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 Un Soleil en pleine Nuit

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Shahbaz Faraz

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Messages : 26
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MessageSujet: Un Soleil en pleine Nuit   Jeu 23 Déc 2010, 02:33

    Se lançant à ma poursuite, Nastran semblait bel et bien décidée à m'attraper. Son attitude me fit rire et mon corps bascula sensiblement alors que, plus brusquement, mes jambes me propulsaient en arrière. Un volte-face rapide et efficace. Mes pas s'enchainèrent alors vite, toujours plus vite tandis que je ne pouvais empêcher un large sourire d'étirer mes lèvres. Je ne me moquais pas de Nastran, je m'amusais simplement, et avec elle qui plus est. C'était bien plus que rare et pourtant, cela restait agréable. Peut-être était-ce trop rare, mais pour elle qui n'était pas grande sportive, ces moments n'étaient peut-être pas spécialement plaisants. Un bruit sourd, étouffé par l'herbe, me fit m'arrêter immédiatement. Mon sourire avait disparu à la seconde même où le bruit était parvenu à mes oreilles et c'est maintenant soucieux que je faisais demi-tour. Je contournai un mur et découvris alors Nastran en train de se redresser, m'arrachant une moue. Peut-être avais-je exagéré. Peut-être avais-je été trop loin... Dans sa hâte et sa précipitation, la magicienne avait chuté. Peut-être m'en voulait-elle pour cela. Immobile, silencieux, peut-être même embarrassé maintenant, j'attendais simplement une parole de sa part tout en surveillant ses faits et gestes. La moindre survenance d'une faiblesse, un léger vacillement. Peut-être étais-je aveugle, que sais-je encore ? Je n'ai rien perçu et Nastran s'est contentée d'avouer sa défaite.

    Outre cet aveu mettant fin au jeu, ainsi que les circonstances dans lesquelles il avait été donné, un faible sourire étira mes lèvres. Nastran me laissa songeur alors qu'elle se retournait. Pourquoi ne m'avait-elle pas même fait de reproche ? Elle avait de quoi m'en vouloir, pourtant. On disait d'elle qu'elle était plus ou moins stricte et exigeante. Les personnes qui étaient à son service avaient peur de cette demoiselle pour ces deux points, ils avaient peur d'être renvoyés au moindre faux pas. Mais alors pourquoi étais-je encore là ? Cette chute n'était pas la première erreur que je faisais auprès de Nastran, alors même qu'aucun autre exemple ne me venait en mémoire. Parfois, le comportement de la magicienne me laissait perplexe ; après tout, bon nombre avaient été renvoyés alors même qu'ils avaient fait bien moins de choses que moi. Ma simple familiarité envers elle était un affront. La voix de Nastran me sortit de mes songes pour m'y faire replonger peu après. Avais-je bien entendu ? Avait-elle mentionné de quelconques "soins" ? Depuis quand devait-elle se soigner ? Et se soigner de quoi ? Jamais je ne m'étais rendu compte de quoi que ce soit, et pourtant je n'avais pas forcément besoin de voir son visage pour déceler un éventuel trouble. Sans que je n'en sache la véritable origine, les paroles de Nastran eurent un drôle d'effet sur moi. C'était un peu comme si mon cœur avait cessé de battre quelques secondes. Comme si la fraîcheur du désert en pleine nuit m'accablait brutalement, mordant ma chair sans pitié.

    Les multiples questions qui m'assaillaient prirent à nouveau fin lorsque la demoiselle se retourna pour me faire à nouveau face. Il faut croire que mon côté voleur prenait davantage de place que mon côté homme puisque les paroles de la magicienne attirèrent immédiatement mon attention. Ainsi il y avait un passage secret au sein même des jardins ? Pourtant c'était un passage inutile - quoi qu'il pouvait encore constituer une parfaite cachette -, car d'après elle, il n'y avait aucun débouché. Une impasse, purement et simplement. Encore que... Une impasse pour elle, n'en était pas une pour moi. Un puits pouvait toujours être accessible, qu'importe qu'il se trouve au beau milieu du désert. Qui sait ce qu'il pourrait bien arriver si jamais un inconnu s'immisçait dans l'académie par ce passage ? Cette pensée entraîna un froncement de sourcils conséquent chez moi, alors que chez elle, il s'agissait tout juste d'un haussement d'épaules s'adjoignant d'un air négligé. Un faible soupir sembla lui échapper alors qu'elle reprenait la parole, face à moi, inexorablement silencieux. Elle m'autorisait à rester dans les jardins si l'envie m'en prenait, cependant, elle était contrainte de m'abandonner, de son côté. C'était compréhensible, cela dit, et je ne pouvais pas lui en vouloir. D'abord, elle devait "se soigner". Et puis, la magicienne avait sans doute bien mieux à faire que de courir après un voleur dans ses jardins. Des choses plus importantes dont je n'avais pas même idée. Peut-être devrais-je m'intéresser davantage à sa vie, même si, bien vite, elle me lasserait par son manque de mouvements. C'est ce que je pense en tout cas.

    Elle ajouta peut-être avec malice que les baigneuses m'attendaient encore et toujours. Mais sa remarque m'arracha un maigre sourire qui s'effaça pourtant bien vite. Ma main droite se leva faiblement et mes doigts s'écartèrent sensiblement alors que la magicienne tournait les talons pour rejoindre l'intérieur de la bâtisse. Jusqu'à ce que sa silhouette disparaisse, mes yeux se refusèrent à changer de cible. Ce n'est que lorsque la porte se referma derrière elle que mes idées vagabondèrent à nouveau. Mon corps pivota légèrement sur lui-même, avant de s'approcher des roses dont Nastran avait parlé plus tôt. En effet, aucune odeur ne se dégageait des fleurs, mais les parfums étaient si divers au cœur des jardins qu'il était presque impossible de s'en rendre compte. Mes yeux observèrent un instant les alentours et lorsque je fus certain qu'aucun curieux ne se trouvait être dans les parages, mes pas me firent entrer dans ce nouveau passage tenu secret. Il n'avait rien de bien différent du précédent, celui que j'avais déjà emprunté en compagnie de la magicienne. Peut-être était-il un peu plus clair, mais tout juste. Mes mains se posèrent sur les parois de chacun des murs et mon avancée commença. Cette nouvelle escapade me permettait de découvrir un nouveau passage, d'en étudier sa forme, ses avantages et inconvénients, tout en songeant encore et toujours.

    Idiot. C'est le mot qui revenait à répétition, quoique je fasse. La santé de Nastran venait de prendre une toute nouvelle ampleur dans ma vie. Plus encore, le commencement de cette même maladie restait un mystère. En deux ans, j'avais été incapable de me rendre compte de quoi que ce soit. Si j'avais pensé un peu moins à dévoiler son visage par pure fierté, peut-être l'aurais-je remarqué. Tout ce temps, je n'avais finalement été que fidèle à moi-même : éternellement égoïste sans même m'en rendre compte. Ma mâchoire se crispa un peu et mon poing se serra soudainement alors que mes pas ralentissaient sans que je ne m'en rende compte. A l'arrêt maintenant, un sifflement d'agacement s'échappa de mes lèvres et ma main refermée sur elle-même s'abattit brutalement contre l'une des parois, entraînant un faible effritement de cette dernière. Un soupir suivit et mon corps avança à nouveau, mécaniquement. Sans que je n'ai eu véritablement le temps de me rendre compte de la distance que j'avais parcouru, une faible lueur, lointaine, attira mon regard. Plusieurs mètres plus loin, j'étais en mesure de voir le fond du puits recouvert, en bonne partie, d'une pellicule plus ou moins épaisse de sable. La lumière du jour tentait vainement de subsister le plus longtemps possible au sein de ce puits profond. Plus une goutte d'eau ne s'y trouvait et ce, depuis fort longtemps sans doute. Mon regard étudia encore les parois du puits, avant de se reporter sur le sol, attiré par une faible lueur. Mes jambes se fléchirent et délicatement, ma main balaya légèrement le sable.

    L'objet scintillant se trouvait être une bague, une bague échappée là par une cruelle faute d'inattention. Mon œil expert me permettait d'affirmer que l'objet en question avait, malgré tout, une certaine valeur ; peut-être le revendrais-je... A moins que je ne l'offre. Dans le vain espoir de trouver autre chose, mon regard balaya plusieurs fois le sable mais rien n'attira son attention et je me décidais enfin à rebrousser chemin. Le tunnel était un peu plus obscur encore que lors de l'aller. Mais les mêmes questions revinrent encore et encore. D'autres s'y ajoutèrent même et c'est agacé que j'apercevais à nouveau le mur de fleurs, au loin. Agacé parce que j'étais incapable de trouver des réponses à ces questionnements, entre autre chose. Mes pas se firent pourtant plus discrets à l'approche du mur de roses. Mon regard vif contrôla à nouveau les alentours, essayant de déceler la présence de n'importe qui, où qu'il se cache. Rien, là encore : je me décidai donc à sortir. Une moue entachait inconsciemment mon visage et pourtant, mes yeux contemplaient encore la bague enfilée à mon auriculaire droit. Elle méritait d'être un peu nettoyée, mais une fois que ce serait chose faite, sans doute resplendirait-elle plus encore. Suivant les pas que Nastran avait fait plus tôt, j'avançais machinalement et j'en venais même à oublier l'environnement alentour. Grossière erreur de ma part. Ma main libre ouvrit la porte et sans relever le regard, elle tenta de la fermer plus ou moins. Yeux rivés vers le bas, je n'avais pas prêté grande attention aux baigneuses qui semblaient m'attendre de pied ferme depuis un moment déjà. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je les découvris après avoir redressé enfin la tête.

      ...

    Naturellement, il est inutile de préciser que cette fois-ci, je ne leur ai pas échappé... Cela dit, je m'étais plus ou moins décidé à ne pas filer lâchement. Je devais laisser Nastran tranquille pour le moment, et puisque j'avais la ferme intention de la rejoindre plus tard, j'avais bien le temps de "m'apprêter" un peu. Me sentir à nouveau propre était agréable, même si les femmes m'avaient donné une tenue que je n'appréciais guère, j'avais au moins la sensation d'être frais, de sentir bon, bref. J'avais presque oublié ce que c'était que de ne pas être recouvert de sable. Les minutes défilant lentement, j'en avais profité pour me raser de plus près encore, me donnant peut-être un aspect un peu plus soigné ; quant à mes cheveux... De fines nattes avaient été réalisées, longeant mon crâne avec une extrême attention et le recouvrant maintenant, pour toutes s'achever au milieu de ma nuque, à peu de choses près. J'avais été contraint, par la suite, d'aller manger avec d'autres - je me serais d'ailleurs aisément passé de certains d'entre eux -, malgré la gêne que me conférait ma tenue, étant peu habitué à tant de luxe. Les vêtements étaient peut-être un peu trop amples à mon goût. Certes, j'y étais à l'aise mais ainsi vêtu, mes facultés étaient un peu altérées... Autant dire que dès que j'en aurais l'occasion, je me changerais pour être un peu plus à l'aise encore.

    Une fois le repas terminé, les personnes se dispersèrent. Certaines allèrent se coucher, d'autres commencèrent leur travail et d'autres encore, allèrent poursuivre le travail qu'elles n'avaient pas encore achevé. Au milieu de toute cette animation, je ne savais que faire et une soudaine réalité me revenait en mémoire. Voilà pourquoi je ne restais jamais bien longtemps dans l'académie : je n'y avais pas ma place. En dehors des missions que Nastran pouvait bien me confier, je n'avais rien à voir avec cet élément. Ma main droite alla frotter ma nuque machinalement, signe de gêne, ou en tout cas, trahissant un certain mal-être passager. Bien vite pourtant, je me reprenais et vagabondait encore dans les couloirs. A la première occasion donnée, je récupérais d'autres vêtements pour être un peu plus dans mon élément. Le pantalon que j'avais récupéré ressemblait, de près ou de loin, à celui que j'aimais à porter d'ordinaire ; quant au haut, il était bien plus léger et, bien qu'il soit tout aussi ample, l'impression n'était pas la même. D'ailleurs, je ne m'étais pas gêné pour retrousser les manches à hauteur de mes coudes. Bien vite, je rejoignis encore les jardins en surveillant les alentours. La nuit, les gardes étaient particulièrement nerveux, et récupérer un voleur, qu'il soit employé ou non, pouvait les détendre... Ce que j'étais à peu près en mesure de comprendre. Je crois, tout du moins... Cela dit, pour une fois, aucune mauvaise intention ne me parcourait et je rejoignais une nouvelle fois la fontaine qui m'avait servi d'arme, plus tôt dans la journée. Retirant délicatement la bague que j'avais toujours au doigt, je la plongeai maintenant dans l'eau avec tout autant de délicatesse.

    Il était étrange de voir à quel point je pouvais rester calme et minutieux lorsque les choses en valaient la peine. Mes deux mains étaient plongées sous l'eau et elles frottaient presque affectueusement le bijou pour tenter de lui redonner sa couleur d'origine. L'eau de la fontaine était désormais froide mais en contrepartie, elle reflétait parfaitement le ciel étoilé qui s'étendait infiniment au dessus de ma tête. A force d'obstination, le bijou reprit quelques allures et après plusieurs minutes d'acharnement, je pus le sortir de l'eau alors qu'il avait presque retrouvé sa jeunesse d'antan. Bien évidemment, on voyait que le temps l'avait altéré, qu'elle avait été portée à de nombreuses reprises et que le sable s'en était épris lors de son abandon. Cependant, je ne m'étais pas trop mal débrouillé pour cette fois. Un sourire de satisfaction étira mes lèvres et la bague rejoignit à nouveau mon doigt alors que mes yeux se perdait sur la bâtisse. Sur une fenêtre en particulier. Nouveau sourire et voilà que je me mettais en tête d'escalader le bâtiment pour rejoindre Nastran. Je m'étais habitué, petit à petit, à entrer par les portes, au moins de temps en temps, mais parfois c'était plus fort que moi. Même lorsque ce n'était pas la peine, je ne pouvais presque pas m'empêcher de vouloir innover un peu. Innover, ou tout le contraire : revenir aux sources. Il me fallut quelques minutes pour atteindre mon objectif, mais ce ne fut pas non plus insurmontable, pour preuve, voilà que je trafiquais déjà la fenêtre pour l'ouvrir. Chose qui ne tarda pas à arriver. Mon corps pénétra alors dans la pièce le plus discrètement du monde, et déjà, j'essayais de refermer la fenêtre après mon passage.

