'il voulait se révélait être un exploit – elle avait réussit jusqu'à aujourd'hui. Et voilà qu'avec un conte dépoussiéré et placé correctement dans le contexte il était toute ouïe. Ce petit air enfantin qu'il arborait amusait assez la jeune femme, elle le trouvait adorable ainsi ( mais avec toutes les qualités qu'elle lui trouvait, on n'en finirait pas ). De voir ce jeune homme plein de force, près pour on ne sait qu'elle aventure, être aussi soudainement attentif. . . pour une histoire ! Qui saurait l'imaginer ? Bien sûr, la magicienne ne s'attendait pas à ce qu'il reste ainsi longtemps, mais elle n'éprouverait pas la même affection si on changeait ne serait-ce qu'un petit bout de Shahbaz.

    De voir son sourire cela lui réchauffa le cœur. C'était une sensation étrange, à la fois plaisante et rassurante. Pour sa part, elle ne gardait pas trop les yeux fixés dessus, n'étant que voilée elle était encore mal à l'aise, bien que par opposition elle avait des gestes qui ne lui ressemblaient pas, comme lui prendre la main. Pour finir, le voleur accepta. Cela la réjouissait grandement, elle se sentait même légère de joie pour imager un peu ses sentiments. Néanmoins, une crainte, petite, naquit. Insuffisante toutefois pour qu'elle s'emborlipopine au milieu de questions et hypothèses qui n'en finiraient pas. Suffisante pour qu'elle puisse s'interroger un laps de temps sur cette espèce d'attache entre deux personnes qu'elle ne savait même pas nommer. Cela dura l'insant que Shahbaz presse sa main, et là encore elle fut troublée. Ce n'est, me diriez-vous, rien du tout, mais elle crut recevoir une secousse jusque dans son ventre pour y sentir ce fourmillement si spécial qui se manifestait tant en de bonnes qu'en de mauvaises situations. Enfin, un troisième élément s'ajouta, et ce dernier était quelque peu inquiétant pour la demoiselle. A un moment, elle avait pu discerner une moue évasive sur le visage du bellâtre, presque sévère, comme lorsqu'on réfléchit. A quoi avait-il pu penser ? L'avait-elle forcé ? Non, on ne force pas Shabaz de même qu'on n'emprisonne pas le vent. Mais que s'était-il passé ? Et où sont les réponses ?

    Tirée de ses songes, elle avait pu écouter la requête du voleur. Elle rechercha dans ses souvenirs si par hasard il y avait bel et bien un objet ou quelque chose qui puisse correspondre à ses attentes, pourtant rien de concret ne lui revint en mémoire. Elle avait deux-trois superstitions, mais les portes-bonheur elle n'y croyais pas plus que ça, voir pas du tout. Elle savait qu'il ne fallait pas confondre la réalité et ces petites babioles qui peuvent entraver des actions, ou à l'inverse pousser vers le véritable impossible. Elle ne savait même pas si elle pouvait répondre comme il se doit à son interlocuteur. Alors un ange passa, les remettant chacun à leurs pensées, qu'elles soient sombrent ou bien éclairées. Shahbaz s'était un peu éloigné pour se mirer dans l'eau de la fontaine, quand à Nastran, elle se mit dos à l'arbre, mains jointes par derrières et paumes sur l'écorce rugueuse. Si cette position lui était venue naturellement, ses sens n'en étaient que plus émerveillés. La tête relevée, elle pouvait voir le soleil filtré par le feuillage et une partie du ciel. Le voile l'empêchait de voir comme bon lui plaisait les couleurs qui pouvaient s'offrir à ses yeux, laissant un film nacré et légèrement flou sur sa vision. Elle perçut une réplique de Shahbaz sans réussir à imaginer les raisons qui le pousseraient à chercher ce genre d'amulettes.

    La plus évidente ne lui avait pas encore sauté aux yeux, cela va de soit. Elle commença alors une réponse toute simple, toute claire, sans encombrements :


    « Et bien. . . ce n'est pas le genre de sujet à aborder avec un scientifique. Il doit y en avoir, mais ils ne fonctionnent probablement pas, alors cela ne peut-être un porte-bonheur. De ce que l'on dit, plus on y croit et mieux ça marche. De l'avis de Nastran, ce ne sont que des impressions. »

    Son regard, ou ce que l'on pouvait deviner qui pusse être un regard, se perdait dans le firmament, entrecoupé en partie par les feuilles parsemées de lumière. S'intéressant à un oiseau - un ravissant paradisier au plumage citron, chocolat et émeraude – elle se décolla de l'arbre pour avoir une vision plus dégagée et sortir de l'ombre.

