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 Elégant et cruel, celui qui cueille la Rose.

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Nastran Shams-Sabah

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Messages : 46
Date d'inscription : 20/09/2010

Mais encore..
Âge du personnage: 22 ans.
Caractère: Solitaire - misanthrope - curieuse - calme - exigeante - capricieuse - douce - persévérante.

MessageSujet: Elégant et cruel, celui qui cueille la Rose.   Lun 09 Mai 2011, 15:03

    Après avoir quitté l'agréable chaleur des jardins, la jeune femme retournait à la fraîcheur du palais, garantie par le marbre le plus souvent. Elle préférait que ce soit ainsi, elle n'avait pas l'habitude du soleil et des sorties à l'extérieur. Ses faux jardins lui suffisaient le plus souvent, ou observer depuis une fenêtre ne la dérangeait pas non plus. Ne comptons pas les jasmineraies et les roseraies intérieures ainsi que les jeux d'architecture présents dans de nombreux coins de l'académie. Vraiment, il y a des fois où elle ne regrette pas de vivre enfermée, et ce n'était pas une exclusivité. Contrairement à la première fois, personne ne s'était angoissé de son absence, par ailleurs son retour se fit à peine remarquer. Pour une demoiselle réservée, il n'y avait pas mieux.

    Premièrement, elle s'en alla revoir Maleek. Il devait être mieux tenu au courant qu'elle ces derniers temps, d'autant plus qu'on n'avait put la contacter. Elle apprit qu'il s'était déjà entretenu avec la trésorière et fait réviser la sécurité du domaine dans sa toute intégralité. Il avait du, pour cela, engager plus de gardes. Les économies n'étaient pas très connues au sein de la famille ; entre les exploitations minières, les orfèvres, les forgerons et les cours dispensés, il n'y avait pas de quoi s'en faire. Néanmoins, une bonne partie de son temps fut consacré à vérifier si il y avait des erreurs ou des oublis à propos du nombre de personnes vivant au palais et si les ressources dont elles disposaient étaient suffisantes. Faire pousser des fruits et des légumes en plein désert n'était pas une chose aisée, mais avec un peu de magie cela demeurait dans le seuil de la possibilité. Comme toujours, de nouveaux travaux seront à effectuer. Il fallait prévoir de recevoir plus de monde et envisager plus d'espace disponible pour l'agriculture et l'habitat, bien qu'il faille encore se fournir aux fermes alentours d'Ashgabad. L'Académie est, depuis sa création, en perpétuelle évolution, et n'a de cesse de s'accroître, de se faire restaurer ou modifier. Pour certains ouvrages, il lui arrivait de se rendre sur place, bien que le plus souvent son cousin s'en charge.

    Ce n'est qu'une fois toutes ces tâches accomplies, en plus d'autres, qu'elle put recevoir quelques troqueurs ou colporteurs. D'habitude, cela était son moment préféré, mais elle était trop lasse pour l'apprécier. Depuis son entrevue avec Shahbaz, elle ne s'était pas reposée et avait à peine grignoter – chose qui lui fut reprochée. Elle ne s'acquitta pas de nouvelles rencontres aussitôt le travail finit. D'abord, elle s'était accordée une pause pour se changer et boire un verre de thé. Rien de trop extravagant, seulement une tunique près du corps et aux manches longues par dessus laquelle s'arrangeait un sari qui retombait en différents plis selon le zone ; large sur le bras droit, serré et évasé sur les pieds. Elle achevait de placer un voile sur sa tête puis se mit à regarder ses différents masques entreposés dans une armoire assez rustique. Elle resta un long moment ainsi, se rappelant. Se rappelant de son père qui disait qu'elle était la plus belle. De sa belle-mère qui la comparait à une truie. De sa grand mère qui l'appelait sa " deuxième lune ". Encore de sa belle-mère qui se moquait de sa blancheur. De la première fois qu'elle fut décrite comme un monstre, de la mise en quarantaine, des insultes, des messes-basses sur son passage, mais aussi des rares proches qui voulaient la voir heureuse, de ceux qui la protégeaient et cherchaient à lui ouvrir les yeux, puis qu'elle s'était mise à les fuir. De l'imbécile qui avait refusé de lui vendre l'objet de ses convoitises, et l'arrivée impromptue de Shahbaz. Coïncidence avec son caprice du moment, elle l'épargna. Ca se félicite, quelqu'un qui entre aussi facilement dans sa forteresse, même si il n'est pas parvenu à en sortir.

    A ce moment de ses souvenirs, Nastran soupire. Si il n'y avait pas eu cette cet objet à voler, elle l'aurait laissé aux mains de la justice, comme les autres. Pourtant, parallèlement, elle se dit que non, puisqu'elle aurait d'abord voulut discuter avec lui, les choses auraient pu être autrement. Il lui arrive d'être prise de culpabilité, quoique le jeune homme soit assez débrouillard et qu'il se serait évadé avant d'avoir atteint la prison. Il était moins facile à tenir qu'un poisson à mains nues. Elle aurait pu, une fois sa requête exécutée, s'arrêter là. Elle vit en même temps la possibilité d'obtenir d'autres reliques qui lui furent refusées, et se dit que le garder encore un temps était une bonne idée. La calcul avait été fait sans le caractère du voleur, aussi intriguant qu'exaspérant. Elle n'avait pas su tout de suite que sa vie prenait un tournant très progressif, ce n'est que le virage pris qu'elle s'en aperçut. Quand elle lui avait demandé de partir, et qu'aussitôt après elle avait eu peur de le perdre. Plus tard, un second virage, très difficile, imprévu, incontrôlable. Elle avait lâché les rennes et était tombée du char. Lui aussi, n'avait pas eu de contrôle. Malgré son comportement absent, elle avait sentit qu'il s'en voulait.

    Elle contemple encore les masques, très divers en couleurs et ornements. La magicienne porte des couleurs pêches. Il y en a plusieurs qui correspondent à ses attentes. Seulement elle ne les choisit pas. Elle sait qu'en remettre un serait gâché le temps. Une trahison aussi, un manquement à ses engagements, de la lâcheté pure et simple. Pire ( ! ) ; un retour en arrière. Personne ne progresse en reculant, c'est bien connu. Néanmoins, une de ses mains porcelaine se porte vers un de ses alliés, terriblement inexpressif, pourtant riche en décorations. Son bras retombe le long de son corps, alors que de sa main libre elle se frappe le front. Il est temps d'accepter. . . Mektoub. Depuis le début, tout est écrit. Si certains pas semblent difficiles à faire, ils n'en sont pas pour autant infaisables. C'est violent, cela semble insurmontable. Lâchant le masque, elle murmure une formule, se concentrant uniquement sur les cibles. A force, elle ne voit plus que du noir autour d'elle et ses anciens protecteurs. L'incantation terminée, une fine poudre multicolore s'est déposée sur les étagères. Un dernier mot, et le meuble s'effondre en un fracas résonnant anormalement dans ses oreilles. Un souffle s'échappe de ses lèvres, celui de l'appréhension. Elle a du chemin à faire, se forcer ainsi n'est éventuellement pas la meilleure solution. Mais que ce soit maintenant ou plus tard, cela doit être fait.

    Aujourd'hui, Nastran préfèrait recevoir sur la terrasse, à l'ombre d'un chapiteau. Grande et espacée, la couleur dominante était le blanc. Du le carrelage se dessinaient des mosaïques dans un style oriental, et du côté extérieur des parapets étaient cultivés des fleurs en pots. Les gens qui ont pu l'apercevoir ne se sont pas permis de faire de remarques, même entre eux. C'était si inattendu, de plus ils n'étaient pas certains de son identité. Ils se contentèrent de la nommée " la blanche ", l'évoquant comme si elle n'était pas du palais. A voir ce teint si pâle, elle devait être noble, par contre la simplicité de ses vêtements et le manque de bijoux disaient le contraire. Elle avait l'air arrogant, pour sa petite taille sa tête paraissait se lever bien haut. Pourtant le mépris ne dictait pas sa conduite, elle ne faisait que se battre. Elle était au courant qu'adopter une attitude timide et baisser la tête ne feraient que diminuer son autorité. Elle se faisait violence pour parvenir à rester si droite contre ses craintes, résister à l'envie de se cacher dès que possible. Que diable ! Elle était chez elle et devait agir en conséquence, voyons ! Elle était la maîtresse absolue de la maison ! Ce peu de pensées motivantes avaient réussit à la faire marcher jusqu'à son but.

    De ses entretiens, le lieu a changé, le fait que l'on puisse la voir aussi. Pas les conditions. Il y avait une assez grande distance entre elle et son interlocuteur, il était toujours désarmé dès son arrivée, et un serviteur lui déposait l'objet à discuter sur ce même plateau en argent. Des gardes sont situés à l'entrée, lançant des regards inquisiteurs à ceux qui entraient et sortaient. Un échanson annonçait les visiteurs, tandis qu'elle semblait s'ennuyer sur le sofa. Elle avait l'impression de voir une suite de farceurs. Il y en eut qui s'énervèrent lorsqu'elle refusa l'achat de leurs babioles, alors qu'ils avaient attendu longtemps pour certains, parfois plusieurs semaines. A ceux-là, elle leur affichait une moue dédaigneuse, d'une provocation frustrante. Ils se faisaient exclure sans ménagement, autant le dire. Un seul retint son attention, ayant sur lui une bricole bien intéressante : une poudre violette, permettant de fabriquer des bombes. Depuis longtemps, la pacifiste voulait essayer d'en produire, mais manque de matériel elle du se résigner. Elle avait les cristaux, seulement il manquait cet élément indispensable, principalement utilisé pour la guerre. Très rare ainsi que difficile à manipuler, on n'en trouvait pas souvent.

    Heureusement, la journée approchait à son terme. Il était déjà 19h et le dîner serait servi d'ici peu. Elle ne quitta pas la terrasse bien que les échanges soient terminés. La jeune femme était seule puisqu'elle avait congédié les gardes. Elle voulait profiter du soleil qui décline, même si à cette heure-ci ce n'était pas le cas. La chaleur était moins pesante, le temps se rafraîchissait. Elle s'appuyait sur la balustrade afin de profiter quelques instants du paysage. Toujours de la verdure, des touches colorées par les fleurs et les fruits, quelques sculptures et fontaines, des bâtiments, plus loin le désert. C'était loin d'être désagréable, puis cela faisait du bien. Elle aimait se rendre ici pour voir ce cadre. Sa contemplation fut interrompue par l'arrivée de son cousin qui n'en était pas un ( n'oubliez pas la liaison en lisant ). Elle s'était retournée en entendant les portes s'ouvrirent, ensuite elle l'accueillit d'un simple bonsoir. Il avait avec lui un jeu d'échec, par ailleurs il n'hésita pas à lui proposer une partie, insistant légèrement. Une servante vint pour servir des tisanes et des collations, seulement il fut seule à se servir, et seulement de la boisson.


    « Tu devrais faire attention, il ne fait plus très chaud.
    - Maleek, ne commence pas, Nastran n'est pas un enfant. C'est à toi de jouer. »


    La partie se déroula d'abord de façon égale, les couleurs des pions étaient bien réparties. Petit à petit, l'avantage revint à l'intendant qui avait pris les blancs, les noirs semblaient avoir perdu. Le jeu ne s'arrêta pas là pour autant, au contraire, la stratégie de la magicienne venait à peine de se mettre en place. Il ne lui restait pas plus de pions que son adversaire, pourtant gagnait presque à chaque tour. La fin approchait, les scores étaient partagés. Le crépuscule se pointait enfin, laissant apparaître les premières étoiles dans le ciel. Le tour fut à la demoiselle, qui en profita pour marquer une pause, les yeux posés sur Maleek.

    « Nastran est imbattable aux échecs, tu le sais. Pourquoi es-tu venu ? »

    Le silence de son interlocuteur démontrait qu'elle avait raison. Il s'installa plus confortablement dans le moelleux des coussins, malgré que cette attitude détendue était en partie fausse. Il ne regardait pas dans les yeux son interlocutrice. Puisqu'il y venait, il ne l'avait pas vraiment regardée. Il ne la reconnaîtrait pas si ils se séparaient maintenant et devaient se retrouver demain, dans le marché grouillant de la ville. Lasse d'attendre, elle prit la reine ennemie avec son fou. Le camps adverse était piégé, quoiqu'il se passe la fin était proche. Maleek daigna regarder le plateau, enfin Nastran. Il l'avait gênée presque de suite puisque ses joues s'étaient empourprées. Maintenant, c'était elle qui le fuyait. Il constatait qu'elle était encore fragile, que malgré sa beauté elle ne s'acceptait pas. Son assurance n'était qu'une tromperie, et il savait pourquoi elle se cachait. D'ailleurs, il ne pouvait lui donner tord, après tant d'années ce comportement ne pouvait être que compréhensible. Il profitait de cette timidité pour mémoriser tout les détails qu'il lui étaient donnés de voir, et finit par lui donner une bourse de soie dont la forme laissait deviner ce qui s'y trouvait.

    « Il peut rendre invisible. Je sais pas si ça peut te servir, sait-on jamais. »

    Elle le remercia, souriante. Elle n'avait pas une confiance particulière en lui pas plus que de méfiance. C'est pour cela sans doute qu'elle sortait son cadeau en l'étudiant à peine, l'enfilant déjà. Il lui allait à la perfection, mais elle n'avait pas l'impression que cela marchait. Elle s'en remit à son cousin pour des explications. Il ne fit pas semblant d'en donner, non. Il prit le poignet non paré afin de lui mettre le second bracelet, profitant de sa surprise. Elle fut dubitative et prit rapidement du recule, se dégageant au passage. Ensuite, flairant une anomalie, elle essaya vainement de les enlever en les tirant tour à tour.

    « Retire-les ! Exigea-t-elle sur un ton énervé. Maleek, dépêche-toi !
    - Tu sais que ce sont des Bracelets de Génie, et que je ne me suis pas arrangé pour que tu les portes afin de te délivrer aussi facilement.
    - Explique-toi, et fais vite. »


    Elle avait beau crisper ses doigts et tirer de toutes ses forces, il était tout bonnement hors de ses facultés de se débarrasser de ces horreurs. En effet, on raconte qu'ils étaient employés contre les magiciens afin qu'ils ne puissent plus utiliser leurs pouvoirs, la seule façon de s'en défaire était de disposer d'une clé.