    - Nastran, je viens encore t'embêter !


    Toujours aussi fier que dans les jardins, je n'hésitais pas à annoncer d'ores et déjà ce pour quoi j'étais venu. Cela dit, ce n'était pas fondamentalement vrai. La phrase que Nastran avait eu dans les jardins, peu après s'être relevée, m'avais marqué au fer blanc. Je tâcherai, dès lors, d'être un peu plus prudent vis-à-vis d'elle. D'ailleurs à ce propos, je n'osais pas même lui demander la maladie dont elle était atteinte... A croire que son avis avait beaucoup d'importance pour moi : rares étaient les personnes avec qui " je n'osais pas ". Elles se comptaient sur les doigts d'une main, à dire vrai ; et pour le moment, j'avais beau réfléchir, je ne voyais que Nastran. Machinalement, mes pas m'amenèrent jusqu'à un coussin sur lequel je pris place, comme si j'étais éreinté par la prouesse que je venais d'accomplir. Contemplant encore un peu la chambre de la magicienne, c'est avec un sourire aux lèvres que je reprenais la parole.

    - J'ai pensé à quelque chose... Peut-être faudrait-il boucher le passage du jardin, derrière les roses, non ? Même si le puits semble abandonné et est loin d'être accueillant, n'importe qui pourrait s'y engouffrer et arriver ici... Ta forteresse serait, dès lors, loin d'être imprenable ; un léger silence fut marqué alors que mes yeux se posaient à nouveau sur elle, puis mon sourire s'évapora et un semblant de sérieux sembla prendre place sur mon visage, alors que je reprenais ; Je pense partir demain matin, à l'aube... Donc, plutôt que de t'embêter, je venais te dire au revoir.
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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Re: Un Soleil en pleine Nuit   Ven 24 Déc 2010, 02:40

    Après avoir refermée la porte sur elle, Nastran put voir le joyeux bordel qu'était devenue sa demeure. Tout le monde ici semblait dépassé, ils discutaient de façons inquiètes, les gardes questionnaient quiconque croisait leur passage. Personne ne sembla remarquer sa présence jusqu'à ce qu'elle s'avance de quelques pas. Subitement tout son cessa, tout se calma. Les regards étaient braqués sur elle dans l'intégralité, elle regrettait même d'être rentrée. Elle faillit faire demi-tour jusqu'à ce que l'intendant se présente à elle. Maleek, un cousin très éloigné, commença donc à lui expliquer la raison de tout ce bric-à-brac : l'absence de la maîtresse des lieux. Ce fut une domestique qui remarqua la non présence de Nastran puis s'en fut alerter tout le monde. Ils la cherchèrent en vain, n'imaginant pas une seconde qu'elle puisse se trouver à l'extérieur. A présent, ce qu'ils redoutaient tous, c'était les représailles. Cela se limita à un : " La stupidité de votre logique vous perdra un jour " sans plus de mots. Vexant, pas du tout gentil, seulement c'était bien moins que ce qu'elle faisait ou disait lorsqu'elle était contrariée. Normalement, bon nombre de personne devrait faire ses valises une fois qu'elle avait été au courant de cette agitation inutile.

    Elle laissa toutes personnes témoins de cette scène dubitatives. Elle s'en fichait, ses pensées et ses idées étaient ailleurs. Sa marche était rapide, elle paraissait ne pas vouloir être interrompue. Même l'intendant ne chercha pas à la questionner au risque d'empirer les choses. Il connaissait mal la jeune femme, comme tout le monde. Et comme tout le monde il la craignait un peu, bien qu'avec lui elle usait d'un tout petit moins de froideur, mais rien à voir avec Shahbaz qui lui était largement favorisé. Chacun était conscient qu'elle ne traitait pas les membres de son personnels avec la même attention. Il y avait les " renouvelables " et les " indispensables " , comme ils s'étaient pris à se surnommer. Dans la première catégorie on retrouvait les domestiques de maison, dans la seconde des personnes plus qualifiées tel que les professeurs, une poignée de gardes ou le célébrissime voleur. Progressant au milieu de la foule, la petite magicienne repartait intérieurement dans le gouffre de ses pensées.

    Elle se revisitait, toujours sans attention pour ce qui l'entourait. Son vagabondage intérieur était plus profond suite à sa petite sortie. A la fois mal et bien en même temps, ses émotions se jouaient d'elle jusqu'à lui fait perdre la notion du temps ; elle était là, elle marchait dans le palais, mais elle n'était pas seule. Parallèlement, elle prenait le même chemin, seulement personne ne se trouvait à ses côtés. Dans le premier cas, elle était accompagnée d'Akram, sa grand-mère, et elle sanglotait. C'était dans l'année de ses 4ans. Sa robe couleur parme était tâchée de sang séché, dans ses bras elle tenait contre elle un inséparable blessé dont toutes les plumes étaient abîmés. Elle ne se souvenait pas des paroles exactes d'Akram, en revanche elle était sûre qu'elle se faisait gronder car elle ne voulait pas lâcher le pauvre cadavre. Elle avait éprouvé tant de peine lorsqu'enfin elle décida de laisser le petit oiseau. Ce jour-là, la fillette avait ressentie une honte énorme, elle s'était jugée d'une bassesse indéterminable quand à abandonner une créature sans défense. Si tant de précisions frappaient l'esprit de Nastran l'adulte, c'était la façon dont s'étaient déroulés les derniers évènements ; toute la maisonnée s'était mise à sa recherche et elle avait pris le même chemin qu'aujourd'hui.

    Pour se fuir elle-même, la jeune femme préféra s'occuper en travaillant. Toutes l'après-midi, elle avait pris plaisir à résoudre des équations, apprendre de nouvelles formules, à se pencher un peu plus sur ses cours d'alchimie. Cela pouvait être d'un ennui mortel pour certains tandis qu'elle se plaisait à faire travailler ses neurones. Elle enchaîna ses révisions sur un nouveau projet. Griffonnant quelques esquisses, elle prenait à côté les notes nécessaires quand à sa réalisation. Au début ce ne fut que vague, mais au fur et à mesure que sa plume traçait, le but avait de plus en plus de consistance. Son travail fut arrêté lorsqu'elle apprit que son nouveau jouet lui fut livré. En effet, elle avait envoyé quelqu'un chercher un verre permettant de voir les étoiles en plein jour ainsi que de grossir la vue, presque un observatoire de poche bien que c'était de moitié moins performant qu'un télescope quand au grossissement. L'argent avait suffit à l'ancien propriétaire pour le démunir de son objet. En réalité, Nastran ne prévoyait pas d'utiliser ce dernier fréquemment, il s'agissait là d'un caprice qu'elle avait voulut satisfaire. Maintenant que c'était le cas, elle s'en fichait et renvoya son ambassadeur auprès du trésorier.

    Lorsqu'enfin elle quitta son bureau, ce fut pour effectuer des recherches à la bibliothèque. Elle se demandait aussi si Shahbaz était resté, ou au contraire si il s'en était allé. Il n'avait pas beaucoup d'occupations dans le coin, du moins pour un voleur. Ce dont elle ne doutait pas c'était de son parcourt derrière les roses. Alors qu'elle lisait un ouvrage sur la magie dite noire, on l'informa qu'un marchand passait par là. Un soupir agacé s'échappa de ses lèvres. Aujourd'hui elle n'était pas d'humeur à recevoir, qu'il s'en aille ou qu'il attende qu'elle veuille s'entretenir avec lui. Cela pouvait durer des jours et se conclure de façon décevante. Il n'empêche que ce bref instant où elle délaissa sa lecture elle revint à ses pensées. Les paroles du voleur au sujet de ses mains la perturbaient toujours autant finalement. Par ailleurs, jusqu'à maintenant elle était trop préoccupée par le fait d'éviter d'y songer qu'elle en avait oubliées deux choses : se sustenter et se soigner. Elle n'était pas étrangère à cette habitude, assez répétitive. De toutes façons son état ne s'améliorait pas, pire encore il s'aggravait et aucun médecins ne parvenaient à élaborer un remède. Au mieux les symptômes diminuaient pendant quelques instants.

    Toutefois, elle se força à se convaincre que ce n'était pas bien de mettre à sac sa santé. Parce que même la sienne méritait un minimum d'entretien, quand bien même elle ne s'appréciait pas énormément. Personne n'irait réaliser ses rêves à sa place, par ailleurs elle n'aimerait pas que cela se produise. Tant qu'à faire, il valait mieux essayer de vivre le plus longtemps possible afin d'accomplir le plus possible. Elle était consciente de son ingéniosité ainsi que de sa créativité. L'assemblage des deux offraient des choses extraordinaires. Elle recevait souvent des compliments à propos de ses créations. Bien qu'elle se jugeait assez sévèrement, elle se reconnaissait un certain talent. Hélas, ce n'est pas entre ses murs qu'elle pourrait encore grandir. Ici, elle atteignait un seuil qui commençait à l'ennuyer. Son avenir devrait un jour se jouer ailleurs puisque ses ambitions n'avaient put être définies en ces lieux. Mettant de côtés ce flot de réflexion, elle s'attarda à manger dans sa chambre. Elle faillit piquer une crise en constatant qu'il n'y avait pas de loukoums pour son dessert. Effectivevement, le cuisiner prenait soin de ne pas la rendre plus malade qu'elle ne l'était déjà. Partant sur l'idée de l'exclure de son service, elle se souvint qu'il agissait sur ses propres recommandations. Elle put se consoler sur les goûts des différents plats proposés. Repue, elle partie faire une simple toilette. Aucune âme n'accédait à cette partie du palais sauf à l'heure de midi pour y faire du ménage. Cette surdose de solitude n'accablait pas la magicienne. Au contraire, Shahbaz suffisait à la distraire les fois où ils se voyaient.

    Nastran retourna ensuite dans sa chambre - qui avait été débarrassée des couverts - quelque peu épuisée. Elle ferma sa porte à clé puis partit derrière les rideaux. Elle alluma une lampe qui émettait une faible lueur et entreprit de faire un peu de rangement. Chaque soir, elle vérifiait l'ordre de ses livres de chevets, les reclassait si cela était nécessaire, elle remettait en place tout ce qu'elle avait pu toucher avant de partir. Une fois finit, l'agencement frôlait la perfection. Elle grimaça lorsqu'elle regarda les quelques fioles joliment colorées reposant sur une table basse, avec un verre et une petite cuillère. Elle se défit de son masque et de son trop plein de vêtements puis revint vers ses médicaments. Elle leur lançait une expression boudeuse, comme si ils pouvaient réagir face à ça. Résignée, la jeune femme commença son mélange pour enfin l'avaler. Ce n'était pas dégueulasse, d'ailleurs du miel avait été ajouté pour rendre les breuvages plus agréables. Ce qu'elle détestait, c'était le message indirect lui rappelant qu'elle n'était pas assez forte. A ses yeux, son entièreté était une faiblesse, non un corps et une âme avec quelques failles. Elle s'en voulait de ne pas se suffire, de ne pas être assez courageuse, ni de ne pas avoir un physique plus banal, qui ne serait pas sujet aux remarques si jamais elle se montrait. Un être hideux subit des moqueries, des remarques et des insultes, malgré qu'il soit le plus gentil.

    La jeune femme prit un livre pour se divertir avant de dormir. Assise en tailleur elle lisait des choses moins sérieuses que cette après-midi. De simples légendes anciennes, du temps où les génies étaient libres. Alors qu'elle débutait sa lecture, elle surprit quelques bruits familiers contre son carreau. Devinant de qui il s'agissait, elle se dépêcha d'enfiler une robe de chambre ainsi qu'une tiare tout simple retenant un voile pour cacher son visage. Un autre tissus couvrait ses cheveux et elle le rabattit sur épaules jusque sur son cou. La voix de Shahbaz se fit entendre alors qu'elle ré-enfilait une paire de gants. Plus tôt il avait vues ses mains et l'expérience ne l'avait pas rendue prête à en montrer davantage. Le voleur prit place, lançant un bref regard circulaire à sa chambre. L'intensité de la lumière était faible, il n'était pas vraiment aisé de voir dans ces conditions. Avant de répondre à Shahbaz, la magicienne lui dit assez sèchement :


    « Ne rentre plus dans la chambre de Nastran sans l'en avertir, du moins le soir. Elle n'était pas prête à te recevoir. »

    Elle prit un ton plus calme pour poursuivre :

    « Le puis s'est effondré, le sable l'a totalement recouvert. De l'extérieur il est impossible de le repérer. »

    Assise en œuf sur son lit, elle resserra encore plus ses genoux contre elle, les bras croisés autour. Elle était mal à l'aise, presque comme si elle était nue. Néanmoins, elle faisait attention à l'apparence de Shahbaz. Il était plus soigné que ce matin en tout point. Elle remarqua également un anneau à son doigt le plus petit, mais elle ne pouvait pas voir les détails à cause du peu de clarté.