    « Somme toute, c'est assez inutile, et risqué de compter sur ces choses-là. »

    Au fur et à mesure de son observation, la jeune femme était parvenue, par simple déduction, au pourquoi du comment, donc elle ne fit pas plus de remarques que cela. Toujours rivé sur le volatile, elle fit à peine attention à l'attaque formidable de l'épervier affamé. Trop vif pour laisser une chance à sa proie, trop violente pour laisser sans voix les spectateurs. De cette chasse, il ne restait que quelques plumes colorées, bien moins d'une poignée, qui descendait avec légèreté dans les rayons chauds du soleils. Sans mot dire, elle était touchée de la prévenance du voleur, jusqu'à s'en vouloir de l'avoir traîté d'idiot et d'aveugle. Jusqu'à croire que l'idiote et l'aveugle, c'était probablement elle.

    « Tu sais pour l'histoire. . . hésita-t-elle, jugeant brièvement inutile de revenir sur un sujet pareil. Nastran connaît la fin. »

    Il ne fallait pas se demander comment, c'est tout bêtement parce qu'elle aime l'Histoire et connaissait les biographies de plusieurs souverains, écrivains, etc. . . Et d'une pure coïncidence qui l'avait menée à être courant de cette énigme. Elle ne fit pas plus languir le jeune homme, sans s'être demandée si cela l'intéressait ou non.

    « La reine n'a pas eu le temps d'enfanter, le prince est né par une césarienne. Quand au roi, il se remaria. Sa seconde épouse mourut, et à son tour il décéda de chagrin. »

    Nastran lâcha un profond soupir, lourd de sens, plus encore de lassitude.

    « Heureusement, il y a toujours de quoi rire, tu ne penses pas ? Finit-elle plus gaiement. »

    Comme on dit, ce n'est pas parce qu'on est au fond du gouffre qu'il faut creuser, et la magicienne se refusait à une pareille solution. Sans être un exemple à suivre, il y a des défauts dont elle se passait facilement, bien qu'elle soit souvent pessimiste elle avait toujours su se ressaisir. Pas forcément seule, on peut dire que Shahbaz l'avait beaucoup aidée, mais au moins n'avait-elle pas niée ce secours afin de ne pass'enfoncer davantage. A propos de cette dernière réplique, Shahbaz avait disposé d'assez de temps pour répondre avant que ne vienne un paon majestueux ( oui, encore un oiseau ). Il arrêta son vol pour rencontrer la magicienne, qui avant de le voir, avait entendu le bruissement des ailles frappant l'air. Elle l'avait donc réceptionner sur son bras gauche, étonnée. De son port hautain, le prince des oiseaux les regardait de haut, fier d'avoir réussit son exercice, une nouvelle idée de Nastran seulement ce n'est pas le lieu pour en parler. Perché sur son avant-bras, il se laissa faire lorsqu'elle détacha de sa patte un morceau de parchemin abîmé. Le poids du volatile était assez pesant, alors elle le fit s'en aller. Il décolla avec autant de beauté qu'il était arrivé, sans plus se préoccuper d'autre choses que de ses graines. Pendant ce temps-là, la petite demoiselle lisait rapidement le message. Cette fois-ci, un soupira agacé s'extirpa de ses lèvres, et sous la gaze ses sourcils se fronçaient.

    « Il faut que Nastran se mette au travail. »

    Inutile de préciser que les jours qui avaient suivis elle n'avait rien fait, à part laisser les affaires s'accumuler. Personne n'avait osé lui faire de reproches, excepté l'intendant. Cela ne changea en rien la situation, malheureusement. Tant pis, et finalement elle comptait bien s'acquitter de ses tâches le plus tôt possible. Elle ne laissa pas Shahbaz ainsi en revanche.

    « Elle a quelque chose qui pourrait t'intéresser, confia-t-elle. »

    Elle se mit à chercher sous sa chevelure abondante, énervante parfois, la fermeture du collier qu'elle portait sous ses vêtements. Elle parvint à l'extirper sans l'emmêler à ses cheveux, puis le lui tendit. Par la taille des grain, il était facile de reconnaître que ce n'était pas un bijoux de femme. Tout en or, le pendeloque soutenait un pendentif du même métal représentant un astrolabe façonné comme une montre à gousset. Elle ne pressa pas le mécanisme, néanmoins elle prit la peine d'expliquer.

    « Il sert à ne pas se perdre. Il indique la situation de l'endroit que l'on doit visiter, peu importe le motif du déplacement. Ce n'est pas évident à décrire, et même après plusieurs utilisation ce n'est pas plus facile à faire. Cela n'est guère surprenant puisque c'est un génie qui l'a fait. Il ne porte pas bonheur, et même si il ne montre pas tout les chemin il aide beaucoup plus. Sur ce, Shahbaz, tu connais la suite. A plus tard peut-être. »

    Tout en repartant, elle réajustait ses vêtements, les lissant ou remontant un plis. La jeune femme n'avait pas, comme la fois précédente, ralentit sa marche pour regarder encore ce qui l'entourait. Elle était bien trop pressée d'en finir avec ses affaires pour prendre du bon temps et traînasser dans les jardins.
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