    « Tu n'es pas en mesure de donner des ordres, répliqua Maleek sur un ton moqueur. Commence par te calmer, nous discuterons ensuite. »

    Contre son gré, elle se rassit, et il en fit de même. Je n'ai pas besoin de vous décrire l'aura haineuse qui émanait de la jeune femme, je présume. L'intendant repris calmement, avec un ton léger de reproches :

    « J'ai toujours été là pour toi, Nastran. Je n'ai jamais manqué à l'appel. Tu ne l'as jamais remarqué, c'est normal que dès que tu claques des doigts le monde s'agitent autour de toi pour le moindre de tes caprices. Tu n'as jamais vu que je faisais plus que les autres, largement plus ! Ni que j'ai des sentiments pour l'ingrate que tu es. Tu préfères t'occuper de ton vagabond à la profession impropre. . . Que tu le veuilles ou non, je récupère ce qui me revient de droit. Donne-moi. . . »

    Il s'interrompit net, tiltant sur un détail. Il avait toujours cru qu'elle gardait le passe-partout du palais sur elle, le médaillon dont elle s'était défaite assez tôt dans la journée. Ne focalisant que sur l'absence du collier, non pas sur l'éventualité qu'il pu être donné, il poursuivit en se reprenant.

    « La clé, où l'as-tu mise ?
    - ( Un haussement d'épaules fut la réponse ).
    - Réponds ! »


    C'est avec rapidité qu'il s'était retrouvé debout, attrapant la jeune femme par son col et la soulevant par la même occasion*. A ce geste, elle répliqua d'un second haussement d'épaules. Elle rageait de ne pouvoir utiliser la magie, restreinte à sa seule force physique, néanmoins elle restait dure et chercha à quitter cette emprise. Ce qui la préoccupait était le manque d'action de ses gardes, normalement présent et capables de voir le moindre problème sur un endroit aussi exposé. C'était assez suspect, seulement elle ne craignait pas trop cela pour l'instant. Elle ne comprenait tellement rien qu'elle ne pouvait s'attarder mentalement sur un seul soucis. Une fois de plus, les portes s'ouvrirent. Son cousin la relâcha, regardant qui arrivait. Encore lui, celui qui passait entre les gardes très facilement, jouant avec eux à ses heures perdues. Encore une baigneuse qui avait du parler, ou une de ces godiches chargées du ménage. La magicienne n'avait pas encore prêter d'attention au nouvel arrivant, la main au niveau du sternum, elle régulait son souffle pour calmer sa tension , puis remit le sari précédemment tombé. Des marques rouges s'étaient dessinées suite à la précédente prise. Elle avait ressentit des vertiges une fois libérée, donc elle préférait prévenir que guérir en se reposant un moment, s'asseyant à nouveau. Maleek, quand à lui, avait les bras croisés, un sourire en coin.

    « Bonsoir Shahbaz, salua-t-il. Si ça ne te dérange pas de repasser plus tard, on discute de nos fiançailles. A moins que tu n'aies quelque chose d'important à dire ? »

    Au nom de Shahbaz, elle fut plus attentive, au mot " fiançailles " elle fut nettement plus alerte. Elle serra les dents, très frustrée, puis se releva, cherchant à afficher le visage le plus neutre possible, en totale contradiction avec ce qui se passait en elle. La jeune femme voulait crier que non, c'est faux, et remettre ce traître à sa place. En revanche, exposer ainsi le véritable envers de la situation ne ferait qu'introduire ouvertement le voleur, soit son dernier secours. Maleek devait supposer qu'elle n'agirait pas aussi bêtement, d'autant plus que son rival - car il le voyait comme tel - pouvait être un moyen de pression supplémentaire si il venait à être tenu de l'affaire. Comme aux échecs, la magicienne et l'intendant prévoyaient les coups d'avance. Elle parvint, tant bien que mal, à afficher un sourire, pour ensuite s'adresser au jeune homme d'une voix douce. Elle tripotait son voile comme une femme pouvait le faire avec ses cheveux, ses yeux ne parvenait pas à fixer celui avec qui elle s'entretenait, mais elle s'exprima comme si elle venait de se souvenir d'une comission.

    « Au fait, Louria avait quelque chose pour toi. Elle a renforcé les coutures de tes vêtements apparemment. »

    Un petit mensonge, une fausse piste qui devait reconduire sur la bonne. La baigneuse en question devrait, sans s'en rendre compte, mener Shahbaz sur le bon chemin.

    « Venais-tu pour une raison précise ? demanda-t-elle, faisant un écho à son cousin. »

    Au fond, elle savait que le jeune homme n'avait pas toujours de sujets particuliers quand il voulait la voir, excepter ses missions. Par réflexe, elle resserra ses bras autour de son buste quand un frisson la parcourrut, ce qui n'échappa à Maleek. Sur un ton prévenant, il conseilla :

    « Tu devrais rentrer et te reposer un peu au lieu de papoter dehors. »

    Il profitait de la situation, ce qui agaçait la jeune femme, bien qu'elle ne releva rien de ce conseil et attendit encore un peu si Shahbaz avait quelque chose ou non à dire.

    ( *J'avais du mal à imaginer qu'on puisse faire du mal à Nasty, finalement Maleek y est arrivé :s )
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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Elégant et cruel, celui qui cueille la Rose.   Sam 11 Juin 2011, 16:44

    M'intéresser aux portes-bonheur ne me ressemblait pas, sauf si les dits porte-bonheur étaient d'une valeur inestimable. A l'image de Nastran, je ne croyais pas trop à leurs prétendus pouvoirs, ne me basant que très peu sur la chance lorsque je m'immisçais, par exemple, dans une propriété dans le but d'y voler quelques objets... Cela dit, j'étais prêt à croire n'importe quoi, tant que la croyance en question pouvait être bénéfique aux personnes que j'appréciais tout particulièrement. Le porte-bonheur était, pour l'instant, la seule chose susceptible de répondre à mes attentes étant donné les paroles prononcées par Nastran et son cruel " Elle n'est plus censée vivre longtemps, sauf si elle est dotée de chance ". Quoiqu'il en soit, la magicienne a pris le temps de réfléchir avant de m'apporter une réponse, et lorsqu'elle me l'exposa, je me vis confronté à une franchise qui m'amusa, quand bien même elle aurait pu être vexante ou blessante. Où avais-je la tête ? Évidemment, ce n'était pas un sujet à aborder avec la grande Nastran, celle qui ne vivait que pour la logique et les théorèmes... Et pourtant, celle qui se prétend scientifique n'est autre qu'une magicienne, n'est-ce pas un tant soit peu contradictoire ? Non seulement, elle m'exposait ses sentiments vis-à-vis de la question - chose dont je me serais passé, au fond -, mais en plus, elle me donnait son avis quand à la probabilité de réussite de telles babioles. La conclusion qu'elle apporta m'acheva simplement et sans que je ne puisse l'en empêcher, je voyais mon sourire s'étirer au travers de mon reflet. Finalement, les propos de la belle m'incitèrent à me détourner de l'eau reposante pour l'observer, adossée à son arbre et mains croisées dans le dos, semble-t-il. Passionnée par le ciel, Nastran se dégagea de sous son arbre pour s'exposer à la lumière du soleil, avant de reprendre. Quelle délicate intention de sa part, de me ré-expliquer autrement, l'inutilité complète des portes-bonheur... Mais au fond, ses agissements m'amusaient, c'est pourquoi je ne pouvais m'empêcher de sourire tout en la suivant des yeux. Bon, après tout ceci, une évidence m'apparaissait : si je voulais trouver un porte-bonheur, je ne devais pas compter sur Nastran, mais sur mes propres moyens. Qu'à cela ne tienne, je n'abandonnais pas l'idée de lui trouver un petit quelque chose pour lui donner plus de chance, tout ce que je devais faire, c'était agir discrètement.

    Alors que je songeais déjà aux lieux que j'allais investir pour la nuit, ne comptant pas rester dans l'Académie pour cette fois, Nastran revint sur un sujet que j'avais provisoirement mis de côté. Cela dit, lorsqu'elle en fit mention, mon attention lui fut à nouveau toute accordée. Elle revint sur l'histoire qu'elle m'avait compté plus tôt. Un brin hésitante, elle m'avoua tout de même que la fin ne lui était pas si inconnue que cela. A nouveau, le silence le plus parfait enveloppait les jardins en attente de savoir la fin tant souhaitée ; Nastran marqua d'ailleurs une légère pause entre son annonce et la révélation, et cette pause, bien que très courte en réalité, me parut être une éternité. Que s'était-il vraiment pensé ? Le roi et sa femme avaient-ils eu raison de défier le destin ? Avaient-ils vécu heureux, et fondé une famille sans en subir les conséquences ? La réponse ne tarda pas, et Nastran m'avoua deux choses. La première : la femme du Roi n'eut le temps d'enfanter, mais un Prince naquit tout de même de cette union. La seconde : le Roi se remaria et alors que sa seconde épouse subissait un sort identique à la première, le Roi mourut, terrassé par le chagrin. C'était pour le moins surprenant. C'était, en effet, une fin envisageable mais je ne l'avais souhaité à aucun instant. Lorsque Nastran eut fini de me conter la totalité de l'histoire, mes sourcils se froncèrent. Oui, la fin de cette histoire me déplaisait grandement ; quelque part, je m'en voulais d'avoir connu la fin. Peut-être aurait-il mieux valu rester dans le doute et espérer simplement, plutôt que d'avoir souhaité ardemment que tout aille pour le mieux et de voir ses espérances envolées par un mauvais coup du destin. Nastran soupira alors que je m'efforçais de radoucir les traits de mon visage en pensant à autre chose, des choses plus douces, plus enfantines, moins réalistes. La conclusion qu'ajouta Nastran me fit en effet rire, mais pas dans le sens qu'elle espérait, peut-être. C'était sans nul doute un rire nerveux, un rire totalement faux, essayant de cacher un semblant de déception qui voyait le jour en moi.

    - A n'en pas douter... La vie vaut la peine d'être vécue, après tout.

    La réponse avait été dite avec conviction mais le cœur n'y était pas. Je me remettais à penser aux paroles de Nastran et à sa maladie, je me surprenais même à appréhender ce que pouvait bien me réserver l'avenir, moi qui m'étais pourtant promis d'avancer quoiqu'il puisse arriver, sans jamais reculer ou me retourner simplement. Fort heureusement, l'arrivée d'un paon me troubla suffisamment pour abandonner mes pensées ; ce fut une parfaite opportunité pour penser au moment présent sans trop réfléchir à ce qui avait précédé ou à ce qui allait suivre. Nastran détacha un parchemin de la patte de l'animal avant qu'il ne déploie à nouveau ses ailes majestueuses ; cela dit, mon regard ne s'attarda pas longtemps sur l'oiseau car déjà, un nouveau soupir provenait de la magicienne et ce dernier semblait différent du premier. Si du premier s'était échappé une certaine lassitude, du second semblait naitre un agacement. Nastran était contrariée, c'était certain. Avec un enthousiasme sans pareil, elle m'annonça qu'elle devait se mettre au travail mais au fond, son soupir m'avait permis de le comprendre. Après une pause, elle attira toutefois à nouveau mon attention en prétendant avoir quelque chose susceptible de m'intéresser... Je ne sais trop si elle en avait conscience mais, quoiqu'elle fasse, Nastran m'intéressait. Qu'il s'agisse de ses paroles, de sa culture, de ses histoires ou plus simplement de sa tenue, de ses manières, de ses habitudes... Tout en elle me faisait me poser de nombreuses questions et malheureusement, les réponses se faisaient bien rares. Tout naturellement, cet instant ne fit pas exception au principe énoncé plus tôt et je ne voyais pas en quoi ses beaux cheveux de la couleur de l'ébène pouvait m'être d'une quelconque utilité ; quelle ne fut pas ma surprise lorsque la belle me présenta un collier. Celui-ci suscita d'ailleurs bien des questions et une fois de plus, Nastran avait raison. Étrange. Tout d'abord, pourquoi m'offrir ce collier ? Et ensuite, que faisait-elle avec ? Étant donné son aspect, il ne s'agissait pas là d'un bijou destiné aux femmes alors... Dernière question qui, peut-être, était la plus importante : qui le lui avait offert ? Je n'avais pas volé un tel objet, je n'en avais pas le souvenir en tout cas. Une réponse fut apportée à tous ces questionnements, même si c'était peu, je m'en contentais pourtant. Le collier qu'elle m'offrait servait, comme elle me l'expliquait, à ne pas se perdre en indiquant la situation du lieu que l'on devait visiter. Je voyais en l'objet une très grande utilité, en effet ; cela dit, j'avais grand mal à comprendre les raisons de ce cadeau. Elle-même semblait n'avoir que quelques connaissances limitées sur le sujet - ce qui m'étonnait de la part de Nastran, soit dit en passant -, autant dire qu'il fallait l'utiliser à de multiples reprises avant d'en comprendre pleinement le système. Soit, comme toujours, je ferais preuve d'obstination à l'égard de ce collier, un peu plus encore, peut-être, parce qu'il était l’œuvre d'un Génie. Elle finit tout de même par revenir sur le sujet du porte-bonheur. Qu'importe la difficulté de son utilisation, j'en prendrais grand soin ; comme tous les objets qui m'étaient confiés, et tout particulièrement ceux que Nastran voulait bien me confier. Après ces quelques explications, la belle me salua et s'éloigna alors que je la gratifiais simplement d'un sourire après un " Merci " prononcé à demi-mot.

    Elle avait rejoint l'Académie et moi je la quittais. J'avais hâte d'essayer cet objet afin d'en comprendre un peu mieux le mécanisme, cela dit, la chose s'était montrée plus complexe que ce que j'avais bien pu imaginer. Je n'eus pas grand mal à quitter l'Académie, après tout, j'avais pour habitude d'y entrer par les toits et d'en sortir par la porte - chose qui agaçait les gardes, et qui, donc, m'amusait. J'étais parti sans vraiment réfléchir, et n'avais pas même pris le temps de me préparer à la traversée du désert. J'avais sur moi toutes mes affaires et rien d'utile n'avait été laissé à l'Académie, cependant, avoir un peu d'eau n'aurait pas été de trop. Quoique, après tout, j'étais tellement focalisé sur le fonctionnement du nouveau cadeau de Nastran que la chaleur, la faim ou encore la soif ne se faisaient même plus sentir. Je marchais au hasard au beau milieu du désert et essayais de trouver en même temps le fameux puits en-dessous duquel j'avais eu l'occasion de me rendre par l'intermédiaire du passage secret dans les jardins de l'Académie. De temps en temps, il m'arrivait de lever le nez du collier que je tenais en main pour observer les alentours et chercher quelques points de repères se faisant de plus en plus rares. En dépit de l'objet confié par Nastran, de ma détermination et du temps passé dans le désert, il me fut impossible de trouver le puits ou en tout cas, ce qu'il en restait. J'aurais voulu vérifier qu'il s'était bien effondré sur lui-même et que son entrée était bel et bien condamnée. Cela dit, si ce n'était pas le cas, je ne savais pas vraiment comment réagir : en effet, en cas de crise majeure, ce pourrait être un passage très utile pour me rendre dans l'Académie de Nastran. En parallèle cependant, je ne voulais pas que quelqu'un de mal intentionné découvre l'existence de ce puits, s'engouffre en son sein et rejoigne l'Académie... Finalement, après cette courte analyse, la réponse surgissait d'elle-même : la sécurité de Nastran primait alors je tâcherai de cacher un peu mieux, encore, les ruines de ce vieux puits. Cela étant, si je ne l'avais pas trouvé, c'est peut-être justement parce qu'il était particulièrement bien enseveli. Je ne sais combien de temps je suis resté dans le désert ; je n'ai pas fait attention au ciel ni même aux astres. En réalité, j'avais pris place derrière un rocher incrusté dans une bute qui formait un abri de fortune parfait. J'avais un peu d'ombre, aussi, la chaleur du désert devenait supportable, et puis je pouvais m'assoir là et attendre que le temps passe. Enfin, attendre à ma façon : je n'avais toujours pas décroché mon attention du collier, après tout. Après un certain temps, pourtant, la passion que je portais à l'objet ne fut plus suffisante pour atténuer les grondements de mon estomac et l'assèchement croissant de ma gorge. En l'instant, je relevai le nez pour la première fois depuis un certain temps, c'est alors que je me rendis compte que mes vêtements étaient couverts de sable et mes pieds, partiellement enfouis dans le sol. Outre la faim et la soif, la fatigue se fit également sentir mais pour ce qui est de cette dernière, je pouvais encore l'oublier un moment, et tout ce qu'il me fallait pour cela, c'était un semblant d'activité. Pour m'éviter un nouvel égarement, je mis le collier dans la sacoche constamment attachée à ma ceinture et me remit en route en direction de l'Académie.