    « Tu peux rester autant que tu veux. Sur un ton de reproche elle ajouta : Tu parles comme si tu n'allais pas revenir. »

    Sous le voile, ses sourcils étaient froncés, bien que sa voix boudeuse démontrait parfaitement qu'elle lui en voulait d'adopter une telle attitude. Ou il en faisait trop, ou pas assez ! En même temps, la réaction de Nastran laissait apercevoir son attachement. Puis elle se leva, rapprochant le châle contre sa poitrine et le tenant d'une main. De l'autre, elle ouvrit un tiroir et se mit à le fouiller. Le peu de bazar qui y était rangé lui permirent de trouver rapidement ce qu'elle cherchait. Elle tendit l'objet au jeune homme accompagné de ces paroles :

    « Ainsi tu pourras voir les étoiles en plein. »
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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Un Soleil en pleine Nuit   Sam 25 Déc 2010, 00:35

    Nastran se trouvait derrière les rideaux lorsque je suis apparu. L'avais-je surpris ? Peut-être bien, rares sont les fois où je surgis ainsi par sa fenêtre. Mais quelque part, je m'étais annoncé car pour ouvrir ladite fenêtre, il avait bien fallu que je trafique plus ou moins son mécanisme. Bien que ce ne soit pas nécessairement bruyant, ce n'était pas non plus parfaitement silencieux et dans une chambre aussi calme que celle de la magicienne, ça ne pouvait indéniablement pas passer inaperçu. Lorsque la demoiselle se dévoila, elle portait une tenue des plus simples, plutôt légère ; ou en tout cas, bien plus légère que d'ordinaire. La voir en robe de chambre me changeait un peu, j'avais plutôt l'habitude de la voir sous des couches et des couches de vêtements plus ou moins épais. Bien évidemment, son visage était caché par un simple voile fin, mais néanmoins opaque ; ses cheveux étaient recouverts d'un autre tissu encadrant son visage et longeant jusqu'à son cou. Pas une parcelle de peau n'était en mesure de frôler l'air ambiant, car elle avait également repris ses gants. Sa tenue aurait donc pu m'arracher un soupir, mais ce fut finalement ses propos qui s'en chargèrent. Le fait que je surgisse à l'improviste lui avait déplu, semble-t-il. Par ailleurs, son ton était des plus secs, chose que je n'appréciais guère d'ordinaire. Oui mais là, il s'agissait de Nastran. Connaissant quelque peu sa façon d'être et sa façon de vivre, ses joies et ses craintes au moins un minimum, je pouvais être en mesure de la comprendre. Elle avait eu peur que je la vois. Encore et toujours le même problème. Et quand bien même la chose ne devrait guère lui plaire, j'avais décidé de prendre cette réflexion à la rigolade.

    Après avoir retrouvé son calme naturel, elle reprit la parole et ajouta que le puits et le passage qui allait avec n'étaient pas en mesure de constituer un danger. Selon la demoiselle, le puits s'était effondré sur lui-même et le sable l'avait recouvert. Il était donc, toujours d'après ses propos, impossible de le repérer. Impossible ? Et si, en dépit du sable le recouvrant, quelqu'un venait à trébucher et traverser la couche de sable pour chuter dans le puits ? A supposer que cette même personne survive à la chute, elle serait en mesure de venir dans l'académie... J'avais horreur d'avoir tort, mais j'étais forcé de constater qu'elle n'avait pas faux sur toute la ligne. En effet, à supposer que la personne susnommée pénètre dans l'académie et qu'elle soit, de surcroît, un ennemi : encore fallait-il qu'elle soit en mesure d'échapper aux gardes pour ressortir. Ce n'était pas impossible, mais de là à dire que la chose était aisée... Soit, ce fichu puits n'était pas un problème, très bien, je m'avouais vaincu pour cette fois. Nastran était installée sur son lit, recroquevillée sur elle-même. Je ne savais pas vraiment si mon irruption soudaine l'avait mis dans un tel état ou s'il y avait autre chose, quoiqu'il en soit, elle m'inquiétait. Au vue de la situation, j'avais choisi ce moment pour me permettre de me jouer du ton rude dont elle avait usé un peu plus tôt. Mes jambes se tendirent devant moi alors que mes mains se reposaient sur le sol. J'avais un léger sourire en coin et les yeux rivés au plafond, un murmure allait franchir la barrière de mes lèvres lorsqu'elle reprit la parole, me coupant dans mon élan.

    Se reposant sur sa silhouette, mes yeux avaient d'abord un côté rieur, peut-être moqueur, qu'ils perdirent toutefois bien vite. L'attitude de Nastran demeurait et sa voix se fit à nouveau entendre. Elle ne faisait toutefois que répéter une vérité acquise depuis longtemps : je pouvais rester à l'académie autant que je le désirais. Pourtant je n'abusais pas de cette faculté qui m'était offerte. Il était bien rare de m'y voir séjourner plus de deux jours. J'ignore pourquoi je ne m'attarde pas dans cet endroit. Bien sûr, je ne fais que constater que je n'y ai pas ma place, mais d'ordinaire, ce n'est pas quelque chose qui me dérange. Peu importe ; Nastran reprit bien vite la parole et son ton redevint plus sec... Quoi qu'il laissait passer davantage de sentiments, comme s'il était possible d'y déceler un semblant de reproche. Vexée ? Peut-être bien. Il est vrai que je n'avais pas porté grande attention aux propos que j'avais employé, mon "au revoir" avait sonné d'un air peut-être un peu trop formel à son goût. Cela dit, elle n'était pas sans savoir que je n'avais pas pour habitude de tourner autour du pot ; de ce fait, si j'avais vraiment voulu signifier mon départ définitif, je n'aurais pas employé " au revoir ", mais " adieu ", le plus simplement du monde. Peut-être ne me serais-je pas ainsi installé, également. La gène n'était pas dans mes habitudes, mais je faisais tout de même quelques efforts pour Nastran, elle n'était pas comme les autres. Elle avait, quelque part, un statut privilégié qui la ménageait de bien des choses sans qu'elle ne le sache vraiment... Ce que je lui infligeais quotidiennement pouvait peut-être lui sembler déjà trop, d'ailleurs.

    Tout en écoutant, étudiant, analysant ses paroles, je l'observais en restant muet. Son attitude me laissait toujours perplexe et je devais tout de même faire attention à ce que je faisais. Pour une raison que j'ignore, elle avait l'air tout particulièrement troublée ce soir. Troublée, et par voie de conséquence, plus faible. Nastran se releva cependant tout en retenant son châle, m'arrachant un bref sourire de résignation. Elle rejoignit une commode et en ouvrit un tiroir avant de fouiller dedans. Peu après, elle en sortit un objet qu'elle me tendit, entraînant chez moi, cette fois-ci, un haussement de sourcils et une surprise non dissimulée. Je n'étais pas grand amateur de ce genre de gadgets, je ne savais même pas pourquoi soudainement, elle tenait à me faire un tel cadeau. Voulait-elle que je le vende ? Parfois, j'avais du mal à la suivre. Je ne savais d'ailleurs pas même l'effet qu'avait cette chose. A ce dernier point toutefois, elle apporta bien vite une réponse. Ainsi, ce simple verre permettait de voir les étoiles en plein jour... Et à quoi diable cela pouvait-il servir ? C'était un objet qui pouvait se montrer utile pour s'orienter, mais j'avais appris depuis longtemps à me fier à une sorte d'instinct. Je n'étais pas comme la magicienne, je ne passais pas mon temps le nez dans des bouquins, à étudier - chose que je ne critiquais pas, bien au contraire -, j'étais tout l'inverse. Je n'avais pas une seule minute pour me reposer et regarder les étoiles en plein jour. Sans doute en avait-elle plus besoin que moi ; cependant si elle tenait vraiment à me l'offrir, alors je le garderais précieusement. Mais chaque chose en son temps ! Mon corps se redressa et ma main se posa sur l'objet, le récupérant avec délicatesse tout en l'observant sous tous les angles.

    - Hn... Ne plus rentrer à l'improviste, le soir ? Ne me dis pas que je t'aurais vu si j'étais entré une fraction de seconde plus tôt... Quel cruel manque de chance ! Je tâcherai de m'en souvenir pour la prochaine fois !

    Revenir sur ce point m'avait semblé être nécessaire. Étant donné le peu de motivation qui se dégageait de Nastran en cet instant, je tentais peut-être vainement de l'amuser. Je ne faisais que la taquiner mais, cela dit, ce n'était pas entièrement faux : je m'en souviendrais pour la prochaine fois. Même si ma phrase pouvait prêter à confusion - peut-être dans le but d'agacer un peu la magicienne, d'ailleurs -, je ne sous-entendais pas là l'intention de renouveler ma prouesse, mais plutôt la résolution plus ou moins bonne, de m'annoncer les fois prochaines. Le second sujet sur lequel je me devais de revenir m'amusait un peu plus encore. Il s'agissait de mon soi-disant départ, celui qu'elle semblait craindre ou encore redouter. Comme si elle ne me connaissait pas. Certes, j'avais besoin de liberté mais être à son service n'était pas une grande contrainte. Pour preuve : elle ne m'avait encore confié aucune nouvelle mission pour le moment. C'était d'ailleurs ce qui expliquait en très grande partie mon départ dès le lendemain, au plus tôt. Je n'aimais pas rester longtemps au même endroit si je n'avais rien à y faire, autant que j'aille me balader ou voler ailleurs, afin de ne pas perdre la main. Cette dernière, d'ailleurs, souleva plus haut encore l'objet offert par Nastran. Fermant l'œil gauche, je l'observais avec une particulière attention, exactement comme si je cherchais à en apprécier sa valeur sans grand succès toutefois. D'ailleurs, je n'avais pas l'intention de le revendre ; cela dit on ne se refait pas et je ne pouvais empêcher cette question de me trotter dans le crâne.

    - Et bien, il y a des risques que je ne revienne pas à chaque fois que je pars, à dire vrai. Je peux me perdre dans le désert et mourir après une longue agonie. Je peux aussi me faire capturer par des gardes, me faire torturer et finalement me faire exécuter pour les nombreux vols dont je me suis rendu coupable. Bien sûr, je peux aussi marcher au hasard, dans le désert, tomber sur une autre académie avec une autre magicienne et préférer le nouveau à l'ancien ; mon œil gauche s'était rouvert et il fixait toujours le verre avant que mes propres paroles ne se répercutent à nouveau dans mon esprit. Et si Nastran prenait mal ces derniers propos ? Ou si, justement, elle y apportait une trop grande importance ? Me jouant de réactions éventuelles, mes yeux se reposèrent sur son voile alors qu'un sourire étirait mes lèvres ; Allons Nastran, tu sais bien que je reviens toujours, il n'y a aucune raison d'en douter.

    A ce propos, rien n'était si sûr. Même si je voulais toujours revenir, il pourrait en effet arriver un jour où je ne pourrais plus revenir. Si les deux premiers exemples se produisaient, par exemple, ou si d'autres venaient à s'ajouter. Dans l'académie, j'étais potentiellement en sécurité mais justement, la sécurité n'était pas quelque chose que j'affectionnais. J'avais besoin d'action, d'adrénaline, de peur peut-être même. J'avais besoin de courir et de chahuter, qu'importe l'issue de tout ceci... Je me contentais de vivre au jour le jour et d'apprécier chaque instant. Certes, ceux qui choisissent de suivre le reste du troupeau, de vivre dans un quotidien rébarbatif et ennuyeux subsistent peut-être plus longtemps que les gens comme moi, qui usent et abusent de ce que la vie leur offre. Encore qu'il ne s'agit pas là d'une affirmation. Mais même si je viens à mourir plus jeune en ayant choisi ce mode de vie, quelque part, je me dis que je n'aurais pas perdu mon temps. Jamais. D'ailleurs, est-ce que je serais amené à manquer à Nastran si jamais je disparaissais ? Un voleur est un voleur. Alors certes, jamais elle ne sera en mesure de trouver aussi brillant que moi mais elle pourra toujours me remplacer par quelque bon-à-rien, en plus grand nombre. A force d'obstination, ils seront bien en mesure d'obtenir un semblant de résultat. Et si jamais je venais à lui manquer, sur quel plan cela se ferait-il ? Est-ce que justement, ce serait un manque d'efficacité ? Le fait qu'elle ne puisse plus avoir ce qu'elle veut, quand elle le désire ? Ou sur un autre point ? Le manque d'ambiance, de remarques, de railleries amicales ? Je l'ignorais, le seul moyen de le savoir serait de lui demander, si tant est qu'elle le sache elle-même d'une part, et qu'elle soit disposée à me dire la vérité, d'autre part.

    - Mais enfin Nastran, j'ai beau le regarder sous tous les angles, je ne comprends pas pourquoi tu m'offres cet objet... Ce doit t'être plus utile, non ? C'est toi qui étudie tout, pas moi. Habituellement, c'est moi qui te donne des objets dont j'ignore l'utilisation, et pas l'inverse...

    Nastran avait réussi à me plonger dans la perplexité. Depuis que j'avais pris l'objet en main, je ne savais trop comment réagir. L'observer encore et encore, recommencer, et ce, sous tous les angles. En l'espace de quelques minutes, je l'avais tellement tourné et retourné que je l'avais maintenant en mémoire, j'étais capable de le reproduire aussi précisément que le plan de l'académie, aussi exactement que le plan de n'importe quelle bâtisse visitée par le passé. Je pouvais déceler quelques imperfections, sans doute dues au transport. Et même si maintenant je savais à quoi il servait, je n'arrivais toujours pas à comprendre pourquoi elle me donnait un tel objet. Peut-être n'avait-elle pas fini, après tout. Peut-être me laissait-elle étudier le verre, ou encore le tester - alors même que dans l'immédiat, il faisait nuit -, avant de m'annoncer que je devais le vendre au profit d'un autre objet qu'elle convoitait. Le vendre ou l'échanger. A moins qu'il ne soit plus précieux qu'il en ait l'air, et qu'elle me charge de le cacher en un endroit où personne, jamais, ne serait en mesure de le trouver. Ce flot de questions m'arracha une moue boudeuse puisqu'aucune réponse ne me venait dans l'immédiat. Je tâchais, dès lors, de penser à autre chose pour tenter d'arrêter l'augmentation exponentielle des questions fourmillant dans mon crâne. La première chose qui me vint à l'esprit - outre l'envie rageuse de créer des courants d'air pour forcer les voiles, recouvrant Nastran, à la dévoiler un peu plus -, ou plus exactement qui me "revint" à l'esprit, fut la santé de la magicienne. Lui demander si ses soins s'étaient bien déroulés n'était peut-être pas à faire. Lui demander de bien vouloir m'éclairer quant à la maladie dont elle était atteinte ou encore la date à laquelle celle-ci s'était déclarée n'était peut-être pas à faire non plus. Tournant encore le verre alors qu'un long et lent soupir s'échappait de mes lèvres - la lassitude commençait à m'atteindre, à moins qu'il ne s'agisse de la fatigue... ce qui était encore plus rare, d'ailleurs -, mes yeux se posèrent sur la bague enserrant encore mon auriculaire. Nouvelle expression d'étonnement alors que je posais le verre sur la table la plus proche ; voilà que j'entreprenais de retirer l'objet avec un peu de mal, car, même au plus petit de mes doigts, elle me serrait un peu trop. L'idée de l'offrir à Nastran m'était venue en nettoyant la bague un peu plus tôt dans la soirée. Le fait de voir le bijou et de penser à la santé de la magicienne m'avait rappelé cette idée. Après un long acharnement, j'eus finalement raison de la bague, et c'est en souriant que je la tendis à la demoiselle.