    En chemin, le crépuscule commença à tomber et les premières étoiles vinrent illuminer le ciel alors que l'Académie était toute proche. A ma grande surprise, entrer par les toits cette fois-ci, fut plus compliqué. Alors que je m'apprêtais à me hisser à l'intérieur de cette forteresse, la ronde d'un garde l'amena à croiser mon chemin : par chance, il ne me remarqua pas et j'eus le loisir de rebrousser chemin. Étrange, en temps normal, il y avait une faille à cet endroit ; mais qu'à cela ne tienne, j'avais d'autres cartes dans mon jeu. Si ce passage n'était plus libre, d'autres le seraient. Il me fallut plusieurs essais avant de trouver une faille dans la surveillance ; mais au cours de cette petite investigation, j'eus le loisir d'apercevoir de nouveaux visages me laissant croire que d'autres gardes avaient été engagés. Incontestablement, il faudrait que je leur souhaite la bienvenue mais en l'instant, un autre problème se présentait à moi : en effet, j'empruntais rarement ce passage pour m'incruster dans l'Académie, et ce, pour la simple et bonne raison qu'il m'obligeait à passer non loin des baigneuses. En d'autres termes, en passant par là, il m'était impossible de leur échapper, mais elles m'auraient trouvé à un moment ou à un autre étant donné la quantité de sable que j'avais accumulé sur, ainsi que dans mes vêtements. Une baigneuse ne tarda pas à me trouver en effet, mais étonnamment, elle ne me força pas à aller prendre un bain ou même à me changer : j'eus seulement à m'épousseter un peu pendant qu'elle m'expliquait la situation. Elle, comme d'autres, étaient inquiets du comportement suspect de Maleek ; il avait rejoint Nastran plus tôt dans la soirée et n'était toujours pas sorti de sa chambre. Outre ce premier problème : les gardes ne surveillaient plus l'entrée de la chambre de la belle, trop occupés qu'ils étaient à faire leurs rondes et Nastran avait besoin de repos, car elle avait connu une journée fatigante. Il ne me fallut pas plus de temps pour me mettre en route jusqu'à la chambre de Nastran et la baigneuse m'aida d'ailleurs à éviter soigneusement les gardes susceptibles de me mettre des bâtons dans les roues. J'avais toutes mes raisons de me rendre jusqu'à la chambre de Nastran : déjà, je devais lui faire part de ce que j'avais découvert au sujet de son collier. C'était bien peu de choses, mais j'avais de bonnes raisons de penser qu'à nous deux, nous pourrions peut-être déceler quelque autre mystère emprisonné en l'objet ; d'où ma venue. Ensuite, Nastran avait besoin de repos et étant donné sa santé fragile, j'allais veiller personnellement à ce qu'elle dispose de la tranquillité qui lui était nécessaire, si les gardes et son Intendant en étaient simplement incapables. Enfin, il était question de Maleek, et j'avais eu le loisir de me refaire une petite santé au cours de mon excursion dans le désert ; autant dire que j'étais désireux de lui montrer le vrai Shahbaz.

    Klephte et vagabond. Par dessus tout : rancunier - entre autre. Je n'oubliais pas ma première rencontre avec Maleek et s'il avait gagné la première bataille, je comptais bien gagner celle-ci afin de remettre les pendules à l'heure. Fier, c'est avec un large sourire que j'ouvris moi-même les portes de la chambre de la magicienne, après avoir tout juste frappé. Malheureusement, mon sourire ne resta pas longtemps ; j'eus à peine le temps d'observer la scène que déjà, de nombreuses choses me déplaisaient - outre la simple présence de Maleek. Ce dernier se trouvait face à Nastran, non loin - autant dire "trop près" - d'elle et il me fixait. Bras croisés sur son torse, sourire en coin, il semblait amusé de ma venue et j'en étais... Ravi. Ce n'est pourtant pas sur Maleek que mes yeux s'attardèrent, mais sur Nastran, tout naturellement. Ses poignets étaient enserrés de bracelets que je n'avais jamais vu auparavant, mais par dessus tout, elle paraissait essoufflée. Assise, la belle passa délicatement sa main sur son cou, puis elle remit sa tenue en place, dévoilant un cou rougi qui me laissa sceptique. J'aurais aimé de tout cœur ne pas prêté attention aux paroles de Maleek, j'avais d'ailleurs la ferme intention de ne m'en tenir qu'au "Bonsoir", cela dit, il attira inexorablement mon attention au mot "fiançailles". Fatalement, le reste n'avait plus aucune importance et instinctivement, mes yeux se reportèrent sur Nastran, cherchant dans son attitude, quelque chose, en dehors des bracelets et des marques, capable de démentir ce qu'il venait d'énoncer. Nastran se releva calmement et son visage affichait la plus grande neutralité, par la suite, elle sourit, même, ce qui me chamboula un peu plus. Bien évidemment, je n'avais aucun droit vis-à-vis de Nastran, elle pouvait bien se fiancer si c'était là son désir - encore que... -, mais par pitié, pas avec lui. D'une voix douce bien qu'agissant non sans nervosité, Nastran m'adressa quelques paroles et là encore, même si j'étais désireux de lui porter une plus grande attention que ce que j'avais bien pu faire vis-à-vis de Maleek, je ne l'écoutais que d'une oreille distraite, trop occupé que j'étais à réfléchir à ce qui venait de se passer en une minute à peine. Comme Maleek avait réussi à m'intriguer avec ses "fiançailles", Nastran réussit à le faire avec "Louria". C'était une baigneuse avec qui je m'entendais bien, cela dit, c'était aussi avec elle que j'avais le plus de mal à échapper aux bains. J'avais pu l'éviter en arrivant jusque là, et en passant le plus discrètement possible devant les bains, non sans l'aide de la baigneuse qui m'accompagnait, alors pourquoi me jeter dans la gueule du loup ? Ah oui, ça me revenait : Maleek. Décidément, quoiqu'il fasse, cet Intendant était agaçant. Sa présence empêchait Nastran d'être claire et il me forçait, en plus, à la laisser pour aller retrouver Louria. Un soupir m'échappa peu après la question de Nastran, et mes yeux roulèrent après la réflexion qui suivit, de la part de Maleek.

    - Quelque chose d'assez important, en effet. Je suis parti dans la précipitation la dernière fois, aussi je n'ai pas pris de quoi survivre, j'aurais donc pu périr pitoyablement dans le désert. C'eut été dommage, n'est-ce pas ? ; à cette réflexion, mon regard se tourna tout particulièrement sur Maleek et y resta quelques secondes après quoi, il se détourna et revint à Nastran ; Bref, je suis donc revenu pour me préparer un peu mieux cette fois-ci, et comme à mon habitude, j'ai évité la porte. Quelle ne fut pas ma surprise, alors, en voyant un nombre de gardes bien plus important ? Enfin, comme ma présence en témoigne, il existe encore au moins une faille dans la surveillance ; je venais donc te demander, Nastran, quel était l'incapable qui s'occupait des rondes et plus généralement, de l'organisation des gardes ; là encore, et c'est fort fâcheux je l'admets, je ne pus empêcher mon regard de s'égarer un court instant sur Maleek ; Faute de missions à exécuter, je peux toujours me montrer utile en désignant les faiblesses de cette forteresse qu'on prétend, à tort, impénétrable. Je suis infiniment navré de vous troubler dans vos discussions, mais la défense de cette Académie me semble être primordiale, c'est donc une très bonne chose que tu sois ici, Maleek. Si tu veux bien me suivre, j'ai quelque faille à te montrer.

    M'inclinant sensiblement, je fis quelques pas en arrière avant de me redresser tout en souriant aussi bien à Nastran qu'à Maleek. Plus encore à Maleek, bizarrement. Alors que celui-ci se mettait en route non sans mal, mon bras gauche se tendit, l'invitant à passer devant moi alors que je refermais les portes de la chambre de la petite magicienne, en profitant pour lui adresser un bref coup d’œil dans l'entrebâillement des deux portes avant que celles-ci ne se ferment en un claquement volontairement atténué. J'avais eu de la chance, cette fois : en passant par la faille non loin des baigneuses, je pouvais garder un œil sur Maleek tout en m'acquittant de la tâche que Nastran m'avait plus ou moins confié. L'inconvénient, c'est qu'il pouvait lui aussi avoir un œil sur moi... Enfin, c'était mieux que rien et c'était le seul prétexte suffisamment urgent que j'avais trouvé pour l'arracher à la chambre de Nastran. Par contre, dès la première occasion, il faudrait que j'éclaircisse cette histoire de fiançailles. Inutile d'en parler avec Maleek cependant, d'abord parce que je ne lui faisais aucunement confiance, ensuite parce que nous n'avions assurément, rien d'intéressant à nous dire. J'ignore si ce fichu Intendant avait baissé sa garde alors que je l'accompagnais jusqu'à la faute de surveillance. En effet, il n'y avait pas de quoi se méfier, en théorie, puisqu'il était en ma compagnie, qu'il savait où je me rendais et enfin, que les gardes, d'ici peu, m'auraient repéré. Au fond, ce n'est pas Maleek lui-même qui me dérangeait - quoique -, c'était le pouvoir qu'il avait sur les gardes, et si j'étais en mesure d'en semer un ou deux, je ne pourrais pas le faire éternellement et avec tous. La véritable question était de savoir s'il me haïssait au point de laisser tomber toute la surveillance mise en place, afin de mettre toutes les chances de son côté pour me capturer.

    - Nous y voilà, Maleek. Tu vois, par ce couloir assez étroit, je te l'accorde, il est facile d'atteindre l'intérieur de l'Académie. D'ordinaire, j'entre par les jardins car l'escalade y est plus simple, or pour le moment, je n'ai pas encore trouvé de faille parmi la ronde des gardes... D'ici quelques jours, les choses devraient sans doute s'éclaircir. Quoiqu'il en soit, de ce côté-ci, l'escalade est plus complexe, plus longue et plus éprouvante, mais pas pour autant infaisable. D'autant qu'en passant par ici, de nuit, il est très simple de se déplacer en toute discrétion. Par ailleurs, tu devrais disposer constamment des gardes devant la chambre de Nastran. Je pense en avoir terminé ; libre à toi de suivre mes conseils.

    Apposant ma main droite sur mon cœur, je fis l'effort de m'incliner un peu devant lui, même si je n'en avais aucune envie. C'était peut-être un stratagème inconscient pour qu'il se méfie encore moins de moi, car en aucun cas, je ne lui portais un quelconque respect. Certes, il s'occupait de nombreuses affaires au sein de l'Académie et pour cela, au moins, je pourrais reconnaître son sens de l'organisation ou encore ses quelques tendances perfectionnistes. Cela dit, il s'agit de Maleek, pas de Nastran. Un Intendant se remplace. Pas Nastran. Mon regard croisa ensuite celui de la baigneuse et un simple sourire fut échangé : elle se chargerait, tout en vaquant à ses occupations, de garder un œil sur Maleek qui, cela dit, prenait son travail très au sérieux et avait déjà convoqué des gardes, alors que je m'éclipsais subtilement jusqu'aux bains. Si je cherchais constamment à échapper aux baigneuses, ce n'est pas tant pour le bain lui-même que pour l'atmosphère qui règne en ce lieu. La vapeur m'est désagréable et en devient presque étouffante tant l'eau est maintenue à une température assez élevée. Un soupir ne tarda pas à m'échapper alors que je cherchais du regard celle qui s'avérait être souvent mon bourreau, et il ne me fallut d'ailleurs pas beaucoup de temps pour reconnaître sa silhouette. Nouveau soupir et en dépit de mon état, je m'avançai relativement calmement.

    - Louria ? Nastran m'envoie. Elle m'a dit que tu avais renforcé la couture de mes vêtements... Ou quelque chose comme ça.

    L'enthousiasme suintait incontestablement de ma voix ; une seule explication justifiait ma présence ici : le souhait de Nastran. Et un nouveau constat m'apparaissait : je lui obéissais de plus en plus souvent, et je contestais de moins en moins...
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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Re: Elégant et cruel, celui qui cueille la Rose.   Mer 15 Juin 2011, 10:17

    Oubliant un instant son statut de captive, tout du moins de constriction explicite, la magicienne demeurait attentive envers Shahbaz. Sait-on jamais si le motif de sa venue était important, ou même qu'il ait une requête, enfin comprenons que d'instinct elle l'écoutait. Espérant qu'elle puisse obtenir une entrevue, ou même l'ombre de l'organisation d'une entrevue avec le voleur. Voici un être humain qui ne se connaissait pas, se comprenait mal. Expliquons peut-être : la jeune femme se trouvait confrontée au besoin inexpliqué de se justifier, il lui était nécessaire de contredire ces mensonges inopinés. Non craintive de se marier, plutôt effrayée que l'on puisse y croire. Qu'il puisse y croire. Le moment présent exigeait sa sollicitude, aussi mettait-elle de côté ces embruns pour écouter le voleur, plus que Maleek en tout cas. Ce dernier parvenait par la grâce de son éducation à conserver une attitude respectable, qui ne trahissait ses pensées tournées vers quelques noirceurs ; il attendait cependant l'erreur. Par qui serait ouverte la brèche ? Il semblait que Shahbaz ne se doutait de rien, et pourtant, outre ces regards outrants et ses sourires insolents, l'Intendant restait sur ses gardes, se disant que finalement, il était dommage que le voleur s'en soit sorti indemne de sa promenade en plein désert.

    Qu'il crève, cela ferait une plaie en moins à retirer. Il ne voulait pas qu'il soit fourni en quelconques ressources, surtout pas par Nastran, qui hochait la tête sans réfléchir. Elle lui accordait pratiquement tout, cela en devenait agaçant. Par la suite du discourt, le jeune homme se moqua de l'organisation de la sécurité, ce qui arracha un regard noir à Maleek. Rien n'était parfait, certes, mais que l'on se moque de lui, c'était autre chose. Nastran, trop ignorante à propos de psychologie, ne releva pas en l'instant la provocation néanmoins si évidente. Ce qui la surpris, c'était le fait qu'il voulait montrer les failles à son cousin. Quand il le pouvait - elle ne comprenait pas pourquoi - il se débrouillait pour que ce ne soit pas le cas, tandis qu'en ce jour il l'invitait sans mauvaise fois apparente. Finissant par tilter, la magicienne fut autant rassurée qu'effrayée, redoutant l'avenir. Elle voyait au manque de protestations de son assistant une docilité trop étrange pour être vraie, elle craignait en conséquence pour son voleur.

    Plus agacé qu'enjoué, Maleek suivait son rival sans rechigner. Il hésitait encore entre le faire arrêter maintenant, ou bien le jauger jusqu'à estimer d'autres possibilités, telles que faire croire à son départ définitif et mettre la magicienne de son côté, plutôt que de la contraindre par l'emprisonnement de son très cher voleur, bien qu'à force de patience il pouvait supposer la reconnaissance et peut-être des sentiments en provenances de l'être aimé. Pour l'instant il écoutait les explications de son cadet, son inférieur de un centimètre en taille et peut-être en muscle. Il observait les imperfections de sa surveillance, prévoyant déjà les solutions. Il rendit son salut sans défaire de soupçon ce faux-allié, et le quitta pour revisiter ces idées. Il n'avait pas oublié ladite Louria et prit en compte la suggestion de ramener plus de gardes près de Nastran.

    -----------

    Le dîner à peine achevé, une baigneuse s'en allait retourner travailler. Elle prit du retard en recevant discrètement un message inquiétant. Il lui venait d'un garde, et pas n'importe lequel ; il s'agissait du chef de la première faction pour qui la magicienne avait un grand respect. Il ne s'était pas attardé à donner trop de précisions sur le pourquoi du comment, se contentant du strict minimum. Louria n’interpréta rien de bon sur ce peu d'informations et cette hâte, alors elle mémorisa l'essentiel. C'était on ne peut plus court : “ Shahbaz ➤ RDV à 2h ”. Aucune indication sur le lieu, elle l'avait déjà deviné. Il ne fallut pas longtemps à son “ petit sucre ” pour pointer le bout de son nez. Vu l'heure, les thermes étaient particulièrement agités, aussi ne fallait-il pas s'étonner des vapeurs abondantes. Il fallait s'occuper des petits bourges de l'académie en sus de gérer les domestiques et autre personnel de la maisonnée. Les baigneuses ne se plaignaient pas, elle se contentait d'effectuer leurs tâches avec application, se dépêchant de faire laver les serviettes sales, en ramener des propres, vérifier l'approvisionnement de savon et d'huiles. En clair, elles étaient toutes préoccupées jusqu'à l'arrivée de la Légende.

    Comme toujours, il était pressé, entre désir de fuite et raisons plus valables. C'est qu'à force, elles avaient appris à le connaître, à l'apprécier, plus encore à le taquiner. Ce fut Louria qui se l'appropria, n'acceptant aucune contestation. Il lui avait tout de suite plu, hélas pour la cible. Très directe comme femme, aussi très sauvage, il n'est pas facile de comprendre de suite si elle nous porte dans son coeur ou non. Disons qu'elle châtie très bien, à grands coup de rires et de repérages de faiblesses pour mieux railler. C'est une façon très dérangeante d'aimer, certes, mais c'est la sienne. Au fond, elle n'est pas mauvaise, elle peut même être très douce, ce qui en fait une personne facile à pardonner. Elle est aussi connue pour son physique, puisque très belle. Les cheveux châtains réunis en une queue basse, de grands yeux noisettes et une peau bronzée, elle incarnait la grâce, et par ses formes la sensualité. Fine, bien que dotée d'une poitrine généreuse, elle arborait constamment un sourire radieux et une joie de vivre agréable. Elle repoussait les prétendants le plus souvent, ne désirant pas de famille, pas avec n'importe qui. L'homme qu'elle voulait faire entrer dans sa vie avait un caractère de cochon quand il le désirait, mais c'est de lui qu'elle s'entichait. Manches retroussés, haut collé par l'humidité sur sa peau et moulant ses courbes, elle rejoint sa proie.


    « Bien sûr mon coeur ! Mais que vois-je ? fit-elle feignant la surprise. Ceux-là sont en piteux état, tu me redonnes de l'ouvrage ! Allé, viens par là. »

    Saisissant avec force de sa main délicate le bras du voleur, elle l'entraîna dans le sillage des gloussements amusés, ramassant au passage serviettes et vêtements. Si il y avait une chanceuse parmi toutes ces damoiselles, c'était bien elle ! La baigneuse en était ravie, car du fripon elle allait se jouer. Elle l'emmena dans une salle vide, la fermant à clé au préalable, clé qu'elle rangea expressément dans son décolleté, sourire tiré. Il s'agissait là de bains privés, par conséquent luxueux. Très lumineux, on y trouvait des banquettes moelleuses, où elle posa le nécessaire. Elle défaisait sans gêne aucune la tenue du pauvre jeune homme - enfin pauvre reste à voir - ajoutant quelques mots.

    « Vu l'heure du rendez-vous, le bain t'y échapperas pas ! Et c'est quoi tout ce sable ? dit-elle en époussetant la chevelure de Shahbaz et ses vêtements. Tu en as dans les cheveux, sur ta tunique. . . Probablement là ? »

    Elle finit l'énumération en jouant avec l'ouverture du pantalon. C'est qu'elle n'est pas commode, Louria, et n'hésitait pas sur ses gestes. Reculant en riant, elle partit vérifier la température de l'eau, contenue dans un bassin assez grand pour bien plus d'une personne. La belle prit place en son bord, se retournant pour se rincer l'oeil sans aucune pudeur, puis le quitta du regard, et partit préparer les cosmétiques utiles à l'hygiène.


    « Comment vas-tu depuis le temps ? Tu m'évites, non ? »

    Question rhétorique, sans attendre de réponse elle enchaîna :

    « Tu as jusqu'à 2 heure pour être prêt, alors ne marmonne pas que te laver sert à rien ! sachant que cela ne le tiendrait pas sur place pour autant, elle décida d'en dire plus. Maleek fait juste une petite crise, Nastran doit encore déménager. Ce sera à la chambre voisine de la sienne d'ailleurs, il craindrait pour sa sécurité à ce qu'il paraît. Et il a pris la direction à sa place. Il dit qu'elle n'est pas bien, des trucs comme ça. L'ambiance est étrange ce soir. . . »

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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Elégant et cruel, celui qui cueille la Rose.   Mer 15 Juin 2011, 22:10

    L'agitation semblait être à son comble au sein des bains ; les "clients" potentiels de l'académie se faisaient bien plus nombreux que ce que je pouvais envisager, mais c'était compréhensible, quoique difficilement imaginable pour moi : certains appréciaient sans doute l'atmosphère étouffante et la chaleur des bains. Outre ces quelques désagréments, les mouvements incessants des baigneuses me donnaient le tournis ; elles semblaient ne pas avoir une minute et jamais pourtant elles ne s'entrechoquaient en dépit de leurs nombreuses allées et venues. Quelque part, elles me faisaient penser à moi, lors de mes courses poursuites : jamais une minute à perdre, toujours à changer des serviettes, en rapporter d'autres lorsqu'il ne s'agissait pas de savon ou autres produits auxquels je ne portais strictement aucun intérêt. Quoiqu'il en soit, la raison de ma venue ici était toute autre et il me fallait m'entretenir avec Louria. Inutile de dire que l'entretien fut simple à obtenir : à peine eus-je le loisir de prononcer son prénom qu'elle s'approchait déjà de moi, telle un félin guettant sa proie. Bien que très belle, la baigneuse n'était pas nécessairement mon genre : je préférais les femmes un peu plus discrètes ; aussi je voyais plutôt Louria comme une excellente amie. Amie capable, d'ailleurs, de rivaliser avec mon infâme caractère. Manches retroussées, sûre d'elle, elle m'effrayait presque à fondre sur moi avec tant de détermination. Cela dit, les surnoms divers et variés qu'elle était susceptible de me donner me rassuraient et m'amusaient plus qu'il ne me désespéraient, bien qu'ils m'incitent souvent à lever les yeux au ciel inconsciemment. Ce ne fut pas le cas pour cette fois et pour le moment ; j'étais tellement concentré sur la quête que Nastran m'avait confié que je me contentais d'analyser au plus vite les paroles de la demoiselle... Bien évidemment, c'était sans compter sur la détermination sans faille de Louria à me voir dans un état frôlant toujours la perfection ; et tel que j'étais en l'instant, la perfection était bien lointaine je l'admets.

    Oui, mes vêtements étaient sales et peut-être partiellement déchirés en quelques endroits stratégiques tels que les genoux, puisqu'il m'arrivait de ramper. Pour cette fois, cependant, ma tenue était seulement recouverte de sable, tout comme mon corps, et la baigneuse ne laissa pas passer un souillon tel que moi. La force dont pouvait faire preuve ce corps délicat m'étonnait toujours, et quand bien même je pouvais lui résister, je ne m'y risquais pas de peur de voir les autres baigneuses se mêler à la danse. A côté de cela : plus je me montrais coopératif et plus l'épreuve des bains se passerait rapidement ; inutile, par ailleurs, de mettre Louria de mauvaise humeur tout en sachant qu'elle s'occupait toujours de mes bains. Je n'osais imaginer ce qu'elle était susceptible de faire si je la contrariais... Enfin, je n'étais pas même sûr d'être apte à la rendre de mauvaise humeur : Louria était quelqu'un de très agréable et, aussi loin que remontent mes souvenirs, même si parfois, pourtant, je me présentais à elle en trainant les pieds et d'une humeur infernale, je ne l'avais jamais vu d'une humeur maussade ou même neutre. En effet, elle souriait toujours, et c'était quelque chose de bien agréable. Comme toujours, elle m'emmena dans des thermes vides et luxueux, chose qui me dépassait. Certes, j'étais bien mieux seul ; cela dit je n'avais pas besoin d'autant de luxe. Une bassine m'aurait amplement suffit et peu m'importe que l'eau soit chaude ou non. Enfin, elle était sans doute aussi têtue que moi. Comme toujours et sans surprise, l'arrivée jusqu'aux thermes se déroula à l'identique : pendant le chemin, les autres baigneuses ricanaient de me voir encore prisonnier des griffes de Louria. Quelque part, je les comprenais ; il devait être relativement drôle de m'avoir vu, à mes débuts, être récalcitrant au possible et opposer une résistance sans faille dès mon entrée et jusqu'à ma sortie des thermes ; et de me voir désormais, résigné à aller prendre un bain mais me laissant tout de même trainer pour le plaisir, ou par paresse. Après les rires, la salle qui m'était presque réservée m'attendait et là, la baigneuse n'oubliait jamais de fermer à clé. Avait-elle peur que je file en douce ? Outre ce premier principe, il en demeurait un second qui m'amusait bien plus : la cachette exclusivement réservée à la clé. J'ignore d'ailleurs si on pouvait lui donner un tel nom car jamais Louria n'avait cherché à me dissimuler l'emplacement de ladite clé, s'amusant en la glissant dans son décolleté comme pouvait en témoigner son sourire - sourire que je lui rendais d'ailleurs systématiquement. S'imaginait-elle que je n'irais pas la chercher, si le besoin s'en faisait réellement sentir ? A moins qu'elle n'en ait justement que trop conscience... Et pourtant jusqu'alors, le besoin d'employer de tels moyens ne s'était jamais fait sentir.

    Une minute à peine après notre arrivée, Louria déposait comme toujours les affaires dans un coin, puis elle venait s'occuper de moi avec plus ou moins de délicatesse. Là encore, ma résistance était bien moindre et j'avais pris pour habitude de toujours détailler les environs alors qu'elle retirait mes vêtements. Sa voix m'incita pourtant à me défaire de mes contemplations multiples. Bien évidemment, il me semblait avoir d'ores et déjà compris que, quoi que je puisse bien faire - encore que je n'avais pas tenté le chantage depuis un moment maintenant -, je n'échapperais pas aux bains. Quant au sable, je ne cherchai même pas à me justifier : elle n'était pas sans savoir que je trainais ça et là, passant la majeure partie de mon temps à traverser le désert. Cela dit, je n'avais pas eu conscience d'avoir autant de sable sur moi jusqu'à ce qu'elle fasse tomber plusieurs grains de poussière en époussetant mes vêtements ou encore mes cheveux. Bien évidemment, et inutile d'entrer dans les détails, le sable n'avait eu aucune gène et aucun mal à se glisser partout. Un peu comme Louria qui, après s'être amusée avec l'ouverture de mon pantalon, s'éloignait en riant agréablement, m'arrachant pour la première fois un soupir accompagné d'un haussement d'épaules. Alors que la belle vaquait à ses occupations, s'assurant aussi bien de la température du bain que de la proximité des produits qu'elle était susceptible d'utiliser, je me chargeais de retirer les vêtements restant, étonné de découvrir toujours autant de sable dans mes vêtements. Nouveau soupir en relevant deux choses : d'une part, Louria, fidèle à elle-même, ne cherchait pas à être discrète alors qu'elle m'observait, d'autre part, je devais bien avouer qu'un bain, dans mon état, serait le bienvenu. Inutile, toutefois, de rendre ce second constat public, et a fortiori lorsque Louria était dans les environs.

    Reprenant la parole, la belle me posa deux questions en l'espace d'un instant et n'attendit pas même de réponse de ma part. Et pourquoi donc ? La première, sans doute parce que je lui répondais toujours la même chose, mais la seconde.. ? Avait-elle peur d'une franchise exacerbée ? A moins qu'elle ne se moque de l'une, comme de l'autre réponse. Sans attendre une quelconque intervention de ma part, donc, elle enchaîna alors que je tentais vainement de m'épousseter un peu mieux. Je ne tardai toutefois pas à entrer dans l'eau d'un bain bien trop grand pour moi, tentant de camoufler le bien-être que je ressentais... La chose ne fut pas des plus complexes cela dit, tant les propos de Louria m'intéressaient. Plusieurs choses m'intriguaient dans le discours qu'elle me tenait là, tout d'abord un avertissement mais avant tout, une heure limite, ce qui n'avait jamais été le cas jusqu'alors. Le fameux Maleek fut ensuite abordé et j'ignore si cela me réjouissait ou, au contraire, me désespérait un peu plus. Elle disait de l'Intendant qu'il renouvelait l'une de ses nombreuses crises, ordonnant le déménagement de la chambre de Nastran et prétextant un manque de sécurité. Ce simple argument ne me suffisait pas et sans que je ne sache pourquoi, il ne me convainquait nullement. Mes doutes se confirmèrent d'ailleurs bien vite lorsque Louria me précisa que Maleek comptait déplacer la chambre de Nastran à côté de la sienne. Cherchait-il quelque chose dans la chambre actuelle de la magicienne ? A moins qu'il ne souhaite surveiller mes passages. Alors que mon corps tout entier, cette fois, se trouvait assailli par l'eau, un nouveau soupir m'échappa et là, Louria n'y était pour rien, elle venait tout juste de finir de parler d'ailleurs. Mon regard s'égara un court instant sur la baigneuse tandis que je réfléchissais encore un peu, puis, prenant une légère inspiration, je me laissai couler avant de remonter à la surface dans la seconde.