    - J'ai trouvé ça au fond du puits dont on parlait tout à l'heure. J'avais pensé te l'offrir pour te prier de bien vouloir pardonner mes erreurs quelles qu'elles soient. J'ai sans doute des attitudes, ou des paroles qui te blessent, voire qui te vexent, mais je ne suis pas forcément en mesure de les déceler à cause de ton masque... Donc voilà, nous dirons que cette bague est la matérialisation de mes faux pas, passés et futurs, vis-à-vis de toi. Cela te convient ?
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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Re: Un Soleil en pleine Nuit   Mar 28 Déc 2010, 01:38

En réponse à la première réplique de la jeune femme, le voleur s'était mis à la taquiner, d'un genre où la cible rit plutôt jaune. Pour une paranoïaque telle que Nastran, ce n'était pas une chose à faire. Elle ne semblait pas réagir par son silence, en revanche elle prenait note. Elle risquait même de dormir avec son masque sur le visage. Bien sûr, elle se rappela de qui elle avait affaire et elle se calma presque juste après. Elle ignorait les limites de Shahbaz, d'ailleurs il ne semblait pas en avoir beaucoup. Du moins il les dépassait. Néanmoins elle pouvait affirmer qu'il n'avait pas mauvais fond, au contraire. Sous ses airs égocentrique, il n'est pas. . . Enfin si, il est très égocentrique, mais il n'y a pas que ça. Il est assez attentionné et gentil, deux qualités appréciables, indispensable chez un être égoïste. Fort heureusement car si la situation avait été autre, ils ne s'entendraient pas forcément aussi bien aujourd'hui.

La magicienne laissait le jeune homme examiner le verre sous toutes ses coutures. Curieux, il devait déjà en connaître la moindre petite éraflure. De son côté, elle accrochait un fibule d'argent pour ne pas avoir à retenir sans cesse le voile qui cachait ses cheveux et son cou. Elle avait finit mais Shahbaz poursuivait son analyse de l'objet. Elle le trouvait sage en cet instant, calme. Différent de quand il avait une petite farce en tête. Elle se rasseyait au bord du lit tandis qu'il parlait des risques éventuels de ne plus le revoir. Au début, elle fut légèrement remuée par les premières hypothèses. Sentiment effacé lorsqu'il évoqua une possible académie avec une autre magicienne. Facilement offusquée, elle croisa les bras et se détourna de lui, se retenant de lui dire d'aller vérifier tant qu'il y était. Mais oui, elle savait qu'il reviendrait. Et elle faisait toujours attention à lui, du moins tant qu'elle le pouvait. Elle craignait toujours qu'il lui arrive un malheur, seulement cette fois, elle pouvait bien allumer sa lampe en permanence, ne serait-ce que par prudence jugée fortement nécessaire. Ce n'est pas très difficile de l'inquiéter, il lui en faut peu.

Nastran ne resta pas sur ces bouderies bien longtemps. Amusée de la curiosité de Shahbaz, elle oublia bien vite ses précédentes humeurs. Il continuait son observation, toujours en attente d'explications. Il y avait une chose assez simple à faire dans l'instant, et peut-être cela ne l'intéressait-il pas, mais il pouvait bien prendre quelques secondes afin d'admirer la reine de la nuit. Il laissa de côté cette distraction qu'elle craignait d'être lassante pour lui puis il défit la bague qu'il portait à l'auriculaire. Il eut du mal, d'ailleurs la jeune femme ne remarquait que maintenant que les mains de Shahbaz étaient grandes, ou que les siennes étaient trop petites. Un peu des deux ? Quoiqu'il en soit, il la lui remit avec un sourire. Adorable comme il était, il accompagna ce geste de paroles et d'excuses. Un doux éclat de rire secoua le silence qui s'était installé un instant, ensuite Nastran récupéra l'anneau.


« Nastran te remercie. Mais tu ne serais pas là si elle ne t'avait jamais pardonné. »

Dans ses doigts qui paraissaient minuscules à côté de ceux du voleur, elle faisait tourner l'objet avec précaution. Elle n'avait pas l'habitude des bijoux, particulièrement des bagues puisqu'elle portait souvent des gants. Elle fit tout de même l'effort d'enfiler le cercle à son majeur ; cela flottait. Elle tenta alors le pouce, cela flottait également, bien que moins. Et cela avec les gants. Un autre problème se présentait dans ses pensées ; cela l'étonnait quelque peu que Shahbaz soit pris de remords. Se trompait-elle ? S'agissait-il d'autres choses ? Elle chercha une autre solution mais aucune ne lui vint. Le voleur s'en voulait peut-être réellement. Il avait eu l'occasion de s'excuser auparavant, seulement il ne s'y était pris qu'aujourd'hui. Un fâcheux retard amoncelé à la multitudes de fautes déjà faites. Ensuite il y avait ce masque, obstacle rendant la prise de conscience difficile. Ce fut à son tour d'être assaillie par la culpabilité. La magicienne avait souvent l'impression de ne pas être assez pour Shahbaz. Il y avait plein de monde avec qui discuter, mais lui s'intéressait à une minable jeune femme pas fichue de se prendre en main.

« Nastran aussi fait des erreurs. Vous êtes quittes, murmura-t-elle. »

Elle étendit son bras devant elle, la paume vers l'extérieur et les doigts écartés, admirant son nouveau bijou. Il n'était pas neuf, après tout il l'avait retrouvé dans endroit qui n'était plus fréquenté depuis des lustres. L'ornement était simple bien qu'il plaisait à la jeune femme. Elle ne disait rien, en contrepartie elle était contente de recevoir un cadeau, chose qu'elle n'avait jamais attendu depuis longtemps. Après ce petit moment de joie, la demoiselle récupéra le morceau de verre et quitta l'alcôve. Elle fit signe à Shahbaz de la suivre puis elle se positionna devant la fenêtre. Elle l'ouvrit et rendit le bris de verre au voleur. De là, on pouvait voir les jardins illuminés par l'astre lunaire. Une lueur pâle émanait des cours d'eau, des arbres, des fleurs closes, le paysage était en tout point semblable à un décor féérique.

« Regarde à travers maintenant, tu devrais mieux voir le ciel, informa-t-elle. »

Effectivement, l'objet n'était pas utilisable uniquement la journée, même si la nuit il ne faisait que grossir la vision. Cela était suffisant après tout, il n'en fallait pas plus car la nuit les étoiles étaient visibles. Remarquant la surprise de Shahbaz, elle rit et ajouta :

« On raconte que les autres jours, la lune cherche un amant. Une ville entière. . . »

Elle s'interrompit, cherchant son souffle. Un vertige était venu l'ébranler, et si elle n'avait pas perdu l'équilibre c'est qu'elle se tenait au rebord de la fenêtre, les deux mains appuyées et la tête baissée. Elle regretta, finalement, de ne pas avoir pris ses médicaments aux heures recommandées. Heureusement ce n'était rien, cela arrivait de temps à autre. Il suffisait d'avoir un peu de chance. La jeune femme redressa la tête et continua, comme si de rien n'était :

« Une ville entière a été subjugué par ses charme - puis elle dit sans aucun rapport : Nastran ferait mieux de rester assise, excuse-la. »

En conséquence elle laissa Shahbaz là où il était, sans se demander si il pouvait se soucier de sa santé. Elle reprit place sur son lit, se recouvrant d'une couverture, regardant une fois de plus l'anneau qui lui avait été offert plus tôt. Ce fut à son tour de tilter. Jusqu'à aujourd'hui, Shahbaz ne l'avait jamais vue ni surprise par ses petits problèmes. Il s'en voulait probablement pour cela, car après deux ans de fréquentes visistes il n'avait pas eu l'occasion de se rendre compte de quoique ce soit. C'était en partie de la faute de la jeune femme, il faut bien admettre qu'elle avait un don soutenu d'un masque pour cacher un maximum de ses états. Lorsqu'il revint, elle lui dit calmement, les yeux fixés sur la bague :

« Tu es gentil Shahbaz, Nastran t'en es reconnaissante. Tu ne devrais pas t'en vouloir, tu sais. C'est une maladie qu'elle a depuis très longtemps - d'une voix plus souriante : Il y a d'autres sujets sujets à aborder. Tu as aimé regardé le ciel ? »

Il fallait bien suivre cette petite magicienne qui passait aisément d'un sujet à l'autre. Ce moment en était un des nombreux exemples. Toutefois elle espérait ne pas l'avoir agacé à vouloir lui faire partager quelque chose qu'elle appréciait et elle guettait sa réaction autant qu'elle l'appréhendait.
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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Un Soleil en pleine Nuit   Mar 28 Déc 2010, 23:44

    Elle émit un rire léger à la suite de mes paroles, un rire qui m'était toujours agréable. Il me laissait à penser que Nastran se plaisait en ma compagnie, qu'en dépit de ce que je pouvais bien lui infliger, elle m'appréciait un tant soit peu. J'étais au moins capable de la faire rire, contrairement à d'autres qui ne savaient que lui faire hausser le ton. Elle récupéra alors l'anneau et prit la parole, me remerciant, et me rassurant peut-être en énonçant que, si elle ne m'avait jamais pardonné, je ne serais pas là en cet instant. Cette révélation pouvait être vue sous deux angles et bizarrement, j'avais tendance à privilégier le second. Tout d'abord, on pouvait se réjouir d'une telle annonce : Nastran a pardonné ! Il n'y a pas de mal, alors. Oui mais en contrepartie, si Nastran a eu bel et bien à pardonner, c'est qu'il y a eu une ou plusieurs fautes à un instant t. Voilà la vision qui m'obsédait désormais et j'en venais à me demander si les fautes, les erreurs commises étaient nombreuses ou non. Qu'avais-je donc fait ? J'étais même incapable de m'en rendre compte. Ce constat m'arracha d'ailleurs un soupir inaudible pour la magicienne qui, de son côté, semblait s'amuser avec la bague que je venais de lui offrir. N'était-ce pas d'ailleurs une sorte de cadeau empoisonné ? J'en venais à en douter, puisque ledit objet était plutôt vieux. Certes, il était "joli " et il avait une certaine valeur, mais était-ce digne d'une princesse telle que Nastran ? Ce serait-elle attardée sur un tel objet si, par hasard, c'était elle qui était tombée dessus la première ? Bien vite, ces interrogations disparurent lorsque je constatais que la bague n'allait à aucun des doigts de la magicienne, pas même à son pouce. Même si quelque part, cela me dérangeait, la vision qu'elle m'offrait avait le don de me faire sourire. La voir s'acharner de la sorte pour une simple bague prêtait presque à rire, malheureusement, même à son pouce, le bijou s'obstinait à demeurer trop grand.

    Tenter d'enfiler la bague l'occupa un certain temps mais elle se décida finalement à abandonner. Peu importe au fond, il s'agissait là d'un présent mais elle n'était pas nécessairement obligée de le porter. Et quand bien même cette même bague aurait été en mesure d'aller à son pouce, il ne fallait pas oublier que la demoiselle portait des gants. Ainsi, le bijou flotterait fatalement si la magicienne était amenée à le porter à même la peau. Bref, encore une fois : ça n'avait pas une grande importance. Elle pouvait bien enfermer l'objet dans un tiroir, c'était maintenant son bien propre, alors, libre à elle d'en faire ce qu'elle désirait. La magicienne reprit la parole en un léger murmure, s'aventurant à énoncer qu'elle aussi, pouvait faire des erreurs. Ça alors... Quelle soirée étrange. Tout d'abord, le grand voleur que je suis, égoïste, fier, arrogant qui s'abaisse à s'excuser pour des erreurs qu'il a éventuellement commises sans en avoir eu conscience... Et maintenant, la magicienne qui en fait autant. Ce, alors même que son caractère n'a pas tendance à lui faire exécuter de telles choses, d'ordinaire. La soirée venait tout juste de débuter et elle était pourtant, déjà, haute en couleurs. Je n'osais imaginer ce qui pourrait bien arriver après quelques heures ; peut-être devrais-je songer sérieusement à me reprendre en main, et ce, même en compagnie de Nastran. Après tout, les privilèges dont elle dispose ne sont nullement justifiés - tout du moins je crois -. Quelque part, c'était malsain... Ces pensées me parcouraient l'esprit alors que je voyais la demoiselle observer sans cesse le bijou en sa possession, exactement comme ce que j'avais fait au préalable avec le verre. D'ailleurs, elle ne tarda pas à le récupérer puis quitta l'alcôve, m'invitant à la suivre peu après, d'un simple mouvement de tête.

    Oubliant songes et pensées, je me contentai de suivre la magicienne qui avait gagné la fenêtre de sa chambre. Elle l'ouvrit, et me rendit finalement l'objet avant de reprendre la parole. Elle m'invitait à observer le ciel avec le verre ; car, certes, il était capable de montrer les étoiles en plein jour, mais il semblait en mesure de faire de même en pleine nuit. Peut-être avec une certaine crainte d'abord, une partielle réticence, je m'emparai de l'objet avant de m'approcher de la fenêtre. Ce que je redoutais ? Je n'en savais rien. Ce verre n'allait sans doute pas me manger, et même si un verre dans le monde était capable d'une telle prouesse, j'ose espérer que Nastran ne me l'offrirait pas en présent un jour ou l'autre. Quoiqu'il en soit, si ma gestuelle était d'abord lente et pleine de prudence, bien vite, l'étonnement et la surprise prirent place sur mes traits. Le verre m'avait offert une vision que jamais je n'avais imaginé ; pas même dans mes rêves. Si à l'œil nu, le ciel étoilé était d'une splendeur inqualifiable, avec un tel objet, cette même splendeur s'en voyait décuplée. Nastran sembla amusée de mon comportement alors qu'un sourire voyait le jour à mes lèvres. Voilà que je retombais en enfance, plein de rêves et d'espoirs, de contes et d'histoires. Mes yeux allèrent vivement du ciel, au verre, et inversement, parfois, ils s'attardaient au travers de l'objet pour profiter encore et encore de la vision qu'il offrait. Lorsque la magicienne m'avait offert l'objet, je m'étais interrogé sur l'utilité de celui-ci. Maintenant, elle semblait couler de source : elle permettait de profiter de toute la grandeur du monde, il était ainsi possible d'étudier les astres, les étoiles, et la Lune semblait encore plus splendide, resplendissante de mille feux. Ses rayons étaient aussi pâles que ceux du soleil mais ils demeuraient bien plus doux ; moins brillante que son contraire, l'astre lunaire avait un autre charme, mais un charme tout de même. Alors que mes pensées vagabondaient à ce sujet, Nastran reprit la parole, me contant une histoire.