    - Il est étonnant de t'entendre dire que je ne peux rester dans les thermes aussi longtemps que je le désire. Pourquoi ai-je un temps imparti, dis-moi ? Ai-je un entretien important ?

    Inutile de dire que pour une fois, cette limite de temps m'arrangeait quelque peu. La compagnie de Louria ne me déplaisait pas, loin de là : comme Nastran, elle arrivait à me faire rire mais d'une façon bien différente. Par ailleurs, même si nous nous ressemblions sur certains points, cela ne nous empêchait pas de bien nous entendre... Malgré tout : voir Louria en dehors des thermes était un plaisir, mais en leur sein, c'était une toute autre affaire. Mes mains s'extirpèrent de l'eau et vinrent se plaquer sur mes cheveux désormais mouillés, les ramenant en arrière. Puis elles vinrent retirer tant bien que mal le surplus d'eau maculant mon visage afin que je puisse rouvrir les yeux sans voir ma vue troublée. Posant ma main droite sur le rebord du bain, je migrai légèrement pour m'emparer du savon, le contemplant avec une attention nouvelle qui pouvait paraitre étrange. Énième soupir et mes iris tentèrent de croiser celles de Louria alors que je commençais d'ores et déjà - avec un enthousiasme limité cela dit - à frotter le savon sur ma peau hâlée.

    - Par ailleurs, tu trouves qu'il s'agit d'une "petite" crise, toi ? Il prend la direction. Il augmente les effectifs des gardes... J'ai failli emprunter la porte pour entrer, cette fois !.. Paradoxalement, il n'y avait pas de gardes près des quartiers de Nastran, tout à l'heure, ce qui est étrange, puisqu'il dit vouloir sa sécurité.

    Alors que j'avais déjà échappé le savon par deux fois tant il glissait - preuve que je mettais de la bonne volonté tout de même -, je marquai une pause et soupirai à nouveau en posant mes deux avants-bras sur le rebord du bain. Plus j'en savais sur cette histoire, plus le comportement de Maleek me paraissait suspect, sans prendre en compte tout ce que j'avais déjà pu voir au préalable. Outre le comportement de Maleek, c'est la situation de Nastran qui m'inquiétait également. Sans raisons apparentes, mes sourcils se froncèrent et mes doigts crochetèrent plus sévèrement le savon afin de mettre fin au plus vite à cette petite mascarade. J'avais eu, l'espace d'un instant, l'envie de demander à Louria de me coiffer comme elle l'avait déjà fait une fois : elle avait pris le temps de faire diverses petites nattes sur mon crâne et j'appréciais tout particulièrement cette coiffure, pour plusieurs raisons d'ailleurs. Cela dit, j'estimais actuellement qu'il fallait trop de temps pour me coiffer de la sorte, aussi, les passages répétés et mécaniques de mes mains suffiraient sans doute à ordonner le tout. Un bruit sec vint clôturer mes réflexions et affirma la détermination naissante qui semblait poindre sur mon visage : sous l'action de ma main, le savon venait de heurter le sol des thermes et je m'apprêtais alors à sortir du bain, me jugeant déjà propre.
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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Re: Elégant et cruel, celui qui cueille la Rose.   Lun 20 Juin 2011, 21:00

    Comme un grand garçon, Shahbaz était rentré tout seul dans le bain, pour le grand déplaisir de Louria. Elle ne le dit pas, observant un tant soit peu la gravité de la situation qu'elle cherchait à diminuer. En réalité, elle n'en saisissait pas l'ampleur et ne le pouvait, par manque d'informations mais aussi de négligence. Elle ne craignait pas grand chose, et les problèmes ne l'inquiétaient que difficilement. L'optimisme, c'était son domaine. D'ailleurs, si vous essayez de l'enfermer 30 mètres sous terre dans un cercueil, avec pour seule compagnie des serpents et un squelette, elle continuera de croire qu'elle peut s'en sortir. Ainsi était la baigneuse, déraisonnée et déterminée. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. L'objectivité du voleur ne défit pas Louria, toujours certaine qu'il demeurait en chaque obstacle un moyen de le détourner ou de le vaincre.

    On pouvait croire qu'elle se désintéressait de son employeuse, et pourtant ce n'était pas le cas. Même si elle ne lui parlait presque pas, elle dénotait des qualités respectueuses que possédaient la magicienne. Ce n'était pas les rumeurs qui la feraient changer d'avis, car si Nastran avait un physique horrible elle avait très probablement une personnalité bien différente, quoique de nouvelles rumeurs surgissaient sur son apparence. Jouant le rôle de taupe de temps à autres, elle avait eu quelques discussions avec la jeune femme. Louria était toujours surprise des réactions qu'elle pouvait avoir, d'une logique différente et d'une façon de pensée dépourvue de mauvaise foi. Certes, elle avait à son actif un nombre inconsidéré de caprices, en contrepartie et de notoriété bien moindre, elle faisait des actions qu'elle qualifiait de “ logiques, et non bonnes ”. Si cette personne était, au regard de la baigneuse, bizarre, elle était appréciable.

    Riant de la persévérance maladroite à se laver, Louria n'en perdait pas pour autant son sens de l'écoute. Ce n'était pas nouveau, que Maleek remette en question la direction du palais, qu'il agisse, par contre, l'était. Une ombre passa dans l'esprit de la belle, légère mais présente. Comment n'avait-elle rien vu venir ? Où étaient les indices, les erreurs oubliées ? L'Intendant avait retenues toutes les fuites, le supposait-elle. L'arrivée de nouveaux gardes ne l'avait pas alerté, du reste elle était trop occupée. Généralement, elle n'agissait qu'en cas de doutes de la part de Nastran, seulement elle avait l'impression d'avoir échoué.

    La baigneuse continua d'observer la toilette du jeune homme, un peu distraite. Elle s'était assise sur le rebord du bassin, battant l'eau de ses jambes, le buste penché en arrière et soutenu par ses bras tendus, paumes contre le sol. Elle soupira, faisant écho au voleur. Mais elle n'avait pas perdu, d'ailleurs elle n'avait rien tenté. Elle devait déjà repérer qui était dans le coup, qui ne l'était pas, et si déjà un membre important de la garde était du bon côté ils avaient de grandes chances. Petites de premier abord, il faudrait savoir les évaluer plus tard. Les derniers ragots étaient assez éloignés des véritables faits ; la magicienne est mourante, le voleur ne veut plus travailler pour elle, et des histoires de mariage. . . Seulement personne ne cherchait à discerner le vrai du faux, et celui qui émettait ces nouvelles était introuvable.

    La jeune femme remarqua que Shahbaz était soudainement plus nerveux, même crispé. Il l'était quand c'était elle qui le lavait, quoiqu'avec le temps cela avait changé. Elle commençait, à force de déduction, à comprendre que la magicienne avait plus d'importance qu'il n'y paraissait aux yeux de Shahbaz. De quel genre ? Pourquoi ? Depuis quand ? Ce n'était pas de la jalousie, du moins pour l'instant. Elle avait beaucoup d'affection envers le voleur, énormément. Elle aimerait qu'il s’intéresse à elle autrement que comme une amie, peut-être une connaissance amicale. Voyant qu'il voulait sortir, elle l'en empêcha en appuyant sur ses épaules, le maintenant dans l'eau. Poussant un peu plus, elle se laissa aller à son tour. Elle planta son regard dans celui du voleur, avec un soupçon de gravité. Elle le retourna, entreprenant de le masser avec des huiles parfumées. Sous ses mains, la jeune femme sentait les muscles tendus de Shahbaz qui ne se décontractaient pas.


    « Tu ne sais pas attendre ? demanda-t-elle. Tu as raison, ce n'est pas une petite crise. Mais être pressé ne va pas arranger les choses. »

    Désormais bien trempée, quelque peu mal à l'aise dans ses vêtements mouillés, elle ne chercha pas à quitter le bain maintenant. Elle aimait bien ces instants, hésitant toujours à tenter quelque chose ou non. La peur de le voir fuir la retenait systématiquement, bien qu'elle ne se privait pas de lui pincer les fesses ou d'en profiter pour caresser son torse. Elle espérait qu'un jour, l'alchimie se produise, malheureusement elle ne venait jamais. Si plusieurs fois elle avait écarté le fait que Nastran puisse intéresser Shahbaz, elle le remettait souvent en question. Après tout, il passait beaucoup de temps ensembles, donc c'était plus que probable. Ce n'est pas de cela qu'elle parla pour autant, sachant que ce n'était pas le bon moment.

    « Ce n'est pas la première fois que ce genre de choses arrivent. Quand tu es riche, tu as forcément ce genre d'ennuis. Maleek tente sa chance, mais Nastran en a vus d'autres avant lui. »

    Tout en le massant, elle regardait les tresses pas très soignées que Shahbaz s'était faites. Une fois qu'elle eût finit avec le corps du voleur, elle s'y attaqua, les dénouant tout en les refaisant mieux bien qu'avec autant de rapidité. Elle finit en rinçant soigneusement les huiles qu'elle lui avait mises, qui maintenant ne laissait qu'un parfum agréable sur sa peau. Une fois qu'elle le jugea prêt, elle le laissa sortir de l'eau, prenant le soin de le sécher, sans l'embêter cette fois-ci, malgré qu'elle passa sur les parties intimes. C'était son travail après tout, on ne pouvait pas dire qu'elle ne faisait qu'en profiter. Elle lui sourit et le laissa s'habiller seul, toujours sans faire de remarques sur les jolies fesses ou bien son bel oiseau. Elle s'éloigna pour essorer ses vêtements, puis siégea sur la banquette, elle gardant le silence. Il n'était pas encore l'heure, et même si il leur faudrait partir en avance ils en auraient trop en partant maintenant.

    *****

    A quelques lieues de là, Nastran ne s'était pas amusée. Passée la surprise, la colère avait doucement pris le dessus. A part le fait qu'elle s'était trouvée bête de s'être fait aussi facilement avoir, elle avait pris conscience qu'un traître était dans les parages. Mais à partir d'un seul, on peut en supposer plusieurs. Si Maleek était le premier à porter le coup, d'autres se situaient derrière lui. Qui étaient-ils ? Combien ? En qui pouvait-elle avoir confiance ? Ces questions sans réponses la frustraient. Dès que Shahbaz fut partit avec l'Intendant, elle fut d'abord immobile, ne sachant quoi faire. Trop nerveuse pour réfléchir convenablement, pour agir également. Elle se sentait humiliée d'avoir presque perdu - presque, c'était déjà trop. Néanmoins, ses bras n'étaient pas baissés. Son orgueil était blessé, et pas qu'un peu.

    Plus tard, une de ses domestiques la tint au courant qu'il lui fallait changer de chambre, ce qu'elle ne voulait pas. Toutefois il n'y avait rien dans sa chambre actuelle, et elle préférait se laisser éconduire sans discuter. Elle aurait peut-être d'autres repères plus tard, ou un peu de. . . chance. Non, elle n'allait pas se mettre à utiliser ce terme là, pas maintenant. Là, il s'agissait d'espérer une heureuse coïncidence, ce qui faisait pitié et pouvait bien abattre son morale si au contraire elle se trouvait affublée de poisse. Dans cette pièce, il n'y avait ni passage secret si seconde sortie, autant voir ailleurs. Ce fut Erez, un de ses gardes les plus fiables, qui l'escorta. D'après lui, ils avaient reçus des ordres inhabituels il soupçonnait en conséquence que quelque chose n'allait pas. Ce n'est qu'une fois le témoignage de Nastran relaté qu'il vit plus clairement dans cette histoire. D'ailleurs, manque de pot, il ne semblait être qu'une dizaine du côté de la jeune femme, au mieux une vingtaine, sans compter le reste de l'Académie.


    « Tsss. . . Nastran est suffisamment intelligente pour se sortir d'affaire. Maleek est sot de vouloir se mesurer à elle. »

    Une pointe d'amusement accentuait son ton enjoué, preuve que la défaite, elle l'avait rarement connue. Si elle avait été plusieurs fois au bord de l'échec, elle avait tendance à avoir le goût de la victoire bien assez vite. Cette fois encore, elle avait déjà une idée, et assez de cartes en main. Certes, pas beaucoup, mais elle n'en demandait pas trop. Elle s'était contentée d'envoyer un message, qu'Erez avait put transmettre sans difficulté. Il était convenu qu'il rejoindrait le voleur une fois qu'il aurait du temps libre, soit très tard.

    *****

    Louria fut assez calme pendant un moment. Si le voleur s'était exprimé, elle n'y avait pas fait attention, lui coupant éventuellement la parole. Toujours aussi distraite qu'un peu plus tôt, elle avait demandé, regardant le jeune homme droit dans les yeux.

    « C'est qui Nastran, pour toi ? Votre relation n'est que professionnel ou. . . ? »

    Remarquant que l'interrogation était un brin personnel, elle l'avait laissée en suspens. Néanmoins, elle attendait une réponse, continuant à le regarder.
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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Elégant et cruel, celui qui cueille la Rose.   Ven 01 Juil 2011, 09:31

    Ne sachant plus quoi faire, je m'étais enfin décidé à sortir des bains alors même que je n'y avais fait qu'un court séjour - un séjour néanmoins -, et ce, malgré la proximité de Louria. C'était tout naturellement sans compter sur la belle qui ne me laissa pas faire ; sans prendre la peine de trop bouger, elle me stoppa dans mon élan en posant ses mains sur mes épaules. Certes, j'aurais pu forcer le passage, mais à quoi cela m"aurait-il avancé ? Par ailleurs, j'avais peur de la blesser en étant trop brute. Autant dire que j'étais à nouveau dans l'eau et elle avait même saisi l'opportunité pour me rejoindre. Un léger soupir, tout juste audible, vint signifier ma résignation temporaire, a fortiori lorsque mon regard croisa celui de Louria : elle avait presque un air sévère en l'instant. Étrangement, elle me fit pivoter sur moi-même et entreprit un massage, sans doute cherchait-elle à gagner un peu de temps. Afin de me détendre - du moins, je suppose -, la baigneuse reprit la parole, me posant une question que nous savions tous les deux rhétorique. J'aurais pu faire de nombreux commentaires sur son " Tu ne sais pas attendre ? ", mais j'estimais la chose inutile : tout le monde savait que j'étais impatient, elle la première, et un peu plus encore lorsque je me trouvais dans les bains... Et puis, elle m'avait donné raison la seconde suivante, ce qui avait immédiatement détourné mon attention et provoqué la naissance d'une satisfaction personnelle appréciable. Soit, elle avait réussi à me faire entendre raison : j'allais attendre sagement parce que ma précipitation n'arrangerait rien à la situation.

    Admettre que je ne pouvais que me conforter à ce qu'on me demandait en l'instant m'était difficile. Je ne pouvais décemment supporter l'Intendant, aussi j'étais impatient de lui régler son compte d'une quelconque façon que ce soit. Le voir aux côtés de Nastran, fier ; l'entendre simplement déblatérer de potentiels mensonges... Pour une raison que j'ignore, dès l'instant où je l'ai vu, je n'ai pu me résoudre à l'apprécier mais le monde est bien fait après tout, car il en est de même pour lui. Louria avait beau me masser, rien n'y faisait et elle serait sans doute incapable de me détendre tant que cette histoire ne serait pas réglée : j'avais la tête ailleurs et si je n'étais pas encore désagréable, c'est bien parce que c'était elle qui s'occupait de moi. Quand bien même j'appréciais également les autres baigneuses, j'étais moins proches de celles-ci, alors l'ambiance aurait été peut-être plus électrique. Avec Louria, je me contentais de me taire tout en la laissant faire son métier même si, parmi ses gestes experts, je pensais déceler quelques... moments de relâchements dirons-nous. Cette fois pourtant, la belle s'était montrée relativement sage, et elle ne tarda pas à relancer la conversation, si conversation il y avait seulement, car force est de constater que je ne parlais que bien peu.

    Si ce n'était pas la première fois que Maleek tentait de s'approprier le pouvoir, il devait avoir passé récemment un certain cap puisque jusqu'alors, je n'avais jamais rien remarqué à son propos. A bien y réfléchir, j'avais tout juste entendu parler de lui avant qu'il ne surgisse dans l'une des chambres de Nastran tandis qu'elle venait de retirer son masque. De toute façon, ce n'était pas un argument : peu m'importait qu'il ait déjà fait des tentatives par le passé, celle-ci était plus importante que les autres. D'ailleurs, s'il avait tenté plusieurs autres percées par le passé, pourquoi était-il toujours impuni ? Louria avait raison, le patrimoine que possédait Nastran devait nécessairement faire des envieux, il était malheureusement normal de s'attirer des ennuis en effet... Mais ce n'est pas pour autant qu'il fallait s'en moquer, pas alors que j'étais dans la partie, en tout cas. Certes, à nouveau elle marquait quelque point en affirmant que Nastran avait vu d'autres problèmes avant les caprices de Maleek... Il n'empêche que la petite magicienne n'était pas infaillible, et c'est ce qui me préoccupait le plus, je dois l'avouer.

    Tout en parlant, le massage de Louria s'était atténué et il prenait maintenant fin, visiblement. Je ne sais pas, d'ailleurs, si elle s'était arrêtée parce qu'elle commençait à être lasse, parce que le massage était bel et bien terminé ou parce que son massage était simplement inutile face à la tension qui parcourait mes muscles. Quand bien même le massage était terminé, elle ne me laissa pas partir pour autant et entreprit de me coiffer, chose qui m'arracha une grimace d'appréhension je l'avoue. J'avais eu tort cependant : elle ne mit guère de temps à tresser derechef mes cheveux et en un claquement de doigts, j'étais tout près. Après m'avoir rincé, la baigneuse m'autorisa implicitement à sortir enfin des bains, et inutile de préciser que je n'ai guère tardé. Tout juste sorti, Louria se chargea de me sécher mais elle me laissa m'habiller seul - chose remarquable. Alors que j'enfilais distraitement mes vêtements, elle se chargeait d'essorer les siens, après quoi elle prit place sur une des banquettes. Pour une raison que j'ignore, Louria était soudainement plus sérieuse... C'était, tout du moins, l'impression que j'avais d'elle. Peut-être était-ce seulement parce qu'elle était songeuse. En tout cas, et contrairement à d'habitude, je la trouvais bien plus silencieuse. Une fois mes vêtements enfilés, j'imitai Louria en prenant place sur une banquette. Mes avants-bras se posèrent sur mes cuisses et, alors que mon dos était vouté, j'observais les motifs du sol avec une passion non dissimulée. L'espace d'un certain temps, elle, tout comme moi, gardâmes le silence. C'est moi le premier qui craqua pourtant : inquiet de la voir aussi distraite, j'avais vainement tenté d'entamer une conversation, cela dit, ce fut un échec cuisant et je ne pèse pas mes mots : c'est à peine si elle m'entendit. Elle ne prit d'ailleurs même pas la peine de répondre ou de feindre une réponse, le sujet fut brièvement dévié et le silence retomba, plus insistant que jamais. Cette fois-ci, ce ne serait pas moi qui romprais le silence ; un échec par jour me suffisait amplement et j'avais horreur d'être ignoré, quand bien même je n'en tenais nullement rigueur à la baigneuse.

    Rares étaient les fois où nous nous retrouvions en tête-à-tête en dehors du bain en lui-même ; mais même si je ne m'étais jamais réellement attardé sur la question, j'avoue ne m'être jamais imaginé une ambiance aussi glaciale. Louria finit par rompre le silence à son tour, mais peut-être aurait-il mieux valu attendre calmement que l'heure ne vienne. Sa voix me sortit de mes pensées et ma tête se redressa au moins, même si le restant de mon corps se refusa purement et simplement à bouger. Je ne pensais pas qu'elle me regardait aussi fixement alors qu'elle parlait si bien que je fus surpris de croiser ses beaux yeux ; un peu plus encore, étant donné le sujet abordé. Mon premier réflexe fut de ricaner à demi-mot. Finalement, après cette question, le silence me paraissait bien plus supportable qu'auparavant et à bien y réfléchir, l'ambiance n'était pas si glaciale que cela... J'avoue avoir espéré, pendant un court laps de temps, pouvoir échapper à ce regard insistant, mais ce fut en vain : Louria avait posé une question et elle désirait visiblement une réponse. Une réponse qui devrait être précise, sans doute, contrairement à la question qui laissait planer le doute. A bien y réfléchir, je ne sais pas vraiment si c'est la question en elle-même qui me dérangeait, ou s'il s'agissait de la réflexion qu'elle entraînait. La baigneuse venait de me mettre face au mur, et je n'avais plus l'opportunité de contourner l'obstacle désormais. A mon tour d'être distrait : mon torse se redressa un peu et ma main droite vint frotter ma nuque alors que je réfléchissais sérieusement à la question posée. Au point où j'en étais de toute façon : après tout, je n'avais pas répondu dans la seconde, je n'étais donc pas vraiment sûr de moi, au mieux, ou alors je cherchais désespérément à nier, au pire.

    Alors que les questions se multipliaient en l'absence de réponses concrètes, seul mon rire fut capable de s'exprimer, et encore : seulement légèrement. Jouer la carte du rire était parfaitement pitoyable et je m'en rendais bien compte. Je ne savais même plus s'il valait mieux être sincère, tenter de répondre ce qu'elle désirait potentiellement entendre ou encore mentir en prétextant une chose dont je n'étais pas sûr. Finalement, un sourire étira quand même mes lèvres et mon corps reprit la posture précédente, si ce n'est ma tête qui restait relevée afin que mes yeux ne se détachent pas de ceux de Louria.

    - C'est parce que tu te posais cette question, que tu étais si distraite ? ; l'heure était encore au sourire et j'en profitais, car ça n'allait pas durer ; Quant à la question en elle-même... ; voilà, le sourire avait disparu ; Il n'y a rien de concret entre Nastran et moi si ce n'est une relation professionnelle. Après... On peut peut-être aller jusqu'à dire que je suis un ami vis-à-vis d'elle. Elle en est une pour moi en tout cas, exactement comme toi. Au fond, je n...

    " Ne l'apprécie pas plus que toi " ? Mensonge. J'appréciais Louria, bien entendu, mais il me semblait préférer encore Nastran. Les deux étaient des amies, et pourtant l'attachement que je portais à chacune était différent. Bien sûr, si Louria m'avait posé la question le jour de mon arrivée, je lui aurais dis que tout n'était que professionnel, exactement comme avec elle. Étrange... Je ne me rendais compte qu'aujourd'hui des similarités qui pouvaient bien exister entre la relation que j'avais avec Nastran et celle que j'avais avec Louria. Elles avaient débuté à peu près au même moment et de la même façon : avec réticence. Et puis les jours, les semaines et les mois passants, j'avais appris à connaître ces deux femmes. En y réfléchissant à deux fois, la question que m'avait posé Louria ne m'intéressait pas, celle qui me tourmentait actuellement était la suivante : à partir de quel moment les relations ont divergé ? Pourquoi sont-elles restées semblables pendant longtemps et pourquoi maintenant, sont-elles différentes ? Depuis quand ? Et comment ai-je fait pour ne me rendre compte de rien ? Impossible désormais de finir la phrase que j'avais commencé et mis en suspens. Mes avants-bras se redressèrent et mes mains vinrent prendre appui sur mes cuisses alors que je me redressais. Mes bras s'étirèrent l'espace d'une seconde et retombèrent finalement dans le vide. Ce n'est qu'alors que, en souriant, je mis fin à ma phrase interrompue après l'avoir quelque peu modifiée, dirons-nous.

    - Mais au fond, je ne sais pas vraiment. On y va, maintenant ?
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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Re: Elégant et cruel, celui qui cueille la Rose.   Lun 11 Juil 2011, 19:38

    Dénotant les premières réactions du voleur, Louria continuait d'attendre. La patience, elle en avait à revendre, et le rire gêné, le silence, toutes ces petites choses ne la frustraient pas. Elle pouvait rester ainsi longtemps, sans détourner une seconde son regard. D'une façon, elle avait conscience qu'elle cernait Shahbaz, comme elle s'amusait à le faire avec d'autres. Nous pouvons qualifier la baigneuse de vicieuse - non, petits frippons, pas dans ce sens ! - puisqu'à chaque geste, chaque réaction, elle apposait une signification. Sans même s'en rendre compte, elle analysait le pauvre Shahbaz sans aucune honte. Le petit rire, c'était celui d'une personne prise sur le fait. Pourtant, le jeune homme n'était en rien coupable, il n'avait pas à se justifier. Généralement, les gens répondent à ce genre d'interrogations à cause de l'effet de surprise.

    La pause avant la réponse la laissait supposer que Shahbaz avait besoin de temps. Pas des jours, ni des heures, juste un court instant. Ce qu'il lui dirait serait peut-être un mensonge, soit envers elle soit envers lui, ou une vérité très évasive. Elle pressentait ces choses-là, son instinct étant peut défaillant. Le voleur commença par une question sans attente de retour, par ailleurs elle l'ignora facilement, puis elle fut plus alerte ainsi que présente, et elle ajusta sa posture. La prochaine révélation était plus ou moins ce à quoi elle s'attendait. L'hésitation ne collait pas avec la fin qu'il lui avait donné par contre, ou très peu. Elle fut piquée mais ne resta pas sans répondre.


    « Pfff ! elle croisa ses bras sous sa poitrine assez moyenne habituellement, lui donnant inexpressément plus de volume, puis reprit normalement d'un ton légèrement frustré : Oui, oui, on y va. . . - seulement, elle avait l'impression d'avoir une arrête au travers de la gorge et ne put s'empêcher de continuer : Tu sais ce que ça veut dire, “ je ne sais pas vraiment ” ? Ca veut dire que tu as des sentiments assez forts pour douter là-dessus. Soit tu les redoutes, soit tu espères que ce soit réciproque. »

    Fâchée ? Juste un peu. Elle avait eu l'impression d'entendre ce qu'elle pensait à leur sujet, soit quelque chose qu'elle savait déjà, selon elle. Ce genre de répétitions l'avait agacé, bien que réellement, elle ne savait pas ce qui dérangeait. L'éventualité que Nastran soit plus proche de Shahbaz qu'il ne le laissait entendre ? Ce n'était pas le beau sourire du jeune homme qui allait la calmer, au contraire. . . Comme il ne discutait pas des heures de ses conquêtes, la baigneuse craignait qu'il n'en ait beaucoup. Crainte qu'elle lui avait auparavant confiée. Heureusement qu'elle n'avait pas rajouté qu'avec une gueule comme la sienne, les filles qui lui couraient après devaient être nombreuses et belles de surcroît. Déjà qu'il en avait conscience, elle n'allait pas en mettre une couche de plus. Elle se leva, retirant la clé de sa cachette, et s'en alla ouvrir la porte sans un mot, toutefois sans le bouder. Les bains étaient pratiquement vides, seules quelques domestiques restaient pour nettoyer et mettre de l'ordre. Louria répondait aux dernières salutations, annonçant la fin de son service, prenant également la peine de laisser sous-entendre une petite sortie avec Shahbaz. Ses collègues redoublèrent de rires à l'attention de l'élu et lui dirent bonsoir également. Une fois dans les couloirs, elle fut bien plus sérieuse.

    Comme le voleur, elle se mit à éviter consciencieusement les gardes, jetant parfois un regard en arrière pour vérifier si il suivait bien. Elle ne doutait pas de ses capacités, seulement elle avait ce réflexe assez bête. Elle n'aimait pas devoir faire attention, elle préférait de loin courir et hurler à pleins poumons comme une folle. Tout ces détours, ces anticipations, ce n'était pas un jeu, plutôt un problème mathématique. Après avoir traversés moult couloirs, elle s'arrêta devant une porte, puis l'ouvrit. Ce n'est qu'une fois à l'intérieur qu'elle comptait lui donner plus d'explications. Ils étaient dans l'un des multiples salons du palais, l'un des moins important. Elle se garda d'allumer la lumière, de ce fait le mobilier n'était visible qu'au travers de la pénombre. Passant son bras autour de la taille du jeune homme, elle poursuivait avec fluidité la descendante de sa main là où est située la partie dite la plus virile.


    « On est un peu en avance, on pourrait en profiter, non ? »

    Toutefois, elle se délia aussi vite qu'elle avait agit précédemment puis s'appuya sur le mur près de la porte, bras croisés. Ses habits avaient commencé à sécher et moulaient bien moins ses formes que tout à l'heure, néanmoins elles restaient perceptibles expressément.

    « Un garde va venir te chercher. Il va t'amener jusqu'à Nastran, je n'en sais pas plus. Au revoir, Shahbaz. »

    Sur ces mots, elle s'en alla, sans embêter davantage le voleur. Ce sera pour une prochaine fois, foi de Louria.