    Il ne lui fallut pourtant pas beaucoup de temps pour s'interrompre sèchement, m'extirpant à ma contemplation. Elle avait commencé à m'expliquer que les autres jours, la Lune cherchait un amant, mais sa phrase suivante se stoppa alors qu'elle venait tout juste de commencer. Je n'ai pas compris l'origine d'une telle interruption, elle marqua, pendant un certain temps, un silence et reprit finalement après avoir redressé la tête, alors que mes yeux étaient rivés sur elle. Mon sourire avait peut-être également disparu et un masque soucieux semblait s'être empreint de mes traits. Et pourtant comme si aucune interruption n'avait jamais eu lieu, elle reprit, poursuivant son histoire. Ainsi donc, une ville entière semblait être fascinée par le charme de la Lune - comme je les comprenais -. Mais l'histoire ne se poursuivit pas davantage - m'arrachant cette fois-ci un certain étonnement -, et Nastran émit un tout autre souhait. Un faible soupir parvint à se frayer un chemin entre mes lèvres closes alors que la demoiselle regagnait l'alcôve, et rejoignait son lit. Mes yeux vagabondèrent encore un peu sur le verre au creux de mes mains, mais mon esprit était ailleurs. La Lune ne demeurait présente plus que par sa clarté, maintenant. Son charme, ses doux rayons venant caresser ma peau, la fraicheur de la nuit qui l'accompagne, et l'armada d'étoiles scintillantes l'encerclant semblaient être bien loin, désormais. La santé de Nastran me revenait en mémoire et mon côté "éternel enfant" se voyait grandement mis à mal. Un autre soupir m'échappa et le verre fut glissé dans la sacoche attachée à ma ceinture alors que je refermais la fenêtre après avoir lancé un dernier regard à la Reine de la Nuit.

    Laissant la contemplation des astres aux experts, je rejoignais l'alcôve à mon tour pour y retrouver Nastran, sagement assise sur son lit. M'asseyant à nouveau sur un coussin posé au sol, elle n'attendit guère longtemps pour reprendre la parole, et voilà qu'elle me complimentait. Un compliment, certes, mais pas le moindre ; voilà qu'elle me trouvait "gentil". C'était bien la première fois que j'entendais ce mot à la suite de mon prénom. D'habitude, c'était à d'autres paroles que j'avais affaire. D'ailleurs, ces mêmes paroles venaient de gardes qui cherchaient à m'attraper, la plupart du temps. Lorsque ces derniers ne se donnaient pas des instructions entre eux, force est de constater que le registre employé était tout autre. Le ton également, d'ailleurs. Cela dit, la suite m'intrigua. M'en vouloir ? Aurait-elle lu en moi quelques remords, ou quelque inquiétude en ce qui concernait sa maladie ? Elle n'avait pas fondamentalement tort. Quelque part, savoir que sa maladie la suivait depuis longtemps me rassurait : je n'étais pas le responsable de ceci. D'un autre côté, la savoir malade depuis si longtemps me peinait. Il n'est jamais agréable d'apprendre qu'une personne à qui l'on tient est atteinte d'une maladie quelconque, ou, sans aller jusqu'à parler de maladie : apprendre qu'une personne à qui l'on tient va mal. C'était une sensation désagréable... Et j'aurais voulu lui demander davantage d'explications mais Nastran coupa court à la discussion d'elle-même. D'autres sujets à aborder, n'est-ce pas ? A l'entendre, des sujets plus enjoués... Bien que souriant, je ne pus retenir un soupir - un autre -. Nastran voulait changer de sujet, penser à autre chose et j'étais aisément en mesure de le comprendre. Soit, je ne la questionnerai pas et n'insisterai pas au moins pour ce soir. Cette nuit, elle échapperait au flot d'interrogations qui me brûlaient de l'intérieur depuis bien trop longtemps. Enfin, pour le coup, ce flot allait me brûler encore un peu.

    Elle me demanda alors si j'avais aimé regarder le ciel, et le souvenir de cette vision magique m'amena immédiatement le sourire aux lèvres. Bien que l'observation ait été des plus courtes, elle avait été aussi des plus agréables et maintenant, dès que j'en aurais l'occasion, j'userais de ce verre. Et puis, même s'il était destiné aux étoiles, sa faculté à grossir les objets pourrait sans doute m'être utile outre mesure. Pour espionner le roulement des gardes d'une bâtisse à voler, par exemple. Nastran voyait-elle sans cesse des choses comme cela, en étudiant la magie, l'alchimie et toutes ces choses ? Était-ce souvent comme cela ? Ce devait être agréable. Mais après tout, elle ne faisait que me rendre la pareille. Cette après-midi, je lui avais montré un vrai arbre, de vrais fruits, de l'eau et de l'herbe. Elle avait pu les toucher, les sentir. Ce soir, voilà que c'était elle qui me montrait de nouvelles choses, des choses dont je ne soupçonnais pas même l'existence. Des choses aussi belles que les reflets de l'eau illuminée des rayons du soleil ; aussi douces que la senteur des fruits des arbres fièrement dressés ; aussi tendres que l'herbe verte des grands jardins. Mes yeux se fermèrent et mes bras s'étendirent soudainement devant moi, me permettant de m'étirer et m'arrachant une sorte de gémissement alors que mon corps basculait en arrière. Mon dos heurta brutalement le sol sans que je ne réagisse pourtant, et mes bras se croisèrent derrière mon crâne. Les yeux clos, le sourire aux lèvres, enfin, je me décidais à répondre.

    - Oui, beaucoup. C'était magique... Il t'arrive souvent de voir pareils phénomènes ? ; lentement, mes yeux se rouvrirent et fixèrent le plafond alors qu'un air songeur semblait m'envelopper doucement. Un léger silence fut marqué et finalement, sur un ton plus bas, je repris la parole ; Dis-moi Nastran... Qu'est-il advenu de la ville ? Celle qui a été subjugué par les charmes de la Lune...
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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Re: Un Soleil en pleine Nuit   Lun 03 Jan 2011, 02:35

    L'air enjoué de Shahbaz ne laissait paraître ses quelques petits tracas, de même que son air rêveur. Elle ne mesurait pas l'impact de ses paroles, les jugeant trop futiles pour mériter une certaine considération. A force de se réduire en permanence, elle avait une tendance à s'oublier avec quelques rares personnes - Shahbaz était en réalité la seule - et ainsi les faire passer avant elle. Par conséquent, elle évaluait son importance moindre face à celle du voleur, préférant s'occuper de lui sans se soucier de ce qu'il pensait d'elle. Il ne fallait donc pas que celui-ci lui en veuille de l'acte qui allait suivre ; puisqu'avec brusquerie le jeune homme avait étalé son dos, elle lui envoya un coussin de toutes ses forces ( pas grand chose en somme ) sans répondre au préalable. Il y avait dans la chambre suffisamment de confort pour que lui aussi puisse un jouir, seulement voilà qu'il préférait se faire mal. Elle n'avait pas tardé à lui faire la remarque :

    « Fais attention, tu risques de te faire mal ! »

    Toutefois Nastran doutait de ses propres paroles. A dire vrai, elle était impressionnée par la masse musculaire du voleur, qui plus est il ne semblait pas souffrir souvent contrairement à elle. Mais cela n'empêchait pas qu'il puisse faire l'effort de prendre soin de lui au moins pour ne pas inquiéter la magicienne ( qui l'était souvent en sa présence ). Elle avait tendance à l'être assez lorsque Shahbaz faisait preuve d'une trop grande maladresse, excessive si l'on peut dire. Finalement, plutôt que de le réprimander encore, elle préféra répondre à sa première interrogation.

    « Quand la vie nous offre quelque chose, même si cela paraît insignifiant, il faut l'apprécier au mieux. De ce fait, Nastran voit souvent des spectacles magnifiques. »

    Elle ne saurait les dénombrer, elle qui s'enthousiasmait pour peu ; lorsqu'elle mélange du sirop de fruit dans un verre de lait, ou quand l'Aube offre une lumière exceptionnelle à l'une des salles de son palais, consacré à l'élévation spirituelle. Il suffisait d'un peu de fantaisie et d'innocence pour pouvoir apprécier ce "quelque chose", ce dont elle ne manquait pas. Si son imagination avait été minime, son intelligence n'aurait rien d'extraordinaire, elle serait même d'une banalité affligeante. Pour passer à la seconde réponse, la jeune femme quitta d'abord son lit. Elle s'en allait encore fouiller dans ses tiroirs, parmi son bric-à-brac d'objets tout aussi inutiles qu'indispensables. Elle prit dans l'un d'eux une bourse assez lourde et du parchemin très blanc qu'elle déroula à même le sol, non loin du voleur. Enfin, elle prit la lampe et la déposa près du parchemin. Elle commença à raconter l'histoire à la façon habituelle qu'elle avait de faire, comme si elle c'était une anecdote, passant par la réalité avant de pénétrer dans le fantastique. Elle versa le contenu de sa bourse, laissant filer un sable noir sur le support blanc, le séparant et l'assemblant avec dextérité, recréant les scènes au fur et à mesure qu'elle les abordait.

    « Depuis longtemps, il n'y a plus beaucoup de nouvelles de cette ville extraordinaire. La dernière fois qu'elle a été évoquée, ce fut par l'une des épouses de Bahram, mort il y a longtemps. Tu savais qu'il avait fait ériger sept pavillons pour chacune de ses épouses, n'est ce pas ? Il allait, tour à tour, dans chacun d'eux afin d'honorer ses épouses.

    A ce jour, nous étions sous le signe de la planète la plus sombre et mystérieuse. Bahram s'en allait donc au pavillon qui y correspondait, soit le pavillon noir. Lui même portait une tunique, des culottes et une ceinture de soie noir ; sur ses épaules s'étalait une large cape de velours sombre et son chapeau s'ornait des plumes d'un cygne noir. Ses courtisans étaient tout autant assortis à lui et au bâtiment. La princesse à qui il rendait visite était très belle. De longues tresses tombant jusqu'à ses genoux encadraient son visage au teint mat. Ses yeux avaient la langueur du narcisse, ses lèvres la couleur du rubis, son corps élancé rappelait le cyprès.

    En tant que bonne hôtesse, elle offrit un banquet d'exception à ses invités. Des chanteurs, des ménestrels, des acrobates et des danseurs divertissaient leurs spectateurs avec amusement, tandis que de charmantes servantes offraient des mets délicieux et des vins capiteux. Quand enfin l'ambiance retomba, les époux demeurèrent seul. Ce fut l'occasion pour la princesse de solliciter la faveur du roi en lui racontant une histoire, afin de le séduire davantage.

    Lorsqu'il vida sa coupe, elle décrivit ses souvenirs, parlant d'une vieille femme vêtue et voilée de noire. Sa mère, intriguée, la questionna à ce sujet, et suite à un court entretien la grand-mère accepta d'en révéler la réponse, après avoir mis en garde quand à la véracité de ses propos : nul mensonge mais pourtant incroyable ! La vieille expliqua d'abord que dans sa jeunesse, elle fut esclave d'un roi fortement accueillant avec les étrangers, il n'hésitait pas à leur offrir l'hospitalité. Un jour, l'un d'eux, un homme aux yeux bridés venant d'un pays très éloigné du notre, lui vanta les merveilles de sa nation avec force de détails et d'entrains que le roi fut pris d'une envie de voyager, délaissant son trône et sa couronne. Longtemps, les nouvelles n'affluèrent pas, puis enfin il revint, habillé de noir. Il ne répondait jamais lorsqu'on l'interrogeait à ce sujet, mais la vieille, qui était en ce temps sa favorite, finit par insister, consciente de l'amour dont elle était l'objet. Elle jura que plus jamais elle ne se relèverait si le secret de son roi ne lui était pas confié. Suite à cela, il céda avec tristesse :

    - C'est une histoire singulière, prodigieuse. Tu ne me croiras pas.
    - Trêve de prétextes, répliqua l'esclave, partage ta souffrance.

    Las, il soupira, mais finit par avouer :

    - Sais-tu, ma tendre amie, qu'il est en ce pays lointain une cité aussi belle que les jardins du Paradis ? Des forêts luxuriantes l'entourent et d'altières montagnes, des rivières et des lacs à l'eau limpide. On l'appelle la ville des stupéfiés. Ses habitants s'habillent de noir et de sombres drapeaux flottent à toutes les portes.

    Durant mon séjour je ne cessai d'interroger les gens :

    - Pourquoi ces vêtements noir ? Y a-t-il un deuil national ?

    Nul ne répondait à mes questions. Ils disaient tous, le visage douloureux et un sourire lourd de sens et d'amertume :

    - Si nous t'en révélons la cause, tu ne nous croirais pas. Tu dois percer toi-même le mystère.

    Je les harcelais, ils hochaient la tête, moqueurs. Je me fâchais, je les menaçais. Pris de pitié, ils me promirent que mon tour viendrait lorsqu'il serait temps. Qui me désignerait ? Quand ? Je l'ignorais, et eux aussi.