    ***********

    Afin de ne pas culpabiliser, ou pour marquer son territoire, les deux peut-être, ou bien faire changer les sentiments de Nastran, les trois peut-être, sinon pour. . . Pour quelques raisons, Maleek avait tenu à faire un cadeau à la magicienne. Elle ne s'était pas laissée amadouer, plus énervée qu'autre chose. La fin de sa journée : un ennui mortel et fatiguant. Outre l'aménagement de sa chambre, un peu de lecture, il n'y eut pas plus de mouvement. Elle avait refusé toute compagnie, se faisant qualifier de désespérément associable aux dernières rumeurs. Elle ne voulait que Seigneur, un lion des plus antipathiques. En bon matou sauvage, il faisait comprendre lorsqu'on empiètait de trop sur ses plates-bandes. Autant dire que cela ne lui plaisait pas du tout.

    En ce moment, la magicienne n'avait pas été dans sa chambre. Elle était dans la bibliothèque, le lion à ses côté. Comme avec la panthère, elle lui faisait la lecture ( ouvrage passionnant sur les symboles des bijoux, et ce n'était pas un hasard ), et comme Ghilia, Seignneur en avait un peu rien à faire. Il levait la tête quand elle lui montrait les images, plus parce qu'elle les lui mettait sous le nez que par volonté propre. Néanmoins, elle ne s'arrêtait pas, et le pauvre fauve devait subir l'étude des différentes pierres, de leur significations, des maillages, et cetera. Quand il voulait s'éloigner, elle le ramenait, le traitant d'impoli, et quand il voulait jouer cela ne durait pas puisqu'elle perdait tout de suite. Habituellement, c'était plus amusant puisqu'elle avait sa magie, mais comme elle ne pouvait en disposer cela ne pouvait l'être.

    Une fois que les soucis de sécurité furent réglés, Maleek partit pour donner son présent. Il trouva Nastran en tailleur, entourée de plusieurs livres et manuscrits. Cela le fit rire intérieurement, étant donné qu'il la pensait incapable d'agir. Elle pouvait faire autant de recherches qu'elle le voulait, il avait déjà fait garder le laboratoire et les différents ateliers, et il ne comptait pas la laisser sans surveillance. Seigneur, flairant un mâle étranger, se mit sur sur ses quatre pattes et rôda silencieusement. L'Intendant n'en fut pas intimidé, c'est à peine si il faisait attention à l'animal. Nastran, qui avait tout suivit du regard, ne tarda pas à planter ses prunelles vertes dans celles bigarrées de son ennemi. Il sentit de suite qu'il n'était pas le bienvenu, pourtant il s'approcha d'elle, faisant fi de sa colère. Il s'accroupit, posant un genou au sol pour plus de confort. La jeune femme replongea le nez dans sa lecture, malgré qu'elle ne lisait pluss. Froissé de cette attitude, il fut aussitôt refroidit. Prenant sur lui, il tendit une boîte. Sans surprise, elle ne la saisit pas. Elle se détourna, posant le livre au sol. Maintenant assise de profil, ses jambes étaient reliées et pliées. Ses doigts s'emmêlaient et se démêlaient entre eux, son regard rivé sur la pointe d'un des multiples bouquins.


    « Tu sais que Nastran n'apprécie pas ta présence, il n'en est pas mieux de tes présents.
    - Je sais, mais ça ne m'empêche pas de. . . »


    Le soupir de la jeune femme l'interrompu promptement. Il ne voyait pas trace de colère ou de rancoeur, seulement du regret.

    « Maleek, arrête-toi maintenant. Tu as déjà fait trop d'erreurs, dit-elle avant de changer de sujet, puisque pour elle il y en avait deux distincts. Tu ne sera plus sans savoir que Nastran voit les cadeaux comme un signe de possessivité dans le cas actuel, dernièrement de la générosité ou pire : de l'affection.
    - De quoi tu parles ? répondit-il, dubitatif.
    - C'est évident pourtant ! Lorsqu'un homme veut s'approprier une femme, le plus souvent il doit prouver qu'il est capable d'en prendre soin, de quelques façons que ce soit ; matériellement, ou ne serait-ce que la nourrir ou la consoler. Officiellement, cela s'appelle une dot. Une femme seule a du mal à évoluer dans la plupart des sociétés, par conséquent elle peut se voir forcée d'accepter. Nastran avait plus besoin de ton image masculine que de tes services. Ce n'est plus le cas désormais. »


    Un silence, le temps que les informations remontent bien. Sûrement pas douée en amour, la magicienne avait quand même eu de très bons percepteurs qui l'avaient menés à une vision du monde presque insensible. Ce qu'elle venait de dire n'était pas le récit d'une leçon, au contraire elle comprenait le sujet qu'elle abordait et avait pu l'observer plusieurs fois, que ce soit des contes, ou la biographies de grands personnages ( les écrivains ne lésinaient pas sur les détails quand il s'agissait des offrandes ), voir de sa propre famille.

    « Ce que tu dis est. . . laisse à réfléchir. . . accepte, c'est tout.
    - Tu es conscient que cela ne changera en rien la situation ? »


    Maleek ne répondit pas, il se contenta de se lever et de l'observer. Il ne savait pas si l'attitude rassise de sa cousine était bon signe, ou au contraire si il devait rester sur ses gardes. Il s'était attendu à un comportement énervé, à ce qu'elle le repousse sans ménagement. Il n'avait eu qu'un regard noir et des informations sur les relations entre sexes opposés. La jeune femme avait analysé le coffret large d'une paume et haut d'un pouce. Pas d'ornements, juste de la simplicité. Enfin, elle l'ouvrit, découvrant un flacon aussi simple que son emballage, relativement petit. Elle ne fut pas émerveillée, seul le scepticisme empruntait son visage. Elle tenait la fiole délicatement, la tournant pour changer d'angle.

    « Du poison ? Un filtre de folie ? Ou d'amnésie ? questionnait-elle.
    - Ce n'est rien qu'un parfum, répliqua l'Intendant, vexé.
    - Un parfum implique de connaître le destinataire, tu aurais du prendre autre chose. »


    A son tour, elle se mit debout, laissant l'écrin et la fragrance sur une table. Malgré sa petite taille, elle dégageait une assurance déplaisante, qu'elle-même ne se connaissait pas.

    « Tu peux le garder, ce n'est pas cela qui réglera les différents entre Nastran et toi. Par ailleurs, elle a envoyé une lettre déléguant tout à son oncle et sa femme. Le reste ne dépend que du temps. »

    Peu habitué aux yeux verts de la magicienne, il ne pouvait le lire. Bluff ou réalité, il ne savait quoi faire. Dans un premier temps, sa bouche fut close et son regard fut dur. Ne pouvant le soutenir plus longtemps, Nastran finit par baisser le siens. Etonnamment, dans un seconcond temps, il tourna les talons et quitta la salle, sans chercher l'affront. Elle ne tarda pas à s'en aller à son tour, regagnant ses nouveaux appartements, Seigneur à sa suite.

    Il n'y eut rien d'exceptionnel jusqu'à la minuit. Pas de nouvelles de son cousin, pas un événement étrange, rien de suspect. Un calme trop plat après cette dernière annonce. S'était-il fait une raison ? Probablement pas. Cela n'empêcha pas la magicienne de vivre. Des coups furent frappés sur sa porte, légers et hésitants. Elle ouvrit et vit une domestique de comportement exagérément réservé. Sans un mot, elle lui donna un plateau et fila rapidement. Cela aurait pu paraître normal si elle n'avait pas constamment baissé la tête. Elle reconnu facilement la boîte reçue plus tôt et faillit laisser le tout sur le palier - il y avait aussi un verre remplit d'un liquide rouge - , mais Seigneur vint mêler son museau à l'affaire, grognant doucement. La magicienne avait caressé la grosse tête du félin pour l'apaiser, rien n'y fit. Il cherchait encore la boîte, elle dut le reprendre pour qu'il soit plus sage, ce qu'elle faisait presque tout le temps. Posant l'ensemble sur son lit, elle fit quelques pas, allant et venant. Une deuxième fois, elle ouvrit l'écrin. A part son contenant, rien n'avait changé. Cette fois il s'agissait d'un sachet en soie blanche tâché d'un vieux rouge, comme du sang séché. Plutôt que de tout examiner maintenant, elle versa le liquide dans un flacon précédemment vidé et prit la boîte avec elle. Avant de s'en aller, elle enfila un anneau sans nom, elle l'appelait simplement “ Anti-Charisme ” par son pouvoir appréciable, et prit les quelques ouvrages ramassés à la bibliothèque.


    Sans éveiller de soupçons, elle parvint jusqu'au laboratoire. Grâce à l'anneau elle était presque invisible, il portait bien son nom d'adoption. Le fauve en revanche avait fait s'écarter les rares personnes éveillées à cette heure. Maleek ne devait pas s'attendre à ce que quelqu'un veuille faire des expériences ( en même temps, au beau milieu de la nuit, il y a mieux à faire ), il n'avait donc laissé que très peu de surveillance à cet endroit. Seulement deux étaient contraignants pour les prochains arrivants. Elle posa toutes ses affaires sauf un livre. Il lui servit d'arme pour assommer l'un de ses gardes. Le second fut alerté et le pouvoir de l'anneau envolé - en effet, il suffisait d'attirer l'attention pour briser l'enchantement. Seigneur lui sauta dessus, l'homme n'osa pas lui faire de la résistance. A l'ordre “ tapis ”, le lion s'allongea, l'écrasant de son poids.


    « N'essayez pas d'alerter qui que ce soit ou Nastran lui ordonne de vous manger la tête. »

    Phrase dissuasive qui fit garder le silence au malheureux, face au félin qui se pourléchait les babines sans savoir de quoi sa maîtresse avait parlé. Cette dernière s'agenouilla près de l'homme, réfléchissant en lui mettant la tête en arrière, mains sous le menton. Elle se mit à tâter du pouce tout en cherchant à se souvenir de ce qu'elle voulait faire ; rendre la victime inconsciente. Elle exerça une pression qui arracha une grimace au garde puis un relâchement total. Attacher les deux hommes et les enfermer sans faire de bruit ne fut pas un jeu d'enfant, surtout la partie où elle devait les déplacer. Une fois cela fait, il ne restait plus qu'à ouvrir la porte. Fermée à double tour. De désespoir, elle leva les yeux au ciel. Elle avait toujours su que la précipitation nuisait à sa façon de faire, entre autres un nombre d'erreurs pouvaient être commises. Mais puisqu'elle était Nastran, elle trouvait systématiquement une solution. Se laissant quelques minutes, elle finit par se réjouir, fibules en main, jouant avec la serrure. Le déclic fut la plus belle chose entendue depuis un bon moment.

    **********

    Comme à chaque entrée d'un nouvel arrivant, une présentation est nécessaire*. Erez est entré assez tôt à l'Académie. Il y a même toujours été, puisque son père y fut également pour les mêmes fonctions. Il n'a pas de relations particulières avec Nastran, si ce n'est qu'il avait déjà servit son père avant. Dans la trentaine, il n'a pas de charmes particuliers en dehors de sa musculature imposante. Ses yeux et ses cheveux sont aussi noirs que de l'encre. Son seul signe distinctif est une canine en argent, récemment posée. Pour rejoindre le voleur, il s'était défait de sa tenue de fonction pour une autre moins voyante : un pantalon et une tunique. Il ne fit pas de cérémonies et fit une brève salutation à Shahbaz. Les discussions, ce n'étaient pas pour lui, sans rancoeur pour le jeune homme. Il ne voyait pas de quoi parler avec lui, d'autant plus qu'ils ne s'étaient jamais rencontrés. Le même schéma qu'avec Louria se répéta, par contre se fut pour une direction différente. Connaissant mieux ses subordonnés, il fut plus rapide que la baigneuse, ils furent arrivés à destination avec une vingtaine de minutes d'avance. Par chance, Nastran était là, et semblait l'être depuis longtemps.

    **********

    Tubes, béchers, doseur, équerre. . . Un tas d'instruments dont l'utilité n'avait aucun sens aux non initiés, et dont les formes laissaient perplexes. Ne parlons pas des produits utilisés : les poisons ressemblaient à de douces lotions, à l'inverse celles-ci mimaient les poisons. Eclairée par de faibles lueurs, Nastran faisait la chimiste en étudiant la nouvelle surprise, une fois la bague retirée - rien à voir avec les bracelets. Dans le sachet elle avait trouvé une canine extraite avec la racine. Sachant pertinement de quoi il s'agissait, elle ne pouvait rien pour l'instant. Autrement, elle avait tenté quelques expériences avec le breuvage rouge. Son odeur principale était la rose, ses notes de fond étaient douces bien qu'inconnues. Elle l'avait fait bouillir, évitant précautionneusement d'en respirer les vapeurs, l'avait mélangé à d'autres substances, n'obtenant aucune réaction particulière. La magicienne avait faillit le délaisser, se disant qu'il s'agissait uniquement d'une boisson comme une autre. C'est alors qu'elle avait pris le risque d'en faire goûter une partie à Seigneur. Peu après, ses rugissements furent comme. . . Faibles, sans l'être. Davantage des feulements d'ailleurs. Comprenant le pourquoi du comment, elle le fit sortir, presque rougissante. Ainsi, Maleek avait osé ? Quand bien même c'était le cas, il devait penser qu'elle ne boirait pas. Il avait oublié un élément, ou fut trop bête. Le reste fut remit dans le flacon et très bien clos, puis de côté.

    Son dernier travail fut sur un fusil. Elle s'occupait de la poudre d'une balle quand les deux hommes firent leur entrée. Elle releva la tête et s'approcha d'eux. Pas trop, cela lui rappelait sa petite taille, de plus elle n'était toujours pas accoutumée aux faibles proximités.


    « Bonsoir Messieurs, dit-elle. Vous êtes en avance. »

    La demoiselle ne leur laissa pas le temps de s'expliquer, et si elle les avait saluer ce n'était que par convenance.

    « Erez, vous devez trouver un homme qui a perdu une canine il y a moins de quelques heures. Il doit être fort et populaire. Redoublez d'attention, cela aurait put être vous. C'est valable pour toi Shahbaz.
    - Ce sera tout ? demanda le garde.
    - Non. Dès que vous l'aurez trouvé, vous lui donnerez ceci - elle lui remit la dent. Dîtes-lui de la conserver dans du sel.
    - Ce sera vraiment tout ?
    - Pour l'instant. Contentez-vous de tenir vos hommes prêts à l'attaque et surtout ne tentez rien. Vous pouvez y aller. »


    Inclinant le buste, il fit sa sortie. Pour la première fois depuis une bonne poignée d'heure, elle était enfin seule avec Shahbaz. Hélas, ce ne serait pas pour passer du bon temps, rire et se disputer comme ils le faisaient si bien, toutefois elle ressentait un certain apaisement. Elle ajusta le voile sur ses cheveux qui avait tendance à chuter depuis qu'elle avait retirées les deux barrettes. Les événements lui faisaient parfois oublier qu'elle n'avait pas de masque. Une fausse illusion d'aisance, mais c'était déjà ça en moins.