    Je cessais mes questions, profitant donc de visiter la ville, de lier de nouvelles connaissances et d'admirer l'architecture ancienne ainsi que ses monuments, ou encore je lisais. C'est ainsi que je passais mon temps. Un jour, par hasard, je rencontrai un homme, boucher de profession. Son visage avenant dénotait un caractère affable et accueillant. Au fur et à mesure de nos rencontres, notre relation devint une amitié sincère et profonde. Il m'invita chez lui et m'y reçut royalement. Pour le remercier, je lui offrit quelques objets précieux que j'avais sur moi, et pour le tirer de l'embarras je lui expliquais que c'était nos coutumes qui voulaient que l'hôte fasse un présent au maître de maison. Un instant mon ami s'absenta, je précipitai donc un de mes serviteurs d'aller me chercher de l'or, un poignard incrusté de pierreries, une ceinture ornée de joyaux et une bague de diamant. Quand une heure plus tard il revint chargé de ces présents, le boucher n'en revint pas. Ses yeux brillèrent de joie, il scruta un instant mon visage puis s'en alla prendre un livre posé sur la cheminée qu'il feuilleta rapidement.

    - Tu n'es pas un homme ordinaire, dit-il. J'en suis maintenant certain.
    - Comment le sais-tu ? demandai-je.
    - Tu es roi, ou prince. Ces objets que m'as donné et ce trésor que me remet ton esclave le prouvent.
    - Non, je ne suis rien de tout cela.

    Il hocha la tête.

    - Seigneur, ta générosité te satisfait peut-être, mais je ne puis accepter ces richesse sans déshonneur. Je dois te payer en retour. Confie-moi ton désir le plus cher pour que je tente d'y répondre ou reprends tes présents, je n'en ai nul besoin.

    Je le serrai dans mes bras et des larmes de joie coulèrent de mes yeux.

    - Très cher ami, tu as raison. Je suis roi. Voici un an j'ai abandonné mon trône et ma couronne et je suis venu dans votre patrie. Je voulais savoir pourquoi les habitants de cette ville s'habillaient de noir et portait le deuil sans malheur aucun. Si tu m'en révèlent la signification, tu auras comblé mon plus ardent désir.

    Mon ami s'inclina.

    - Si je ne me trompe, ô roi, ton destin est de vivre toi-même ce mystère et d'en subir la joie et la peine.
    - Qui te l'a dit ?
    - Il est écrit dans les livres qu'un roi d'ailleurs seraient de ceux qui portent le noir.

    Il me fit m'assurer de mon vœu, ce à quoi je répondis que le Destin ne peut changer, et si tel était le miens alors cela serait ainsi. Il me fit attendre jusqu'à minuit, lorsque la lune fut à son zénith, puis nous quittâmes ensemble la maison. Nous marchâmes jusqu'à des ruines, situées non loin de là. Le boucher jeta un regard circulaire, puis il me désigna un panier à l'angle d'un mur délabré.

    - Récite cette formule et prends place dans le panier. Va, et invoque Dieu. Pour accéder à la vision, au mystère, il faut voyager seul.

    Il s'en fut et je suivis ses instruction. J'observai attentivement les alentours. Des arbres s'élevaient au firmament et une source brisait le silence nocturne. Je contemplais les cieux : la pleine lune illuminait les plus sombres recoins.

    La terreur m'envahit, à présent je voulais m'enfuir, seulement il était trop tard. La corde qui était rattachée au panier le tirait vers le haut, comme si il voulait rejoindre l'astre lunaire. Finalement l'ascension s'arrêta, me laissant suspendu entre ciel et terre. De peur, je crus rendre l'âme, mes dents s'entrechoquaient, j'étais pris de vertige et de nausées. Ah, comme je regrettais ma curiosité ! Mon trône ! Ma couronne ! Dans mon impuissance et mon angoisse, je récitai toutes les prières que je connaissais. Enfin, je m'en remis au Destin, me laissant emporter dans une lourde torpeur. Cela avait pu durer un instant comme une année, j'étais incapable de le dire. Un bruit me permit d'en émerger, j'ouvris donc les yeux pour voir un oiseau énorme qui volait autour tu panier. Il s'agissait d'une espèce inconnue, ni aigle, ni faucon, ni épervier. Le Simorgh peut-être ? Peu importe. Je remerciais Dieu de me l'avoir envoyé et saisis les pattes du volatile, risquant à m'écraser au sol. Une mort rapide vaut mieux qu'une mort lente.

    Progressivement, l'ai devint chaud et l'oiseau descendait vers le sol. A une certaine hauteur je lâchai prise et tombai au milieu d'une vaste étendue verdoyante, tandis que ma monture s'élevait dans les airs. Je couvrais le sol de baiser et remerciais l'oiseau de m'avoir sauvée la vie, puis je demeurai pensif, allongé dans l'herbe. Tout cela paraissait si insolite que j'avais du mal à y croire. . . La ville, le boucher, le panier, l'oiseau. . . Je réfléchissais vainement. Quand je me sentis mieux, je fis un tour du terrain. Je pouvais voir une montagne dont la roche était de rubis, une source cristalline où nageaient des poissons phosphorescents et un verger laissait ployer ses fruits. Un doux parfums de fleurs embaumaient l'air. Je dansais, chantais, dégustais les fruits, savourais l'eau de la source, soulagé de mes précédentes peurs. Plus tard, je songeai à visiter le propriétaire de ce jardin. En attendant je dormis sous le couvert des arbres.

    Je fus réveillé par un vent violent et une averse surprenante. Usant des arbres comme abri, j'attendais que cela passe. La pluie s'arrêta, les nuages se dispersèrent, la pleine lune illuminait comme le jour. Au loin, s'élevait des murmures de voix. Je rendais grâce au ciel, certain qu'il s'agissait du propriétaire du lieu, mais restais caché.

    J'aperçus à la lueur du clair de lune des femmes masquées aux vêtements chamarrés, pleines de grâce ; des visages plus lumineux que la lune, des corps minces et élancés, une peau plus délicate que des pétales de roses, des épaules au galbe parfait, des dents de perles.. Elles étendirent des tapis sur l'herbe et dressèrent un trône parmi les fleurs ; l'une y monta et ses compagnes, bras croisés sur la poitrine, formaient un cercle autour d'elle. Cette dernière avait sentie ma présence et m'envoya chercher. Ce fut en douceur qu'une de ses servantes vint à moi, me conduisant à sa maîtresse. A mon approche, les femmes retirèrent leurs masques et je pouvais distinguer leurs traits. Chacune étaient d'une grande beauté, d'une finesse plaisante. La plus belle siégeait sur le trône, véritable déesse de la séduction. Si les autres semblaient des étoiles, elle était la pleine lune. Crois-moi, tout ce que je vais dire de ses attraits, de ses paroles de miel, ne sera qu'une infime partie de la réalité ; son parfum était plus suaves que les effluves de centaines de fleurs, son cou fait d'ivoire, sa chevelure était noire comme la nuit et ses lèvres écarlates dévoilaient un bouquet de perles régulières. Elle m'invita à m'assoir près d'elle, ce que je ne refusai pas.

    - D'où viens-tu, toi qui a le visage d'une fée et les manières d'un ange ? demandai-je. Et pourquoi cette sollicitude ?
    - Tu es mon hôte et les hôtes me sont chers, voilà tout. Si veux savoir qui je suis, sois d'abord mon ami.
    - Par Dieu, je jure que c'est mon plus ardent désir.
    - Quelle en est la raison ?
    - Il faudrait être fou pour refuser l'amitié d'une femme si belle et si séduisante en ce paradis verdoyant.

    Et elle me sourit. Suite à ses ordres, ses servantes établirent une nappe qu'elles garnirent copieusement. A la fin du repas, les belles jouèrent de la musique et chantèrent de vieilles romances. Emporté par l'ambiance, je ne pus contenir mes gestes et embrassai la main de mon hôtesse plus de cent fois, ma tête posée à son épaule. La passion et l'amour m'envahirent au point que je la demandai en mariage. Elle se retira soudainement :

    - Ce soir, contente-toi de ma présence. Et la nuit, une de mes esclaves t'accompagnera.

    Ce fut le cas. Une servante d'agréable compagnie me conduisit dans une chambre somptueuse. Face à un divan, au dessus d'une cheminée, se dressait un portrait de la femme que j'avais eue à mes côtés, parée d'une robe et de bijoux éblouissants. Mon coeur n'en pouvait plus de soupirer pour elle. Pas un instant je ne doutais qu'elle consentit à être mon épouse, et pourtant elle refusa mes avance 29 nuits de suites, me laissant toujours avec une de ses suivantes, certes charmantes, mais plus suffisantes. J'avais déjà imaginés la cérémonie, les bijoux que je lui offrirais, les musiques qui se joueraient, mais mes désirs n'étaient pas partagés, bien que la belle tolérait certaines de mes avances. Cette 29ème nuit, je ne tint plus, mais elle insistait :

    - L'heure n'est pas à notre amour. L'impatience et la hâte sont indignes de l'amant sincère. Si ce soir tu te contentes de me parler, de me contempler, sache qu'une vie entière tu jouiras de ma présence. Je me ferais tienne pour récompenser ta patience. A la ligne et au filet, on pêche le poisson, mais ni rets ni lasso ne capturent la lune. Je suis la lune, mon aimé, comment pourrait-on me gagner aisément ?
    - Je n'en peux plus. Epouse-moi ce soir, réponds à mon désir, ou au matin je me donnerais la mort et tu en seras responsable.
    - Mon seigneur, mon aimé, ne te hâte pas, écoute mon conseil. N'a-t-on pas dit de la passion : attendre une nuit se peut, car une nuit n'est pas un an. Ce soir encore, accompagne l'une de mes esclaves et patiente jusqu'à demain.
    - Non ! Jamais plus je ne te laisserais partir tant que tu ne seras pas ma reine.

    Son visage s'assombrit, elle se mordit la lèvre et ses yeux s'emplirent de larmes.

    - Tu le regretteras, je sais, murmura-t-elle. Très bien, je te suis soumise. Ferme les yeux, je vais dénouer mes tresses et t'apparaître dans toute ma splendeur.

    Je baissai les paupières, tremblant de joie et d'impatience. Puis il me sembla entendre sa voix me dire : A présent, regarde moi.

    « Et sais-tu ce qui arriva ? demanda le roi à sa favorite.
    - Tu es le seul témoin de l'aventure, l'amoureux impatient. Moi, je n'y étais pas.
    - Tout à la joie de ma conquête, j'ouvris les yeux ; il n'y avait plus personne à mes côtés. J'étais assis dans le panier, au milieu des ruines. Je regardais le ciel : la pleine lune était au zénith et ses rayons illuminaient la terre. Abasourdi, je considérais les alentours. Personne. Soudain, derrière moi, une voix me dit tristement :
    - Quand bien même je te l'aurais décrit durant cent ans, tu serais resté incrédule.
    - Tu as raison, soupirai-je, navré. A présent, va me chercher des habits noirs, car j'appartiens désormais à la ville des stupéfiés. »

    Et la vieille conclut que c'était pour ces raisons qu'elle s'habillait aussi sombrement. A ce point de l'histoire, la maîtresse du pavillon noire se tut et le roi demeure longtemps abîmé dans ses pensées, jusqu'à ce que la princesse fasse signe aux musiciens de reprendre leur musique. »

    Tout au long du récit, Nastran avait représenté dans le sable noir, avec suffisamment de détails pour que cela fut appréciable, les personnages et les décors de l'histoire. La princesse qui racontait et Bahram qui écoutait, le boucher aux yeux bridés, la ville des stupéfiés, les cadeaux du roi, les jardins magnifiques, les nymphes masquées, puis démasquées. Cela s'était suivit avec tant de facilité sous ses mains agiles que tout c'était enchaîné avec une fluidité qui ne se faisait devancer par les paroles. Par exemple, elle avait sut transformer les jardins assez rapidement en les servantes qui encerclaient la lune. Mais d'un seul coup, alors que Bahram relevait les yeux vers son amante, tout s'était arrêté, car à chaque fois elle laissait cette fin étrange qui instaurait un mal être dans le coeur. La tristesse éprouvée pour le roi, mais aussi cette sensation d'avoir saisi un rêve merveilleux qui s'arrêtait sans crier gare, ou encore comme si on mangeait quelque chose que l'on apprécie et que d'un coup il venait à disparaître alors qu'on en mord un morceau. Un vide insensé et impossible à combler, car lorsque l'on tient le bonheur dans ses bras, on ne s'attend pas à ce qu'il s'en aille brusquement.

    La magicienne ne cherchait pas à interrompre ce silence, il pouvait s'avérer nécessaire pour méditer dans ses cas là. Elle rabattit consciencieusement le parchemin afin de l'utiliser comme entonnoir pour remplir à nouveau sa bourse, la refermant assez bien pour que les grains ne s'en échappent pas.
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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Un Soleil en pleine Nuit   Ven 07 Jan 2011, 01:14

    Sérieuse avant tout, peut-être un peu soucieuse également, Nastran m'avait envoyé un coussin dessus alors que mon corps heurtait le sol. Sans répondre à mes interrogations, elle expliqua son geste et m'ordonna alors de faire plus attention, au risque de me faire mal. Est-ce donc pour cela qu'elle m'avait projeté ce coussin dessus ? Avait-elle peur que je ne me blesse en retombant simplement en arrière ? Cette pensée me fit sourire mais aucune parole ne franchit la barrière de mes lèvres : je ne voulais pas vexer la magicienne, avant toute chose, je voulais qu'elle me raconte l'histoire de cette ville. Mais quand bien même je n'aurais pas ardemment souhaité qu'elle me conte cette histoire, je n'aurais trop su quoi dire quant aux risques éventuels, susceptibles de me blesser. Nastran marqua une courte pause et reprit ensuite, répondant alors à ma question et attirant toute mon attention. Rares étaient les moments dans lesquels j'étais si concentré et si attentionné sur une chose. A dire vrai, cela n'avait lieu qu'à deux ou trois reprises. Lorsque je m'apprêtais à voler un objet ; lorsque j'observais les alentours et étudiais l'architecture d'un bâtiment ; et enfin, lorsque le sujet, quel qu'il soit, se rapportait de près ou de loin à Nastran. Les paroles dont elle usa par la suite me plongèrent presque dans la mélancolie. C'était plutôt joli ce qu'elle disait là : apprécier tout ce qui nous est offert, qu'importe que cela paraisse insignifiant. Par voie de conséquence, bien évidemment, Nastran n'avait de cesse de voir des spectacles magnifiques.