    « Comment vas-tu, à part les quelques problèmes qui courent? »

    Lui laissant le temps de s'exprimer, elle tira une chaise non loin d'une étagère. Ca allait, pour si peu elle n'avait pas besoin des gros bras du jeune homme. Elle monta sur le siège, levant à peine sa robe afin de ne pas s'emmêler les pieds, ensuite elle se mit à observer les divers récipients. Les couleurs et les textures ne manquaient pas, bien qu'elle ne se préoccupait particulièrement de ceux qui contenaient une substance poudreuse et violette. Elle n'interrompit pas son examination quand elle finit par demander :

    « Shahbaz, aurais-tu du temps pour une mission ? »





    * Je ne me laisserait pas contrôler par ce nouveau personnage, j'ai d'ailleurs précisé dans le contrat qu'il n'a pas le droit de prendre trop de place. Voilà.
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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Elégant et cruel, celui qui cueille la Rose.   Dim 24 Juil 2011, 14:03

    Elle semblait contrariée et c'était inhabituel il faut le reconnaître. Oui, Louria n'était sans doute pas satisfaite de la réponse que j'avais bien pu lui apporter et je ne me faisais pas d'illusions : elle avait sans doute cerné le fond du problème, si problème il y a seulement. Quelque part, son soupir m'avait fait comprendre que la conversation reviendrait tôt ou tard et qu'elle ne se contenterait certainement pas des réponses évasives que j'avais pu lui apporter s'il y avait, d'ailleurs, ne serait-ce qu'une réponse, ce dont je doutais moi-même. Lorsqu'elle accepta de quitter enfin les bains, elle semblait boudeuse ou, si ce n'est cela, au moins déçue avec, peut-être, une pointe d'autre chose, quelque chose qui, en tout cas, ne laissait pas espérer un quelconque abandon dans la voie empruntée. Malgré son "oui, oui, on y va", la belle baigneuse n'avait pu s'empêcher d'apporter de nouvelles précisions, détaillant mes propos et répondant éventuellement à quelques unes de mes questions. Force est de constater qu'elle perdait son temps, pourtant : je lui avais répondu aussi précisément que possible, et malgré la difficulté de la question posée, j'avais tenté d'être au plus clair en me contentant de l'essentiel sans surcharger mes propos de détails ou de choses susceptibles de lui faire perdre de vue la question initiale. Autant dire qu'à mes yeux, le sujet était clos, aussi elle pouvait parler autant qu'elle le voulait, elle n'obtiendrait plus un seul commentaire de ma part, sur ce sujet en tout cas... Mais au fond, peut-être avait-elle raison d'insister. Certes, elle se contentait de me donner son avis et quand bien même je ne le commentais pas, je l'entendais au moins inconsciemment. Certes, les sentiments étaient suffisants pour que le doute soit présent, mais il était possible de retourner le problème autrement : bien sûr, je pouvais douter des sentiments que j'éprouvais vis-à-vis de Nastran. A l'inverse, je pouvais également douter des sentiments que j'éprouvais à l'égard de Louria et la comparaison s'avérait délicate dans les deux cas. Un "je ne sais pas vraiment" invitait au doute, certes, mais il me semblait ne pas avoir été assez clair pour qu'elle y accole un sens exact. C'était peut-être sans compter sur ses sentiments et sur la question initiale, cela dit. Après tout, c'était Nastran qui était visée alors il serait logique de comparer ma relation avec Louria à celle de Nastran et non l'inverse. Bizarrement, si la première remarque de la jeune femme m'avait exaspéré, la seconde m'avait presque fait sourire. Malgré ce qu'elle pouvait bien ressentir pour moi, j'avais l'impression qu'elle serait une amie de bon conseil à l'avenir, et ce, quelque soit le sujet abordé. Peut-être n'était-ce là qu'une mauvaise intuition et je ne prétendais pas avoir la science infuse en la matière, mais sait-on jamais. En y repensant, les doutes se faisaient de plus en plus grands car, à plusieurs reprises, j'avais eu avec Louria diverses conversations me concernant, ou touchant en tout cas aux relations amoureuses que j'étais susceptible d'avoir. Visiblement, c'était un sujet qui la troublait et lui déplaisait fortement tant qu'elle n'était pas concernée.

    Récupérant la clé dans son décolleté après s'être levée, Louria n'avait pas mis de temps à sortir, et même si elle m'avait semblé quelque peu fâchée en quittant la pièce, voilà que sa bonne humeur habituelle resurgissait en présence de ses collègues. Semblant oublier tout ce qui avait bien pu être dit précédemment, la belle baigneuse avait annoncé la fin de son service avec une fierté que j'avais du mal à cerner, cela dit, lorsque les rires se firent entendre et que les regards se tournèrent vers moi, la fierté préalable fut immédiatement plus compréhensible. Quelque part, je trouvais Louria irrécupérable mais chez elle, c'était presque une qualité. Il fallut un certain temps pour regagner le salon dans lequel nous avions rendez-vous : la traversée des couloirs fut relativement simple en elle-même, mais la présence des gardes et leurs nouvelles rondes étaient un peu plus difficile à appréhender. A bien y réfléchir, je ne sais pas si j'aurais pu faire mieux que Louria si le but avait été de ne pas se faire repérer, car, après tout, je peux compter simplement sur ma rapidité et mon agilité pour les semer. Cela dit, en l'espèce il ne s'agissait pas là d'un jeu et il me fallait être calme et posé ; autant dire que j'étais davantage concentré sur mon comportement que sur les gardes. Le salon dans lequel nous devions nous rendre était assez restreint, disons plutôt qu'il en existait de plus spacieux à ma connaissance. Pour ce que j'avais à y faire de toute façon, c'était amplement suffisant. Une fois dans le salon, Louria referma la porte et se garda bien d'allumer la lumière. Aux vues de ce qui se produisit par la suite, je ne sais toujours pas si elle s'abstint d'éclairer la pièce pour ne pas que l'on nous repère, ou si elle s'abstint pour profiter de l'obscurité et tenter un rapprochement. Encore maintenant, j'avoue avoir quelques doutes, quoiqu'il en soit, la porte tout juste fermée, elle s'était rapidement collée à moi et l'un de ses bras enserrait désormais ma taille. Je ne sais pas réellement pourquoi son comportement ne m'étonna pas plus que de mesure. Toute proche, sa main avait tendance à descendre un peu trop le long de mon ventre, et à sa suggestion, elle n'obtint qu'un soupir. A nouveau, le doute demeure et je ne sais trop si c'est mon soupir qui la contraint à se reculer aussi vite qu'elle s'était approchée, ou si c'était plutôt les raisons qui nous avaient amené ici elle et moi. Louria recula jusqu'au mur soutenant la porte tandis que je détaillais les meubles de la pièce, meubles que j'avais d'ailleurs un peu de mal à discerner entièrement étant donné la pénombre ambiante. Alors que je cherchais à détailler une sorte de petite commode, j'écoutais la baigneuse d'une oreille distraite et même si je ne fis aucun commentaire, j'avais bel et bien compris qu'on viendrait à nouveau me chercher pour me trimbaler une nouvelle fois dans l'Académie, mais jusqu'à Nastran, cette fois. Étonnamment, la belle ne s'attarda pas à mes côtés et lorsque j'eus fini de détailler le meuble, me retournant enfin vers la jeune femme, elle avait déjà disparu. Le départ précipité de Louria m'arracha tout de même un soupir : elle aurait pu rester avec moi jusqu'à ce que ce fameux garde arrive, non ? D'ailleurs, l'idée selon laquelle le petit voleur que j'étais allait se faire escorter par un garde me laissait un goût amer dans la bouche. A priori, c'était Nastran qui avait établi tout ce stratagème, mais si c'était bel et bien le cas, elle aurait au moins pu s'abstenir de me faire escorter par un garde, quand bien même c'était la solution la plus simple et la plus sûre également.

    Être enfermé entre quatre murs, dans le noir et sans aucune activité me déplaisait fortement, je devais l'avouer. A en juger par le temps d'attente entre mon arrivée et la venue du garde, Louria m'avait amené là en avance et elle aurait donc pu avoir l'amabilité de rester pour me tenir compagnie : je ne manquerai pas de le lui faire remarquer la prochaine fois que je la verrai, si cette situation de crise prend fin un beau jour. Faute de mieux, j'avais pris place sur la commode que j'avais détaillé au préalable : sensiblement avachi, mon dos était appuyé contre l'un des murs et ma tête était sensiblement penchée en arrière. J'avais détaillé tout ce qui était possible et imaginable dans cette pièce, tout ce que la pénombre me permettait de détailler aussi, d'ailleurs. Finalement, j'étais plongé dans un tel ennui lorsque le garde vint me chercher, que je me surpris à apprécier sa venue : encore quelques minutes et je lui sautais presque dans les bras. Malgré la pénombre ambiante, le visage de cet homme d'une trentaine d'années ne me disait strictement rien, sans poser de questions toutefois, je me contentai de descendre de mon perchoir pour le suivre au travers des couloirs à nouveau. Le chemin, cette fois-ci, fut bien plus rapide ou tout du moins, plus fluide. L'homme qui m'accompagnait semblait sûr de ce qu'il faisait, il semblait connaître le parcours des gardes sur le bout des doigts et n'avait ainsi pas grand mal à se déplacer sans se faire remarquer ; par dessus tout, il était silencieux, ce qui m'arrangeait un peu plus encore. Après une vingtaine de minutes peut-être, à traverser l'académie, nous arrivâmes enfin auprès de Nastran et ce qu'elle faisait lors de notre arrivée m'arracha un haussement de sourcil : elle semblait extraire de la poudre d'une balle, encerclée par tout un tas de bouquins et d'ustensiles que j'avais déjà vaguement rencontré sans jamais les utiliser. A notre arrivée, la magicienne releva la tête et s'approcha sensiblement, nous saluant et annonçant une avance de notre part. Merveilleux ! J'avais attendu je-ne-sais-combien de temps dans le salon et elle m'annonçait, en plus, que j'aurais dû croupir un peu plus longtemps en ces lieux, en théorie. Elle nous laissa tout juste le temps de répondre à ses salutations et reprit la parole, mettant d'ores et déjà à contribution le garde qui m'avait amené jusqu'à elle. Ainsi, il s'appelait Erez : il semblait être un ennemi redoutable, aussi, je prenais le temps de mémoriser son nom et son apparence globale. De toute façon, même s'il avait l'air d'être tout particulièrement compétent dans son métier, il n'avait pas l'air d'être de ceux qui perdaient leur temps à courser les voleurs qui avaient la fâcheuse manie de ne pas emprunter les portes. Bref, la mission que Nastran venait de confier à cet homme s'avérait à la fois simple et complexe : simple, parce qu'il n'avait qu'à trouver un homme ; complexe parce qu'il devait trouver un homme ayant perdu une canine. Même si j'aurais bien voulu voir comment ce fameux Erez allait s'y prendre, il me semblait ne pas être concerné par cette mission. Au cas où elle viendrait à prononcer mon nom cependant, j'étais resté attentif et à juste titre visiblement : il me fallait apparemment être attentif et prudent. J'aurais volontiers ajouté un "Tu me connais !" mais c'est sans doute parce qu'elle me connaissait, justement, qu'elle avait ajouté cet avertissement. Hm. Plus j'observais le garde et plus il me semblait un peu trop formel à mon goût - ce qui n'enlevait rien aux qualités que je lui avais reconnu auparavant, cela dit. L'échange qui suivit entre Nastran et Erez m'échappa entièrement : j'étais bien trop occupé à détailler les environs car c'était, je crois, la première fois que je me rendais en ces lieux ; et tout comme l'échange m'échappa, le départ d'Erez également. Pour tout dire, c'est la voix de Nastran qui me força à la regarder de nouveau, et un simple sourire étira mes lèvres.

    - Tu me connais.

    Zèle ou simple bluff, allez savoir. Force est de constater que je me faisais du soucis pour la magicienne qui me faisait face ; le comportement précédent de Louria n'avait pas franchement arrangé mon état et la présence de Maleek m'insupporte de plus en plus. Nous n'étions toutefois pas là pour échanger nos petits soucis personnels et à l'heure actuelle, j'aurais pu me plaindre avec excès, Nastran n'aurait sans doute prêté qu'une attention modérée à ce que j'aurais bien pu lui dire : inutile, par conséquent, de me perdre dans un monologue. Une autre chose venait me tourmenter, d'une certaine façon. Je n'étais pas entré depuis fort longtemps mais tout dans le comportement de la petite magicienne me laissait croire qu'elle avait gagné en assurance. Quelque part, c'était un peu comme si elle avait grandi : elle agissait et réagissait, se débrouillait par elle-même, mettait en œuvre divers stratagèmes pour faire pencher la balance en sa faveur. Elle était actuellement loin de la jeune femme capricieuse et un peu enfantine qui avait pourtant la bonté de me lire quelque histoire de temps à autre. Comme pour confirmer mes observations précédentes, Nastran se débrouilla d'elle-même pour aller chercher je-ne-sais-quoi sur des étagères hors de sa portée. Je ne sais pas vraiment si c'est son comportement qui m'impressionnait ou tout du moins, me laissait perplexe, ou si c'était le fait qu'elle ne changeait pas son caractère tout en étant pourtant dévoilée. La belle semblait avoir délaissé ses masques, et pourtant elle avait l'air plus sûre que jamais : n'était-ce que de la comédie ? Si c'était le cas, pourquoi ne pas être naturel avec moi, alors ? Un soupir de ma part vint momentanément mettre fin à toutes ces questions agaçantes. Mes mains se posèrent sur mes hanches alors que je reprenais la contemplation des alentours, sourcils froncés. J'étais contrarié oui, mais Nastran n'avait rien à voir là-dedans ou pas directement en tout cas. Il me semblait voir chez elle une assurance que je ne lui reconnaissais pas et même si j'étais désireux de couper cours à ces réflexions, je ne pouvais m'empêcher d'y songer encore et encore. J'étais, bien sûr, content de voir que la magicienne était apte à ordonner ses affaires et ce, malgré l'absence de son masque, mais la chose qui me déplaisait le plus surpassait le tout car cette assurance, elle la devait sans doute en très grande partie à l'autre abruti qui lui servait d'Intendant - comprenez par là, Maleek, bien évidemment. Voilà qui n'arrangeait ni mes affaires, ni les siennes : plus le temps défilait et plus il me déplaisait, aussi bien dans sa façon d'agir que dans son attitude ou ses paroles. Alors que mes sourcils étaient un peu plus froncés encore, la voix de Nastran adoucit légèrement mon expression tandis que je remarquais réellement la position qu'elle avait : je l'avais vu grimper sur cette chaise pour contempler les étagères mais je n'avais pas encore réalisé qu'elle pouvait tomber. Bras maintenant croisés sur mon torse, je m'approchai de Nastran jusqu'à m'arrêter juste à côté d'elle : pour une fois, elle était plus grande que moi, aussi j'étais obligé de pencher la tête en arrière pour la regarder, ou observer ce qu'elle faisait.

    - Tu m'as employé pour ça, après tout. Dis-moi tout.
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Elégant et cruel, celui qui cueille la Rose.

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