    Tout en gardant un œil sur elle, je continuais de songer à ses paroles. Elle me faisait sourire, quoiqu'elle fasse. De la magicienne s'échappait une innocence qu'on ne pouvait décemment pas ignorer. Certains seraient sans nul doute tentés de s'en servir contre elle, mais pour d'autres, tel que moi, c'est une chose à laquelle on ne peut échapper. L'innocence de la magicienne me frappe sans cesse, elle m'ouvre les yeux, me montre la simplicité de certaines choses et la complexité d'autres. En dépit de la vie qu'elle mène en ces lieux, il se dégage de la magicienne une certaine joie de vivre. Et force est de constater que celle-ci se propage très vite, au moins en ce qui me concerne. Nastran fouillait encore dans ses tiroirs, lorsqu'elle eut terminé, elle vint s'installer non loin de moi, étendant sur le sol un parchemin blanc, déposant non loin une lampe et installant tout près une bourse d'apparence bien pleine. Sans attendre davantage, Nastran défit les liens retenant la bourse et déversa son contenu sur le parchemin : du sable aussi noir que la nuit s'échappa alors du tissu et se répandit sur le papier. Avec une aisance que je ne lui connaissais guère, la magicienne étala le sable et créa des scènes tout en me contant son histoire. Captivé par ses propos et sa dextérité, c'est avec une certaine difficulté que je me redressais. Mes yeux se refusaient simplement à quitter le parchemin des yeux ; quant à mon corps, il souhaitait faire le moins de bruit possible. Non sans mal, je parvins à m'assoir en tailleur, dès lors, mon attention fut toute dévouée à Nastran.

    Une longue histoire fut alors racontée. J'ignore combien de temps elle dura, je n'ai eu conscience de rien du tout et la nuit aurait pu filer à toute allure sans que je ne le sache. Toute notion de temps avait été bel et bien perdue dès l'instant où la magicienne avait commencé à raconté l'histoire, lorsqu'elle avait posé le contexte de l'aventure. Cette fameuse ville avait été évoquée pour la dernière fois par une des épouses de Bahram, souverain ayant fait ériger sept pavillons aux couleurs différentes pour chacune de ses épouses. Ce conte que Nastran m'offrit, je pense que jamais je ne l'oublierai. Elle aurait pu me le conter le plus simplement du monde, mais elle avait usé d'un art splendide, si bien que d'une part, les paroles vous enveloppaient et vous transportaient directement au cœur de l'histoire, et d'autre part, les dessins illuminaient l'esprit et faisaient sans doute pétiller les plus sombres pupilles. La belle m'avait offert un splendide tour de magie qui pourtant, paraissait des plus simples. Combien de temps s'était-elle entrainée au maniement du sable ? Les scènes se succédaient avec une rapidité telle qu'elle semblait les réaliser par automatisme, comme si chaque soir, la magicienne contait cette histoire à une nouvelle personne. Aucune erreur n'avait sa place dans ce conte se créant peut à peut. Le parchemin déployait toute sa splendeur et se joignait à la belle pour conter une histoire, pour y faire circuler des sentiments, des émotions. C'était réussi, et cette représentation privée était de loin la meilleure que j'ai jamais vu.

    Pas une seule seconde, mon esprit ne fut distrait, j'étais simplement coupé du monde extérieur. Nastran dessina avec une précision effarante le visage des femmes vivant dans ce paradis découvert par Bahram. Les paysages étaient réalistes, les expressions également, tout était communicatif et il était aisé de se projeter dans le conte aux côtés des personnages. Fatalement, Nastran mit fin à l'histoire et peu à peu, elle rangea son matériel. Elle plia soigneusement le parchemin et rassembla le sable alors que le silence se réinstallait dans la pièce. Le dernier dessin, la dernière image, afin qu'elle reste gravée en mémoire, était celle de Bahram observant tristement le ciel étoilé, éclairé par la pleine splendeur de l'astre lunaire. Cette scène avait été tout particulièrement réussie, elle concluait dignement l'art que la magicienne venait de dévoiler. Alors que tout le conte me revenait en mémoire par automatisme, un large sourire étira mes lèvres. Un sourire peut-être un peu enfantin mais néanmoins sincère.

    - Merci Nastran !

    Elle n'avait sans doute pas idée de ce qu'elle venait de faire pour moi. Qu'elle s'attarde à perdre un peu de son temps précieux pour moi me réjouissait. Et, par ailleurs, qu'elle passe ce temps à me conter une histoire me mettait d'excellente humeur. Malheureusement pour elle, ce genre de contes me laissait rêveur, et mes méninges travaillaient encore plus que d'ordinaire. Si, habituellement, mes idées s'emboitaient rapidement, en de telles occasions, le phénomène s'accélérait encore plus. Le fait, bien évidemment, que j'ai été particulièrement attentif au conte n'arrangeait pas les choses. Au-delà de cela, Nastran m'avait non seulement permis une mémorisation visuelle, mais également auditive. Si bien que si, par malheur, il me manquait une image, ses paroles me revenaient et j'étais alors capable de restituer le moment. Et inversement, bien évidemment. Toutefois, ces femmes splendides vivant dans un paradis perdu, inaccessible à bien des égards me laissaient songeur. A dire vrai, elles me permettaient un raisonnement par analogie dont se serait très certainement passée Nastran.

    Fier de moi, je ne pouvais m'empêcher de fixer la magicienne en souriant en coin. Soudainement, mon attitude était bien moins enfantine et sans doute savait-elle que le moment, jusqu'alors parfait, allait être gâché par mon caractère. J'étais irrécupérable, mais ce n'est pas comme si elle ne le savait pas, depuis le temps. Le tout, maintenant, était de bien formuler les choses. Cela ne paraissait pas extrêmement complexe d'autant plus que ce que je comptais bien lui dire n'avait rien d'une critique, bien au contraire, il s'agissait là d'un compliment. Nastran me faisait actuellement penser à cette femme, la plus belle de toute, celle qui siégeait sur le trône : la Lune elle-même. Celle qui était capable d'éblouir quiconque de sa splendeur. Mais je n'avais jamais véritablement vu le visage de Nastran, et elle savait comme moi les rumeurs qui allaient bon train à son sujet ; elle n'était pas sans savoir le peu de compliment qu'on faisait d'elle. Alors quelque part, j'appréhendais quelque peu sa réaction. D'un autre côté, cela signifiait que je ne croyais nullement à ces rumeurs, et que j'avais, comme toujours, pleine confiance en moi, et ce, sur n'importe quel sujet. Alors,qu'il en soit ainsi. Mes bras se plièrent et mes mains se posèrent sur mes genoux, je me redressai alors un peu et, bombant presque le torse, j'enchainai :

    - Mais alors, c'est pour cette raison que tu portes un masque toi aussi, Nastran ? Parce que tu es aussi belle que la Lune ? Ainsi, si tu ne te dévoiles pas, c'est pour que je puisse rester à tes côtés plus longtemps ! Merci Nastran ! ; un léger rire m'échappa alors que mes yeux se fermèrent, un bref silence fut marqué, et finalement, ma paupière droite se souleva alors que mon torse basculait un peu en avant : mon ton se fit alors plus bas ; Cela dit, entre nous, j'ai dépassé les 29 nuits depuis longtemps, maintenant...

    Imitant sa jumelle, ma seconde paupière se souleva à son tour et finalement, un grand sourire étira mes lèvres. J'étais assez fier de moi, assez fier de ce rapprochement en effet, mais les conséquences de celui-ci n'allaient sans doute pas tarder à se faire sentir. Quoiqu'il en soit, j'étais paré, et je savais quoi rétorquer si jamais Nastran me reprochait quoi que ce soit. Quand bien même j'étais plus ou moins impulsif, plutôt énergique et du genre à foncer tête baissée, j'aimais bien réfléchir, de temps à autre. Plus particulièrement avec Nastran d'ailleurs, car même si de temps à autre, quelques tensions pouvaient naître entre nous, je n'aimais pas réellement me séparer d'elle tout en étant fâché. La magicienne était quelqu'un que j'appréciais beaucoup, c'était certain, et c'était acquis depuis longtemps maintenant. Aussi, si parfois, son comportement m'amusait, d'autres fois, il m'exaspérait et ma patience avait ses limites. D'ailleurs, ces dernières étaient assez limitées, presque inexistantes, peut-être.

    Elle n'allait sans doute pas me louper, sur ce coup-là. D'ailleurs, ce pourrait être un parfait prétexte pour elle, encore faut-il qu'elle joue le jeu. En effet, si elle entre dans la danse et prétend bel et bien être la Lune, comme la femme du conte, alors il serait bien plus raisonnable pour moi de ne jamais tenter de voir son visage, au risque de ne plus la retrouver. Au fond, en arguant ainsi, je serais plus ou moins coincé. Si je tentais malgré tout de la dévoiler, elle pourrait soit estimer que je ne croyais pas à sa véritable splendeur - donc, elle pourrait se vexer -, soit considérer que le fait de ne plus jamais la revoir ne m'importait pas plus que cela, que je voulais par-dessus tout voir son visage, quitte à la perdre à jamais - et donc, elle pourrait se vexer... -. Ma propre réflexion me plongea, l'espace d'un instant, dans une sorte de sentiment négatif... Cependant, étant anormalement actif, y compris à une heure si avancée de la nuit, je tâchai de balayer rapidement ces mauvaises impressions pour mieux rebondir. Rapidement, mes pieds se redressèrent et vinrent se poser sur le sol alors que mes mains en faisaient autant.

    S'aidant du sol, mes mains entamèrent un mouvement qui me permit de me redresser. Mes yeux se plissèrent un peu alors que ma tête pivotait de part et d'autre de mon cou dans le but de faire craquer quelques vertèbres ; à la suite de quoi mes mains se joignirent et mes phalanges produisirent un bruit similaire. Une fois mes étirements terminés, un bref soupir de satisfaction m'échappa, et mes yeux se reposèrent sur la magicienne. Non, Nastran me connaissait bien depuis le temps, et je ne pense pas qu'elle irait jusqu'à élaborer les théories précédemment envisagées. Elle mettrait ma réaction, mon souhait constant de voir son visage sur le dos de mon impulsivité naturelle. Le fait que je sois borné comme peu de personnes en ce monde, le fait que jamais je n'abandonne, quelque soit la difficulté de l'obstacle se présentant à moi. Enfin, si j'étais réellement comme Bahram, je n'allais pas tarder à découvrir le visage de Nastran puisque j'avais déjà surmonté l'étape de sa forteresse, atteignant un petit paradis perdu au beau milieu du désert. J'avais également approché la magicienne, la Reine en ces lieux et j'avais depuis fort, fort longtemps dépassé les 29 nuits mentionnées dans le conte. J'étais au moins tout aussi impatient que le roi dans l'histoire alors, en théorie, oui, le visage de Nastran n'allait pas tarder à être découvert... Ou alors, je n'allais pas tarder à me mettre au noir.
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Nastran Shams-Sabah

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MessageSujet: Re: Un Soleil en pleine Nuit   Jeu 20 Jan 2011, 01:13

Maintenir l'attention de Shahbaz était une épreuve réussie de rares personnes. Pas besoin de réfléchir ni de le questionner à ce sujet, une sorte d'instinct vous le souffle rien qu'à le voir. L'inactivité, le surplus de parlotte, et voilà qu'il pensait à sa prochaine action ou partait sur une blague pas toujours plaisante. Il débordait d'énergie, mais d'où pouvait-il la tirer ? De ses interlocuteurs probablement, Nastran en tout cas se sentait parfois lasse suite à ses farces - la majuscule d'une dispute en général. En cet instant, tout semblait propice au calme et à la bonne humeur ; le sourire enfantin du voleur le laissait sous-entendre de façon bien explicite. Hélas, les airs ne sont rien d'autres qu'une illusion. Ainsi, la magicienne rangeait ses outils et Shahbaz remerciait avec contentement. Rien n'annonçait la suite, évidement, même si connaissant le caractère taquin du jeune homme on pouvait la deviner. . .

Nastran ne pensait pas à l'impact du conte sur sa vie, du moins le court instant qui le suivait. Certes, le choc n'était pas trop fort, mais il était bien présent et pouvait avoir des conséquences imprévisibles. Et cet impact, ce sont les paroles de Shahbaz, sans insulte ni attaque mais remettant sur le tapis l'éternel sujet de sale humeur de la magicienne. Si elle avait su, elle n'aurait pas raconté cette fichue histoire. Seulement il faut bien se laisser emporter de temps à autres, puis réfléchir constamment voilà qui n'est pas aisé. Le second remerciement, bien qu'il ne sonnait pas faux, avait une sonorité qui dérangeait la jeune femme. Cette petite blagounette de rien du tout l'exaspéra d'abord. Elle retourna sur son lit sans rien, mordant l'intérieur de sa joue pour se contenir. Elle ne savait pas quoi répondre, de plus elle souhaitait attendre, voir si elle se calmerait. Elle resta assise, les jambes repliées sur le côté, un bras soutenant le haut de son corps et le regard vissé sur un point hasardeux.

Parmi la foule de serviteurs qui travaillaient pour elle, aucun ne se serait permis un tel affront. Ils se confondaient en excuse rien qu'en ayant la pensée de l'avoir contrariée. Et lui prenait des libertés qui dépassaient les limites du possibles. Elle mordit sa joue un peu plus fort, ne se souciant plus de ce qu'il faisait. En revanche, si elle n'agissait pas, ses pensées courraient toujours. Elle en voulait doublement à Shahbaz d'être aussi négligeant envers elle, alors qu'elle faisait souvent attention à ce qu'il se sente bien avec elle - exemple pris totalement au hasard : elle ne parlait pas de certaines choses sur certains trucs - voir même qu'il se sente bien tout court. Ne se rendait-il pas compte de la place exceptionnelle dont il était l'heureux propriétaire ? Inutile de poursuivre le raisonnement, Nastran était et restera convaincue que non. Parallèlement, savait-il au moins ce qu'il faisait ou n'en avait-il qu'une vague idée ?

La main de la magicienne se resserra sur son épaisse couverture, mais rien n'y fit. Disons que la goutte d'eau venait pile poil de faire déborder le vase, alors qu'elle sentait la chaleur des larmes lui brûler les yeux, continuant leur route sur sa joue, ce que le voleur ne pouvait voir. Sa position changea dès lors ; sur les genoux, coussin en main. Tout sourire, content de lui, beau dans sa complaisance, Shahbaz la regardait presque innocemment. Insistons sur le presque, parce qu'il ne fera pas si pitié que ça dans quelques instants. Ce sera plutôt le cas de l'assaillante, enfin soit. Fortement contrariée, la jeune femme lança son premier projectile avec le plus de force possible, pas trop différent du précédent jet.


« Tu. . . Tu n'es qu'un idiot ! »

Second lancé, toujours aussi "puissant" ( utiliser le mot puissant pour qualifier la force de Nasty n'est-il pas drôle ? ).

« Pourquoi tu. . . »

Un troisième coussin, puis un quatrième. Évidemment, Shahbaz ne pouvait pas vraiment répondre à ces terribles bombardements. Vous imaginez un jeune homme assez bien fait taper une petite chose comme Nastran ? C'est cruel, impossible, inimaginable ! Même lui, conscient de sa supériorité, ne le concevait certainement pas, et si jamais il osait lancer une contre-offensive il n'entreprendrait rien qui puisse nuire à une coccinelle, la coccinelle étant dans ce cas la magicienne.

« Laisse Nastran tranquille ! »

Une petite coupure pour les curieux qui aimeraient savoir la fin de la question qui est : " Pourquoi tu ne fais pas un peu plus attention à ce qui me touche ? " Phrase trop longue, trop expressive également, et pas facile à dire puisqu'elle dévêtissait trop les émotions de celle qui avait voulut la prononcer.

Revenons à nos moutons à présent. La jeune femme était toujours dans l'élan de sa colère, et si sa voix ne tremblait pas à cause du stress, quelques larmes de frustration, de tristesse aussi due à ses incalculables complexes, coulèrent discrètement, sans se laisser voir. Lorsqu'on ne partage pas ce que l'on ressent, il y a toujours ce vide gelé qui nous entoure. Le sentant l'oppresser, la magicienne commença à se sentir seule. Sa fierté lui commandait rudement de ne pas céder au besoin de son coeur, celui tout simple d'avoir quelqu'un près de soit dans ces moments-là. D'un faible murmure, la tête baissée, les mains croisées, elle demanda au voleur avec qui elle n'avait pas été des plus agréables :


« Non, reste. . . s'il te plaît. »

Inutile de rappeler qu'inconsciemment, elle désirait un geste réconfortant tel qu'une étreinte, mais qu'elle s'adapterait à la simple présence d'un être qui en savait beaucoup, comparé à d'autres, sur elle. Au bout d'une quinzaine d'années, on ne sait plus ce qu'est l'affection, on ignore qu'on la sollicite, et rien dans l'attitude de Nastran ne le laissait supposer. Si d'aventure elle se trahissait, elle se corrigerait, et si quelqu'un, même très proche, venait pour simplement lui donner une tape amicale, elle pouvait aller au-delà de l'imaginable.
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Shahbaz Faraz

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MessageSujet: Re: Un Soleil en pleine Nuit   Jeu 20 Jan 2011, 19:23

    Se féliciter soi-même pour les actes que l'on peut réaliser avec succès. Apprécier les petites victoires de la vie. Être fier d'avoir dépassé ses limites. Trois choses qu'il m'arrivait souvent de faire ou de ressentir. En l'occurrence j'étais fier, oui. Certes, je ramenais à nouveau le sujet de son masque sur le tapis mais j'étais fier d'avoir eu la simple idée de faire ce rapprochement. Je ne voulais pas blesser Nastran, elle devrait d'ailleurs le savoir depuis le temps ; je ne voulais pas non plus la gêner ou l'offusquer. Mais quelque part, il fallait lui ouvrir les yeux sur certains points. Son outrageante innocence avait beau être touchante, j'avais parfois l'impression que ce qu'on lui enseignait sans cesse chaque jour ne lui serait jamais bénéfique si elle n'était pas en mesure d'appliquer le strict minimum. Qu'elle attaque sur cette fantaisie de ma part, je l'assumais pleinement et j'étais même en mesure de me défendre. Qu'elle s'aventure à prétendre que je ne savais déblatérer que des ignominies et je me chargerais de riposter avec virulence. Peut-être étais-je trop dur avec elle, parfois. Lorsque, par exemple, j'en venais à oublier la fragilité qu'elle montre peu. D'un autre côté, elle se relevait toujours derrière mes affronts, alors peut-être étais-je en mesure de l'aider à évoluer sans qu'elle ne s'en rende compte. Sans même que je m'en rende compte moi-même.

    Outrée, choquée, perturbée, songeuse, que sais-je encore ? J'ignorais ce à quoi elle pensait puisqu'elle était plus silencieuse que jamais. Nastran avait rejoint son lit et y avait pris place sans laisser échapper un mot, ou même un simple son. Elle demeura assise longtemps et j'attendais toujours. Je restais assis, à l'observer, à attendre une réponse avec le sourire... La position de la magicienne changea et elle prit appui sur ses genoux, resserrant ses mains gantées sur un coussin innocent. Bien évidemment, je voyais d'ores et déjà la suite des évènements arriver, mais mon regard n'eut pas le temps d'observer le nombre de coussins qu'elle avait à proximité que déjà, le premier m'atteignait sans grande violence. Enfin des mots, mais au prix de mon sourire. Bien sûr, où avais-je la tête ? C'était Nastran que j'avais face à moi. Comment pourrait-elle se concentrer sur le compliment que je lui avais soufflé implicitement ? Il valait bien mieux s'attarder, ou plutôt s'imaginer un quelconque affront. Évidemment. C'était trop simple, ou au contraire trop compliqué de s'accepter quelques secondes seulement. Finalement, à bien y réfléchir, j'aurais préféré qu'elle garde le silence et qu'elle m'ignore simplement. Lorsque la lassitude m'aurait prise, je serais parti et les choses auraient été plus simples. Là, tout s'envenimait.

    Un nouveau coussin vint me heurter. Une nouvelle phrase, ou plutôt un début sembla vouloir être prononcé mais rien de tel. Deux autres coussins s'ajoutèrent à l'attaque et une phrase vint conclure dignement, me stoppant dans mon élan, moi qui m'attachais à ranger les coussins commençant à s'empiler. Ainsi donc, elle voulait que je la laisse tranquille ? Ces paroles sonnèrent comme les mots de trop en mon crâne, et pour cause, un silence anormalement froid vint prendre possession de la pièce. Il m'a fallu quelques instants pour reprendre mes esprits et analyser bel et bien la requête qu'elle avait formulé. Aucune erreur n'était possible et j'avais parfaitement compris sa demande. Pire, son ordre. Et comme si de rien n'était, pourtant, mes gestes reprirent jusqu'à ce que les coussins soient disposés au sol dans un proche rayon. Un murmure s'aventura à couper le silence. Malgré les vêtements qu'elle portait, le voile qui la recouvrait, son attitude laissait transparaître un air penaud. Un semblant de remords peut-être. Mains jointes et tête basse, la magicienne reprit la parole une ultime fois. La fois qui n'aurait pas dû avoir lieu, pourtant. La fois dont nous nous serions parfaitement passés, elle et moi.

    Faire-ci. Faire-ça. La laisser en paix dans sa chambre. Rester pour lui tenir compagnie. Avait-elle oublié qui j'étais ? Ô je n'étais rien de bien important, comparé à elle. Si la demoiselle avait toujours vécu dans cette fastueuse académie, entourée de serviteurs entre autre chose, moi je n'étais qu'un simple voleur. Je n'avais pas eu de serviteurs mais des amis. Je n'avais pas non plus eu d'académie venant apporter des barrières à ma soif de liberté, j'avais eu, et j'ai encore aujourd'hui, le monde. Je n'étais pas à plaindre. Elle, sans doute, un peu plus. Au moins sur certains points. Qu'importe toutes les richesses dont on peut bien disposer lorsque le cœur rêve d'autre chose ? Qu'importe le nombre de serviteurs dont on dispose et les larges pièces dont on profite lorsqu'on est malheureux. Mais si Nastran n'avait jamais connu la liberté, c'était quelque chose auquel moi, je tenais plus que tout. Jamais je n'aurais pu vivre comme elle, et sur ce point je la respectais grandement. Si sur certains sujets, on pouvait dire d'elle qu'elle était faible, au moins je me plaisais à dire que sur d'autres, elle était plus forte que quiconque. Qu'importe quelques faiblesses passagères, lorsqu'elle le voulait, elle avait la force morale nécessaire pour surpasser tout obstacle. Pourtant la situation actuelle mettait à mal cette image que j'avais d'elle.

    Fiers. Nous étions tous les deux fiers, et c'est peut-être un jour ce qui nous perdra. Sa fierté en avait pris un coup parce qu'elle s'était abaissée à me demander de rester. Mais la mienne se voyait offensée. Elle me traitait comme l'un de ses serviteurs, peut-être même au-delà de cela : comme un objet. Lorsque ses serviteurs lui déplaisaient, elle leur demandait simplement de prendre leurs valises et de quitter l'académie. Jamais elle ne leur demandait de revenir, mais au moins elle assumait ses décisions. Pas avec moi. Devrais-je m'en sentir honoré ? Ce n'était pourtant pas le cas. Je me moquais délibérément des ordres qu'elle pouvait me donner lorsqu'elle me réclamait un objet quelconque. C'était, au fond, les seuls ordres qu'elle pouvait bien me donner. Je ne lui demandais rien en retour, ou au moins pas grand chose - si ce n'est de voir son visage, et ce, de manière récurrente. Elle me donnait l'opportunité de voler, pour mon plus grand bonheur. En contrepartie je lui rapportais les objets demandés et c'était là que nos relations professionnelles prenaient fins. A partir de l'instant où l'objet était délivré ; à partir du moment où malgré tout, je restais à ses côtés après ça... Je n'étais plus un voleur, mais un ami.

    Restant immobile et silencieux comme elle l'avait fait au préalable, mon faciès ne laissait transparaître rien de bon, pourtant. Le sourire insolent que j'avais eu avait disparu. Mes yeux emplis de magie, également. J'étais toujours assis en tailleur mais mes lèvres étaient inexorablement tombantes ; mon regard quant à lui, était fuyant. Figé dans un coin de la pièce, il se refusait à bouger, et surtout pas à l'entrapercevoir, toujours sur son lit. Si d'aventure, mes yeux vibraient sensiblement et si, par malheur, Nastran entrait dans mon champ de vision ne serait-ce qu'en partie, et simplement une fraction de seconde, alors c'était ma tête en son entier qui venait à pivoter dans le sens inverse. Un long soupir s'échappa de mes lèvres et vainement, j'essayais de détendre mes sourcils froncés. Mes yeux se fermèrent pour de bon et ma position changea un peu. Me décalant légèrement sur le côté, ma main alla se glisser dans la pochette crochetée à ma ceinture. La plupart de mes affaires y étaient présentes, c'est tout ce dont j'avais besoin. Mes mains s'appuyèrent sur mes cuisses et lentement, mon corps se redressa. En venant presque à oublier Nastran, je me contentais de remettre en place mes vêtements, m'attardant sur des détails sans importance et sans jamais croiser sa silhouette. Et à nouveau l'immobilisme revint. Bras croisés sur mon torse, mes yeux étaient rivés sur un mur que je venais, apparemment, de découvrir. Imitant la magicienne, c'est un simple murmure qui eut la chance de franchir mes lèvres.

    - Et si pour une fois, tu assumais tes propos ?.. Il se fait tard. Bonne nuit, Nastran.

    Immédiatement après, et peut-être même pendant ma prise de parole, mon corps pivota sur lui-même. Par habitude ma main dégagea les rideaux bloquant le passage jusqu'à la sortie et sans réfléchir, j'en venais déjà à me hisser sur le rebord de la fenêtre. Pour me protéger peut-être, d'une douleur que je ne connaissais pas, ou plutôt, d'une douleur que je connaissais peu, je pense m'être absenté un court instant... Le temps de quitter la chambre de Nastran et de redescendre le mur que j'avais escaladé plus tôt. Plus aucune pensée de sembler traverser mon esprit. Plus de songes, plus de rêves. Malencontreusement, ma main droite glissa sur la pierre et c'est cet incident qui me fit recouvrer mes esprits. Par chance, j'étais déjà presque en bas, si bien que cette maladresse ne me valut qu'une simple égratignure dans la paume de ma main droite. Un nouveau soupir m'échappa alors que je regagnais les couloirs. Il ne fut pas excessivement compliqué de récupérer mon arme après quoi, la tête rentrée dans les épaules, je me dirigeais d'un pas lent vers les portes de l'académie. Je n'ai guère fait attention aux railleries des gardes alors que j'attendais qu'ils daignent m'ouvrir. Elles ne cessèrent que lorsque l'un d'eux croisa mon regard. Peut-être avais-je un air agressif sans même m'en rendre compte. Mais au-delà de l'agressivité, c'était autre chose qui me tourmentait.

    Retourner en ville à une heure aussi tardive avait été la plus brillante idée de la soirée. Mais je n'avais trouvé que cela dans la précipitation. Rester dans l'académie après ce qui s'était passé me semblait être impossible, pourtant, partir au hasard au beau milieu du désert alors que l'heure ne s'y prêtait pas n'était pas un acte de grande prudence. Ces réflexions ne me vinrent que bien après l'évènement, cela dit, car dans l'instant présent, je ne m'en rendais pas vraiment compte. Les seules choses que j'étais apte à ressentir était par exemple, l'air glacial du désert en cette nuit. Le simple son de mes sandales s'écrasant sur le sol était lointain. Les volutes de sable se soulevant au gré d'une brise glaciale ne me touchaient pas non plus, excepté lorsqu'elles m'arrivaient droit dessus et que quelques grains de poussière s'amusaient à s'immiscer dans mes yeux. La motivation était lointaine. Elle était même absente et cela se ressentait dans mes pas : ils avaient beau s'enchainer, il n'y avait rien de constant. De même, ma simple posture ne laissait pas transparaître un courage incommensurable. Peut-être aurais-je dû tout de même me reposer un peu avant de repartir... Mais en dépit du peu de manières que j'avais, demeurer en un lieu où je ne suis désormais plus le bienvenu, je suppose en tout cas, pouvait paraître présomptueux. A croire que tout de même, quelques limites existaient, au sein de mon paysage.
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Un Soleil en pleine Nuit

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